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La physiquebrise les mythes

29 janvier 2005, 00:00

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Le bureau de Sarojiny Saddul-Hauzaree témoigne de son amour pour la physique et l?éducation. Sur les murs sont placardées de multiples affiches explicatives, tantôt sur les planètes de notre galaxie, tantôt sur le transit de Vénus, voire sur les matières à l?étude à l?université de Washington à Seattle, aux Etats-Unis. là-bas, elle s?est perfectionnée dans les sciences de l?éducation avec accent sur l?enseignement de la physique, pendant deux ans.

Son intérêt pour l?enseignement n?est pas le fruit du hasard. Elle sait, depuis toujours, qu?elle sera enseignante. Quoi de plus naturel quand on vient d?une famille d?enseignants et d?inspecteurs des écoles ! Elle est en effet la petite fille de Nunkishore Saddul, fondateur du collège N. Saddul à Vacoas. et son père, Parmanund, exerçait comme instituteur.

D?ailleurs, un de ses premiers cadeaux mémorables est un tableau et un assortiment de craies ! Son attrait pour les matières scientifiques se manifeste à sept ans, lorsque son père lui offre une série d?encyclopédies intitulées The Book of Popular Science. Bien qu?elle ne comprenne un traître mot de leur contenu, elle se délecte de leurs illustrations. Une fois la lecture maîtrisée, elle dévore les biographies des scientifiques réputés figurant dans ces livres, tels que Sir Isaac Newton ou Marie Curie.

Très tôt, Sarojiny se montre douée pour les études, aussi bien littéraires que scientifiques. Comme l?étude des sciences à l?époque confère un certain prestige d?intellectuel, elle décide d?en faire sa spécialité. En Form VI toutefois, elle abandonne la biologie, lui préférant la chimie et la physique, qui reposent davantage sur la logique, le raisonnement et les mathématiques.

Mais entre les deux, elle a une préférence marquée pour la physique qui est à ses yeux, «la découverte continue de trésors scientifiques laissés par les plus grands penseurs de notre temps». Ses maîtres à penser sont d?ailleurs sir Isaac Newton à qui l?on doit notamment les lois de la gravitation et Richard Feynman, qui a fait des découvertes surprenantes sur l?électrodynamique quantique.

Ses résultats de Higher School Certificate lui permettent d?envisager des études à l?étranger. L?Inde étant plus économiquement viable pour les finances familiales, elle se rend au St Xavier?s College de Mumbai, où elle décroche aisément une licence en physique. Elle la fait suivre d?une maîtrise obtenue au sein du prestigieux Indian Institute of Technology de Mumbai.

A son retour au pays, elle assiste pendant deux ans un chercheur de l?université de Maurice qui travaille sur l?hydrodynamique des vagues de la haute mer au rivage. Ce sera aussi son sujet de mémoire qu?elle présentera cette année en vue de décrocher son doctorat en physique.

<B>Virage à 180 degrés</B>

Etant plus intéressée à enseigner aux adultes, Sarojiny postule comme chargée de cours Mauritus Institute of Education (MIE) lorsqu?elle apprend qu?il y a une vacance au département de physique. Recrutée, elle prend énormément de plaisir à transmettre son savoir aux instituteurs et autres enseignants pendant les années suivantes.

Elle remet toutefois en question sa méthode d?enseignement quand elle décroche une bourse auprès de l?université de Washington. Là, elle obtient une maîtrise en éducation avec accent sur l?enseignement et l?apprentissage de la physique.

«Cela a été un virage à 180 degrés pour moi, car la méthode d?enseignement des sciences, et en particulier de la physique, est totalement différente de ce que je connaissais. L?enseignant n?est plus le grand manitou. Les classes ne sont plus centrées sur l?enseignant mais sur les élèves. Au lieu d?être l?unique dispensateur de connaissances, il devient le guide montrant à l?élève comment accéder au savoir en construisant les connaissances par lui-même». Elle note aussi les contributions importantes des techno- logies de l?information et de la communication.

Depuis son retour, Sarojiny applique cette nouvelle pédagogie dans ses cours. Celle-ci, dit-elle, «rend plus humble et permet de respecter la connaissance des autres. Cela m?a rapproché de mes élèves.» Sarojiny ne dit pas pour autant que cette pédagogie est LA meilleure de toutes. Mais elle lui convient et apporte de très bons résultats auprès de ses élèves.

Si d?un point de vue personnel, Sarojiny aspire à devenir professeur, estimant en riant que cela devrait lui prendre une ving- taine d?années, tant il y a de la recherche à faire, son souhait le plus cher est de rendre la physique accessible à Monsieur Tout- le-Monde. «Je veux que la physique quitte les labos et les écoles pour entrer chez l?habitant car j?estime que la pensée scientifique brise les mythes, les tabous et autres peurs».

Elle cite l?exemple d?un mythe tenace à propos du VIH/Sida : «Il y a encore des gens qui pensent que le virus se transmet par la salive. Ceux qui ont une base scientifique savent qu?il est impossible pour un virus de résister à l?air libre. Si le citoyen lambda le savait aussi, ce préjugé n?aurait pas vécu aussi longtemps». De plus, poursuit-elle, en comprenant les mécanismes de l?univers, chacun aurait pris soin de le préserver.

Utopie ? Sarojiny ne le croit pas. «Je suis simplement optimiste. Je crois que cette sensibilisation de masse est faisable par le biais des médias, de causeries publiques et de campagnes d?affichage dans les autobus et autres lieux publics».

Elle fait partie de l?équipe du MIE qui planche sur le calendrier d?activités marquant l?Année internationale de la physique au cours de laquelle l?accent sera mis sur le physicien Albert Einstein. Celui-ci a, en 1905, écrit trois papiers notables faisant date dans l?histoire de la physique. Activités qui se résument à nombre de causeries et de débats, destinés surtout aux étudiants et aux initiés.

On est loin de la vulgarisation tant souhaitée par Sarojiny. Mais qu?importe. Il faut bien commencer quelque part?

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