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La recette du succès

16 avril 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Vers la fin des années 2010, le pays devra pouvoir accueillir entre 3 et 4 millions de touristes. Peut-être même 5 millions. C?est en atteignant ces objectifs que Maurice deviendra l?île duty free dont on parle depuis le discours du budget. Les esprits surchauffent en ce moment. Tout le monde semble avoir un avis sur la question. Un document, le Blueprint of Duty Free Mauritius devrait bientôt voir le jour pour synthétiser les idées et proposer une marche à suivre pour atteindre les objectifs fixés.

Des réunions se multiplient en ce moment. Le Board of Investment (BOI) a réuni un groupe d?investisseurs locaux en fin de semaine. Air Mauritius et la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) ont comparé leurs points de vue sur la question. Les deux rencontrent le BOI dans quelques jours. Mais déjà, les grandes orientations du Blueprint sont connues.

Le paysage de Maurice devra changer. L?île duty free ne sera pas peuplée d?énormes centres commerciaux où se côtoient des centaines de magasins, à la manière de Singapour et Dubayy. On veut faire côtoyer à Maurice des shopping belts, à Quatre-Bornes ou Port-Louis, par exemple, avec de grands centres commerciaux et de loisirs éparpillés dans l?île. Les magasins « traditionnels » seront appelés à se relooker et à utiliser toutes les ficelles de l?habillage pour attirer le regard. En même temps, une multitude de magasins duty free devront voir le jour. Tandis que les gros projets s?esquissent déjà (voir hors texte), les « petits » magasins renaissent déjà.

De Ralph Lauren à Wrangler

Ainsi, Ajay Beegoo, le propriétaire de plusieurs magasins Ralph Lauren il y a encore quelques mois, annonce que son entreprise et d?autres ont réussi leur recyclage. « Mon entreprise a décroché la franchise de la marque Wrangler à Maurice.» Une cinquantaine des gros magasins Ralph Lauren, qui étaient à l?agonie il y a quelques semaines encore, se positionnent.

C?est qu?ils ont été informés que Lacoste, Tommy Hilfiger, Levi?s et d?autres marques sont désormais intéressées à travailler avec des franchisés locaux. « C?est une excellente nouvelle. Cela va nous permettre de prendre un nouveau départ. Chacun de ces magasins pourra employer jusqu?à une vingtaine de personnes. Et, comme nous avons déjà de l?expérience dans la vente avec les touristes, cela ne peut que bien se passer », explique Beegoo.

Mais il ne suffit pas d?avoir les marques les plus prestigieuses du monde pour attirer les touristes. Il va encore falloir faire savoir au monde qu?on existe. Et convaincre les touristes de venir à Maurice plutôt que d?aller à Dubayy, Hong Kong ou Singapour. Air Mauritius milite pour la création d?une Strategic Tourism Shopping Unit, qui regrouperait des stratèges de la MTPA, de l?hôtellerie, de l?aviation et du BOI. Ce bras armé du duty free mauricien attirera les investisseurs certes, mais aussi nos chers nouveaux touristes. « Il est primordial d?organiser des campagnes internationales pour faire connaître Maurice comme destination duty free. Tous les partenaires devront mettre la main à la poche pour le financer », explique Megh Pillay le directeur d?Air Mauritius.

Il faudra bien appâter le touriste. Mais avant de savoir comment le faire , il faut déjà déterminer qui cibler. Et la cible est large. Elle est composée de la clientèle traditionnelle européenne mais aussi de voyageurs du pourtour de l?océan Indien. Les Indiens et les Chinois sont connus pour être des mordus du shopping. Selon certaines estimations, Maurice pourrait attirer à moyen terme 250 000 touristes indiens principalement préoccupés par les bonnes affaires qu?ils feront à Maurice. Reste à se faire connaître d?eux.

Il sera également faux de dire qu?il n?existe pas une clientèle pour le shopping en Afrique. On cite souvent l?exemple des vols en provenance du Zimbabwe remplis à ras bord de mordus du shopping qui visitaient l?île rien que pour acheter. Les Seychellois auraient aussi un peu ce tempérament. Mises bout à bout, ces clientèles respectives pourraient mener le pays vers ses objectifs.

Encore plus de chambres d?hôtels

Toutefois, avant d?accueillir chaleureusement nos futurs touristes à l?aéroport, il faudra les transporter. L?épineux problème du transport aérien refait surface. A ceux qui prônent l?ouverture totale de l?espace aérien local comme solution, Air Mauritius oppose toujours une farouche résistance. Le transporteur national a une tout autre vision. Celle de transformer Maurice en un hub régional. A l?image de ce qu?Emirates a fait de Dubayy. Armé de plusieurs accords de 5e liberté, qui donnent droit à d?autres compagnies aériennes d?atterrir à Maurice avant de repartir vers une autre destination. « Avec la 5e liberté Maurice doit pouvoir devenir le hub de l?océan Indien pour toutes les compagnies d?Australie et d?Asie qui atterrissent ensuite en Afrique », pense Jean Maurice Paturau, responsable des 11 boutiques hors taxes Poncini dans les hôtels.

Et même si la question du transport est réglée, celle de l?hébergement subsistera. «Il devra y avoir davantage de chambres d?hôtels », explique Paturau. Mais la gamme d?hébergement offert devra aussi être large. Allant du package pour un stop-over shopping à $ 25 la nuit dans un petit hôtel aux offres plus étoffées pour les touristes qui passent leurs vacances à Maurice en voulant également faire du shopping. Près de 5 000 chambres d?hôtels resteraient inoccupées dans nos hôtels pendant la saison creuse. La mise en place d?une période de soldes duty free accompagnée d?un package spécial pour l?occasion devrait permettre de remplir les hôtels à moitié vides en basse saison.

Mais le secteur hôtelier devra également changer ses pratiques. La plupart des hôtels prennent totalement en charge les touristes. Réglés comme du papier à musique, leurs séjours sont prédéterminés par les hôtels et les partenaires tour-opérateurs. Ne laissant au touriste que très peu d?occasions de succomber à un achat impulsif lorsqu?il passe devant la vitrine bien garnie d?une boutique hors taxes. « Les hôteliers doivent pousser le client vers le shopping », affirme Jean Maurice Paturau.

La voie à suivre commence à être tracée. Mais pour le faire, il faudra la collaboration de tous. C?est le principal handicap à surmonter pour le moment.

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