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La politique l?emporte
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Nous sommes au bord de la crise, mais l'insouciance domine toujours. Les atermoiements du gouvernement persistent au sujet de l?exécution de l?accord signé avec les sucriers, la «Multi Annual Adaptation Strategy» (MAAS). Bien que ceux-ci acceptent d?accéder à la demande de l?Etat pour des terres, les dirigeants hésitent à conclure.
Hier, devant les invités de la Voice of Hindu, le Premier ministre a opposé une fin de non-recevoir à la proposition des sucriers. Il s?arc-boute contre la suggestion de la MSPA à l?effet que les organismes publics participent à l?effort de cession de terres. Pourtant, la contribution réclamée à ceux-ci est insignifiante. Navin Ramgoolam a tort d?en faire l?objet d?un contentieux. De même, l?industrie sucrière aurait pu éviter de faire référence aux organismes publics et offrir ce qu?elle est en mesure, elle, d?offrir.
Au total, les sucriers proposent un transfert de 2 000 arpents de terres à l?Etat, comme nous l?avons rapporté vendredi. C?est le chiffre qui est mentionné dans le document remis par la MSPA au Premier ministre. Cette information est exacte même s?il faut préciser que ce chiffre inclut la contribution symbolique des organismes publics. Toutefois, il est futile de s?attarder sur cette question, somme toute sans importance.
Le temps presse et l?enjeu est fondamental. Dans ce drame se joue le sort de l?économie nationale. Environ Rs 13 milliards, sous forme de mesures d?accompagnement ou de reliquat des Fonds européens de développement (FED), sont concernées. Cette aide nous a été promise sur la base de la MAAS, présentée en avril 2006 à Bruxelles. Si l?Etat se rétracte, il n?y aura pas de décaissement de fonds de l?UE. Les conséquences seront graves pour l?économie du pays. D?autant plus que les autres bailleurs de fonds se montreront méfiants envers Maurice si l?UE annule son programme d?aide pour notre pays.
Contrairement à une idée reçue, l?aide de l?UE n?est pas destinée à quelques «barons sucriers». Plus de la moitié de l?aide promise sera octroyée à des secteurs émergents non-sucre. Le reste sera utilisé pour financer le plan de retraite anticipée des travailleurs (VRS) et divers projets au bénéfice des petits planteurs. Quand aux investissements requis pour les centrales thermiques et les distilleries, ils doivent être faits à partir des fonds propres de l?industrie et des emprunts bancaires.
Déjà, les tergiversations de l?Etat ont porté préjudice au pays. Parce qu?elle n?a pas pu soumettre avant la date butoir du 30 septembre un rapport d?évaluation à l?Union européenne, Maurice aurait perdu un financement de Rs 200 millions, soit la tranche variable du 9e FED. Le déboursement de ce fonds était assorti de conditions précises. Il fallait, entre autres, fermer trois usines. Or, après avoir autorisé leur fermeture, le gouvernement a changé les règles du jeu en y ajoutant la condition sur les 2 000 arpents de terre.
On l?aura compris. Cette exigence portant sur la «restitution» des terres n?est qu?un volet de la fameuse promesse électorale de démocratisation de l?économie. La démagogie clientéliste du Parti travailliste oblige son leader maintenant à paraître intraitable vis-à-vis des sucriers. Pour répondre à des considérations politiciennes, il n?hésite pas à remettre en cause un accord que son ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell décrit comme un «fast track modernization and diversification framework».
Entre rationalité économique et souci politique, Navin Ramgoolam semble pencher du mauvais côté.
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