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La question de fond
Les fausses perceptions et les faux débats ont fini par obscurcir l?enjeu réel de la réforme du système d?éducation au primaire. Le problème principal est que ce système génère un taux élevé d?échec. Tout le mal est là, le reste est secondaire. On ne peut pas parler de réforme éducative sans traiter en priorité ce drame humain.
Le ministre Gokhool n?est pas responsable de cette situation qui a perduré sous tous les régimes. Toutefois, l?actuelle majorité avait promis, dans son programme gouvernemental, de ?faire reculer l?échec scolaire?. L?Alliance sociale avait fait de cet ambitieux projet un de ses ?objectifs clés?.
Aucun gouvernement ne peut effectivement s?accommoder d?un système qui, chaque année, rejette hors de l?instruction publique environ 40 % d?enfants âgés de 10 à 12 ans. L?Alliance sociale avait identifié ce ?massacre? pédagogique ? si le mot est plus acceptable ? comme un frein à l?égalité des chances. Il avait annoncé son intention, de ?revoir et d?adapter les programmes, les méthodes, les structures et les appoints pédagogiques pour faire reculer l?échec scolaire?.
La question maintenant posée est celle de savoir si la réforme finalement proposée par le ministre, et soutenue par le gouvernement, va dans le sens annoncé. Ou si, contrairement aux objectifs pédagogiques salutaires du programme, la réforme gouvernementale vient, en réalité, grossir le risque d?un taux d?échec encore plus élevé au primaire.
La réponse est connue. Déjà, malgré les avancées de la réforme Obeegadoo, le taux d?échec au primaire demeurait anormalement élevé en raison d?un système exclusivement orienté vers la performance académique. Il est conçu pour sélectionner les plus doués, il n?est pas fait pour instruire le plus grand nombre. Dans cette course aux résultats qui déterminent la qualité de l?accès au secondaire, les apprenants moyens ou infortunés sont vite lâchés, distancés et écrasés par le précoce sentiment de leur apparente médiocrité et de leur inutilité sociale. A 12 ans, ils apprennent l?échec et l?ostracisme. L?école de la République les a déjà trahis. Leur avenir est joué.
La réforme Gokhool accentue le vice du système parce que la compétition devient plus vive. Un nombre encore plus grand d?enfants sera fatalement marginalisé. Le taux d?échec risque d?augmenter non pas de reculer. C?est là où le bât blesse, mais personne au gouvernement ne semble s?intéresser à ces 10 000 élèves qui échouent. Ils n?ont d?yeux que pour ces 1 200 destinés aux collèges nationaux et aux rescapés des collèges régionaux.
À en croire M. Suttyhudeo Tengur, il y a une explication à cette indifférence du gouvernement à l?égard de ces milliers d?exclus du système. Ceux-là, apparemment, ne sont pas les enfants des électeurs de Navin Ramgoolam. Raisonnement à la fois cynique et faux que l?on retrouve dans la presse travailliste.
D?abord, M. Tengur n?a peut-être pas lu le programme de l?Alliance sociale. Elle annonçait ?la sérénité d?un traitement paritaire?, ou encore des ?opportunités éducatives d?excellence pour tous?. Ensuite, l?analyse des résultats démontre combien irrationnelle est l?attitude imprégnée de racisme et de préjugés de certains partisans de la réforme. Elle occulte le fait que s?il se confirme la compétition accrue ne peut produire qu?un taux d?échec encore plus élevé, elle affectera pareillement tous les enfants mauriciens.
Les chiffres indiquent bien que la moyenne du taux d?échec est pratiquement la même, à Flacq comme à Pamplemousses ou à Rivière-du-Rempart. Si l?on examine les résultats par école, on constate que l?échec frappe de même tous les défavorisés de la société, sans la distinction ethno-électoraliste que brandit M. Tengur : aux examens de 2005, près de 60 % à l?école de Pamplemousses, 64 % à Mapou, 49 % à Rose-Belle, 47 % à Grand- Bois, 57 % à Stanley. C?est vrai, l?échec est encore plus dramatique ailleurs : 70 % à Richelieu, 75 % au Morne. Mais on le voit bien, l?enjeu est national.
Le débat doit se refocaliser sur cette unique question : la réforme Gokhool est-elle susceptible de faire reculer l?échec scolaire ou, au contraire, de l?amplifier ? Notre confrère Gilbert Ahnee, dans l?édition du lundi 13 février du ?Mauricien?, a illustré l?inanité du système par une belle analogie sur les fruits négligés du verger. J?apporte une autre image; admettons que l?école soit une usine qui reçoive une matière première humaine destinée à être transformée par valeur ajoutée, avant de la mettre sur le marché de la vie. Les actionnaires que nous sommes financent à hauteur de Rs 6 milliards par an ce projet. Quelle usine survivrait si elle produisait chaque année 40 % de ?rejects?. C?est un peu prosaïque, je m?en excuse, mais c?est aussi le problème.
Faire reculer l?échec scolaire, c?est sauver nos investissements et nos biens. L?argent de l?Etat et l?avenir de nos enfants. Tous nos enfants.
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