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La rue est à nous !
Des notes qui flottent dans l?air. Des lampions, des effluves de grillades, et des centaines de flâneurs. Le festival Tempo de St Leu à l?île de la Réunion est de ces événements que l?on regrette de ne pas voir chez nous. On aura beau se targuer du succès du festival créole, de la venue de grands noms de la musique internationale ? qui au demeurant passent d?abord par La Réunion, rien ne vaut une manifestation culturelle populaire comme celle de St Leu.
Imaginez simplement l?ambiance. Les principales artères de la ville sont bloquées, dédiées aux promeneurs bien décidés à profiter de la musique et d?une multitude d?ambiances. Sur quelques centaines de mètres, le slam fait place au reggae en passant par les rythmes africains, la salsa, la chanson française, les contes, les spectacles vivants?L?atmosphère générale est festive et bon enfant, sans insécurité latente. C?est cela un festival. C?est cela qu?il manque à Maurice.
Bien entendu, les moyens financiers ne sont pas les mêmes. La politique culturelle à l?île s?ur, soutenue par la ville, la région et l?Etat n?est en rien comparable à la nôtre. Pour autant, doit-on se contenter d?événements ponctuels durant lesquels nous n?aurons droit qu?à un seul concert ? Peut-on accepter que certains festivals soient, au final, destinés à un public restreint de privilégiés ?
Le festival créole a été un succès, tant dans l?organisation que dans la qualité des prestations proposées. Mais peut-on véritablement parler d?un festival populaire ? Combien de concerts gratuits ? Un festival doit être ouvert à tous, faire la part belle à l?ensemble des arts, sans distinction, sans nécessairement s?attendre à la venue de tête d?affiche. Qu?on investisse nos rues. Qu?on sorte trompettes, guitares, djembés. Qu?on s?arme de nos voix et de nos imaginations pour faire de la rue le théâtre de nos expressions artistiques.
A St Leu, c?est justement cela qui nous a frappé. Ces groupes de personnes qui sont liées par leur art et qui décident, grâce à ce festival, de partager leur humour, leur talent, leurs sonorités. Et nous, de butiner, à notre gré, de découverte en découverte. Qu?elle soit bonne ou mauvaise. Car plus loin, il y avait encore autre chose à voir, à entendre.
Nos visiteurs seraient, à coup sûr, ravis d?arpenter les rues de nos villes lors de festivals de ce genre. Notre offre culturelle est bien maigre. La sempiternelle excuse de l?isolement et des manques de fonds est un faux fuyant bien trop aisé. Gageons qu?au prochain budget, une enveloppe plus importante soit allouée aux autorités culturelles ainsi qu?à nos collectivités. Car la politique culturelle n?est en rien la chasse gardée d?un ministère gangréné par un immobilisme latent. Par un politiquement correct soporifique.
Nos jeunes talents ne demandent qu?à investir nos rues et faire savoir leur savoir-faire. Les Mauriciens, aussi casaniers qu?ils puissent être, seraient, nous en sommes certains, ravis de déambuler dans les rues à la recherche d?un coup de c?ur musical en mangeant un roti chaud? Les touristes feraient le plein de souvenirs et de sensations nouvelles, loin des nos clichés sclérosés de «sea, sun & sand»? En attendant, c?est du côté de «l?île intense» que nous avons fait le plein de sensations.
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