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La rupture européenne de Nicolas Sarkozy

3 juillet 2008, 00:00

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La rupture européenne de Nicolas Sarkozy

Devenir le leader incontesté de l?Europe élargie, c?était l?ambition quasi avouée de Nicolas Sarkozy. C?est désormais chose faite. Il a pris mardi 1er juillet, et ce pour six mois, la présidence de l?Union européenne (UE).

Le président de la République française n?a pas la foi des pères fondateurs, pour qui l?Europe incarnait la paix. Mais il n?est pas non plus l?Européen contraint que fut Jacques Chirac. Avocat élevé à Neuilly (Hauts-de-Seine), aux racines hongroises et grecques, marié à des femmes d?origine espagnole puis italienne, Sarkozy se sent naturellement européen. Il a grandi avec l?Europe et a accompagné sa construction sans trop tergiverser. Ce qui ne l?empêche pas de la critiquer vivement, pour la réconcilier avec la France du non, et de vouloir que la France y joue un rôle majeur.

Ce n?est plus le cas lorsqu?il arrive au pouvoir. La France, qui avait porté la construction européenne pendant cinquante ans, est «démonétisée» par le non français de 2005 au référendum sur la Constitution. Elle est, avec l?Italie, l?homme malade de l?Europe, qui continue de faire la leçon sur l?exception française alors qu?elle n?en a plus les moyens. La tradition consistant à s?entendre entre Français et Allemands pour entraîner les autres Européens ne fonctionne plus : le système est mort en 2003, lorsque Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schröder ont été mis en minorité sur la guerre en Irak dans l?Europe élargie.

Pour remettre la France au centre du jeu, Sarkozy opère une rupture doctrinale. L?Europe ne peut plus être un jardin à la française. Tirant les conséquences du poids réel de son pays dans l?Europe élargie et dans le monde, il balaye certaines vieilles lunes : jamais il ne vante le modèle français, auquel nul ne croit plus en Europe. Au contraire, il invoque les réussites de ses voisins, en particulier des Britanniques, dont la plupart ont atteint le plein emploi, pour mieux promouvoir ses réformes intérieures. Surtout, il tire un trait sur le mythe gaulliste du non-alignement français, proclamant le retour de la France dans l?OTAN et son amitié pour le peuple américain.

Le président a choisi de se placer dans le courant dominant, plus en phase avec ses partenaires. Ce recentrage politique s?est accompagné d?une opération de séduction. Sarkozy commence par effacer la tache du référendum en négociant un traité pour remplacer la défunte Constitution. Ensuite, il mise sur les «petits» pays. Fini le directoire des six grands Etats, qu?il avait promu lorsqu?il était ministre de l?Intérieur. Oubliée l?idée d?une Europe à deux vitesses, qui supposerait un accord franco-allemand improbable. L?Europe se fait à 27 et il convient de reconquérir les pays de l?Est, accusés par Chirac d?avoir manqué une «bonne occasion de se taire» en soutenant la guerre en Irak.

Sarkozy multiplie les partenariats stratégiques, creux mais symboliques, et les discours devant les Parlements de partenaires négligés. La méthode paie et permet, grâce au lien avec le Royaume-Uni de Gordon Brown et l?Espagne de José Luis Zapatero, d?avoir un soutien majoritaire en Europe.

Enfin, Sarkozy, qui n?aime guère les contre-pouvoirs, finit par accepter la logique institutionnelle européenne. Ses prédécesseurs, eux, méprisaient la Commission et le Parlement européens, misant tout sur les sommets des chefs d?Etat et de gouvernement. Sarkozy a lui décidé de rompre avec «la tradition d?arrogance française»

<B>Arnaud LEPARMENTIER © Le Monde 2008 Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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