Publicité
La santé est dans le fruit
Ce qui surprend le plus lorsqu?on pénètre l?imposant bâtiment de 5 000 mètres carrés des Surat à Wootun, c?est le sigle de la compagnie en énormes lettres dorées qui repose sur le design artistique d?une pomme. Au lieu de fleurs, de vraies pommes garnissent un immense vase posé sur le comptoir de la réception. Est-ce à dire que le best-seller de la compagnie est ce fruit ? «Pas du tout», réplique le dynamique Suren Surat. «C?est juste que le premier fruit qui vienne à l?esprit des gens, c?est la pomme».
Cet homme de 39 ans s?exprime avec fougue à propos de la société dont les bases ont été jetées voilà 61 ans par feu son père Sooklall. L?affaire a été par la suite développée par son frère aîné Shyam, actuel Chief Executive Officer, et consolidée par ce dernier et lui.
L?histoire des Surat mérite que l?on s?y attarde. Sooklall, disparu il y a quatre ans, plante des artichauts, des fraises et des légumes variés dans son jardin à Engrais-Martial. Il a 13 enfants. Et bien qu?il ait quelques employés, il tient à ce que les plus grands des enfants cultivent la terre. Il possède un étal au marché de Curepipe où il vend ses produits. Un jour, il décide d?importer des pommes, des oranges et des raisins d?Emmanuel Cadet, filiale d?Ireland Blyth aujourd?hui disparue, qui est l?unique importateur de fruits d?Afrique du Sud. Fruits que Sooklall met en vente au marché de Curepipe. Le public leur fait un très bon accueil.
Lorsque son fils Shyam termine ses études au milieu des années 70, il rejoint l?entreprise familiale. En sus de l?étal au marché de Curepipe, Sooklall et Shyam ajoutent cinq autres étals à la foire. Comme ils doivent se rendre à Port-Louis pour s?approvisionner en fruits importés, Shyam achète un van de seconde main et propose aux autres marchands de fruits du marché de Curepipe de leur ramener leurs cargaison de fruits moyennant paiement. Ces derniers sont ravis de l?aubaine. C?est ainsi que les Surat se lancent dans la distribution.
Shyam offre les mêmes services aux marchands de fruits du sud de l?île qui perdent beaucoup de temps lorsqu?ils doivent s?approvisionner à Port-Louis. Une douzaine d?entre eux prennent avantage de l?offre. Suren qui n?a à l?époque que sept ans, accompagne parfois son aîné lors de ces déplacements. Shyam agrandit son réseau de marchands de fruits dans le Sud. Si bien que les Surat sont les plus gros clients d?Emmanuel Cadet. Leurs affaires prenant de l?essor, ils investissent dans l?aménagement de chambres froides à Engrais-Martial et dans l?achat de camions de distribution.
«Le premier fruit qui vient à l?esprit des gens, c?est la pomme.»</I>
Les fruits importés d?Afrique du Sud étant saisonniers, ils contournent cet handicap en important des oranges d?Australie. Lorsque le régime d?apartheid prend fin en Afrique du Sud, Sooklall et Shyam n?ont plus besoin d?intermédiaire et importent directement avec les fournisseurs sud-africains.
Ils sont d?ailleurs les pionniers dans l?importation de plusieurs fruits de marchés très différents, notamment le kiwi de la Nouvelle Zélande, l?orange d?Egypte, les citrons d?Israël, les pommes et les poires de Chine, le raisin de Californie et les fraises du Kenya.
Pour ce qui est des légumes, s?ils ont des fournisseurs agréés aujourd?hui dénombrés à 250, ils importent des légumes comme les poivrons jaunes et rouges ou des asperges pour les hôtels. Leur distributeur est un certain Hosany qui a ses entrées dans les établissements hôteliers. Lorsque ces derniers décident de supprimer les intermédiaires, les Surat livrent directement aux hôtels pour qui ils importent des légumes fins tels des champignons de Paris par avion.
Suren effectue ses études secondaires au collège du St Joseph. Mais le matin avant l?école et l?après-midi au sortir de l?école, de même que durant le week-end, il apprend le métier de son père à la foire. Il contrôle aussi les camions de livraison. Lorsqu?il termine son cycle secondaire, il rejoint la compagnie familiale. Au départ, il vérifie les conteneurs de fruits importés, leur dépotage jusqu?à ce que ces produits soient stockés dans les chambres froides.
Puis il s?implique davantage. Il n?est pas l?unique frère de Shyam à travailler dans le business familial. Ceux qui ont opté pour une autre profession finissent par les y rejoindre. Et plusieurs s?urs en font autant. Sur les 13 enfants de Sooklall, neuf travaillent dans la compagnie familiale. De même que des cousins et neveux. Suren est nommé MD du fait qu?il est touche à tout. Les Surat parviennent à maintenir une ligne de démarcation entre leurs vies personnelle et professionnelle.
Ils finissent par être à l?étroit à Engrais -Martial. De plus, la location de chambres froides de la Mauritius Freeport Development et de l?Agricultural Marketing Board finit par leur coûter cher. C?est là qu?ils demandent et obtiennent un terrain de l?Etat de deux arpents à Wootun où ils font construire leur quartier général.
SKC Surat and Co. Ltd est une compagnie qui pèse lourd aujourd?hui. C?est non seulement leur quartier général mais plusieurs chambres froides à température différente. Une quarantaine de véhicules dont une vingtaine sont à moteurs réfrigérés et le reste isothermes. C?est 8500 tonnes de produits importés annuellement dont 98 % sont des fruits. Elle occupe près de 50% du marché. C?est aussi deux filiales, une à la Réunion qui couvre 40 % du marché réunionnais, une autre à Cape Town en Afrique du Sud à partir de laquelle ils exportent sur Maurice, la Réunion, Madagascar, Mayotte, Dubayy, l?Inde et quelques pays du Moyen Orient.
L?appréciation du rand a fait que le prix des fruits importés d?Afrique du Sud subit une hausse. Et la baisse du pouvoir d?achat des Mauriciens a obligé ces derniers à se rabattre en priorité sur les pommes et oranges. La marge de man?uvre des Surat est devenue plus difficile. Ils doivent donc miser sur le volume vendu.
Suren Surat ne fait pas que travailler. Fort heureusement. Marié à Sabeena, il est père de la petite Shibani, huit ans, qui montre déjà un certain intérêt pour l?affaire familiale.
C?est en grande partie par patriotisme vu l?augmentation vertigineuse du prix du lait importé et histoire de diversifier leurs activités, que Shyam et Suren Surat ont recherché l?expertise d?un éleveur sud-africain et travaillé sur un projet d?élevage de 250 vaches sur un terrain de 250 arpents qu?ils négocient encore avec la sucrerie de Rose-Belle. Si les négociations aboutissent, d?ici un an, les Surat devraient produire 10 000 litres de lait pasteurisé. Ce qui n?est pas énorme. «Mais il faut bien commencer quelque part».
Tout comme les Surat sont partenaires dans la construction d?un hôtel d?affaires, le Ebène Business Hotel, dont la construction devrait se terminer en avril. Etablissement qui sera géré par le Sheraton. Mais le fruit demeurera le noyau de leur business pendant encore longtemps. Car le fruit, c?est la santé. Et la santé de SKC Surat and Co. Ltd est dans le fruit?
Publicité
Publicité
Les plus récents