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La pharaonne et le président
<B>Par Gilles RIBOUET </B>
Si le nez de Cléopâtre eut été plus court, la face du monde aurait changé. Et si Obama devient le 44e président de la première puissance mondiale, la face du monde connaîtra-t-elle ce changement tant attendu ? On peut toujours espérer ou se convaincre que le candidat Obama, parce qu?il est Noir, va révolutionner une Amérique conservatrice, gendarme autoproclamé du monde.
La «chasse gardée» américaine n?est-elle pas finalement davantage le monde que la seule Amérique Latine au point qu?on se passionne tous pour ces élections ? Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis n?ont eu de cesse de donner le «la», les autres nations se mettant au diapason.
Mais aujourd?hui, alors que nous traversons des crises multiples, politique, économique, alimentaire et environnementale, le leadership américain s?effrite. La tendance est revenue au multipolaire. Elle se confirmera dans le multilatéral. Les contestations d?un modèle americano-centré se font parasites d?un système qu?on a trop tendance à figer. Obama incarne l?espoir d?une rupture avec la politique Bush. Pourtant, vu de l?extérieur, on retient surtout qu?il est un présidentiable afro-américain.
Ce qu?on doit vraiment attendre de Barack Obama, c?est une nouvelle conception de la politique américaine. Pour les Américains en premier lieu. Et pour le monde ensuite. Les dynamiques ont changé, les rôles se redistribuent. Ce qu?on pensait immuable se craquèle.
Les Etats-Unis de Barack Obama, s?il est élu, doivent emboîter le pas au nouvel ordre mondial qui se dessine. Cette puissance politique ne peut tourner le dos au protocole de Kyoto. Cette puissance militaire ne peut défendre la démocratie et la liberté en s?enlisant dans le bourbier irakien, en menaçant l?Iran ou en mettant à mal le multilatéralisme onusien. Cette puissance économique ne peut être un modèle unique, prônant un libéralisme débridé sans tenir compte de la paupérisation grandissante d?une frange de sa propre population, reflet, finalement, de la tendance mondiale.
Le symbole, en vérité, se traduit dans l?attente d?une politique nouvelle en matière sociale, économique, et de relations internationales. Mais puisque ce qui passionne les foules, pour être honnête, c?est d?imaginer un Noir dans le bureau ovale, revenons-y. Certes, à présent, chaque personne qui vit son appartenance ethno-religieuse comme une fatalité, ou un fardeau social, se prend à croire dans la capacité de l?Autre à accepter sa différence, au point de voter pour lui à une élection.
Manifestement, la couleur de peau du sénateur de l?Illinois n?est pour le moment qu?un buzz témoignant de l?ouverture d?esprit du peuple américain ? comme quoi, on leur fait bien trop souvent un mauvais procès. Pour sûr, en Europe, il reste du chemin à parcourir pour voir une minorité accéder, à la faveur d?un suffrage, aux plus hautes fonctions de l?Etat. Et à Maurice ? L?honneur est sauf. Nous avons les accords pré-électoraux, «of course».
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