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La peinture festive de Nathalie Périchon
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La peinture festive de Nathalie Périchon
Le Périchon nouveau n?a rien à envier aux précédents millésimes. Bien au contraire, ses toiles gagnent en profondeur et en intensité ce qu?elles pourraient ? mais rien n?est sûr ? perdre en fraîcheur et en jeunesse. Le coup d??il d?ensemble frappe aussi vigoureusement qu?un coup de poing au plexus solaire. L?esthète a le souffle coupé. Son ?il cherche vainement d?échapper à cette débauche de couleurs, de formes, de gestuels, de tranches de vie, de fêtes, de motifs multipliés et multiplicateurs. Peine perdue. Dérobade interdite. Sappe dans caraille, tombe dans di fé. La dominante verte paraît lumineuse. Le bleu n?est guère moins reposant. Le rouge flamboie, tournoie, s?agite avec la frénésie d?une muleta. Le jaune, ensoleillé vif, ne connaît point d?éclipse.
S?approcher d?une toile, choisie au hasard, c?est déjà encourir le risque d?être happé par une farandole de motifs, minutieusement peints, répétés à l?infini, s?interpellant les uns les autres, homogènes mais jamais pareils. Farandole ou carnaval ? Le doute est permis. La musique symphonique, remplie de décibels explosifs, ne tarde pas, en effet, à remplacer la flûte et le tambourin, décelés de prime abord. Les yeux clignotent. Les oreilles demandent grâce. Le c?ur s?essouffle.
Il faut pourtant prendre le risque de pousser plus loin l?analyse. Sonder le contenu de cette confirmation irrésistible : Nathalie Périchon n?a pas perdu un atome de ses qualités initiales qui font d?elle, avec Danielle Hitié, un de nos plus talentueux coloristes à mi-chemin entre Vaco Baissac et Hervé de Cotter. Vaco pour l?ampleur et la profondeur des coloris et parfois du trait. De Cotter pour l?énergie cinétique et la maîtrise du mouvement et de la danse.
<B>Une peinture essentiellement mauricienne</B>
Coloriste peut paraître restrictif et même diminutif si on l?oppose aux peintres maniant la peinture, sinon la pâte colorée, comme les sculpteurs pétrissent l?argile ou la glaise ou qui martèlent le bronze. Le coloriste croit dans la force vivifiante de l?aplat et de la couleur, comme le polisseur confie au marbre la douceur et l?infini des courbes et des formes. Toute comparaison, ici comme ailleurs, sera forcément déplacée et stérile. Chacun son métier, chacun son style, chacun sa manière de concevoir les chefs-d??uvre contenus dans son subconscient et les Beaux-Arts seront bien gardés et même sauvegardés. Il reviendra toujours, aux coloristes les plus talentueux, la mission de ressusciter sur toile ou sur dessin les mille et une merveilles d?une vie tout en mouvement et en renouvellement, haute en couleurs et en mystères. Rien de la vie n?est étranger au coloriste. Ses doigts, habiles et délicats, mus par les élans de son c?ur, sauront toujours animer les formes de vie entrevues, au millimètre près. Tenue de mariage de rigueur car chez le coloriste tout est affaire d?harmonie et d?homogénéité surtout si, au premier abord, on a l?impression de voir tournoyer autour de soi un carrousel de lumières et de couleurs. La moindre fausse note rompt, à l?oreille du mélomane averti, l?écoulement harmonieux d?une symphonie. De même, la moindre note criarde heurte l??il de l?esthète et l?empêche de voir les merveilles artistiques qu?elle éclipse lamentablement.
Tout comme les ?uvres de Hitié, de Baissac et de De Cotter, mais dans son style personnel, la peinture de Nathalie Périchon est essentiellement mauricienne et s?apprécie d?autant dans notre décor insulaire et tropical, que d?aucuns visiteurs et non des moindres n?hésitent pas à qualifier de paradisiaque. Elle sait mettre en valeur notre île et sa population plurielle qui l?inspire et la nourrit, comme la sève, venue des entrailles limoneuses de la terre, engendre les fleurs les plus belles et les plus épanouies, nos architectures végétatives, les cathédrales de nos sous-bois, le miracle de chaque feuille. Il est d?ailleurs impossible de séparer les personnages de Nathalie Périchon de leur décor végétatif. Autant vouloir dissocier l?opérette de ses décors les plus chatoyants du Châtelet ou d?ailleurs. Le mariage de ses personnages et de leur encadrement naturel est tout autant indissoluble que les ouis nuptiaux devant Dieu et devant les hommes. Faune et flore sont parties intégrantes de ses personnages. Elles leur donnent substance et muscle.
Ils sont vivants, sinon remuants, actifs sinon alertes. Ils nous sont forcément familiers puisque nous les côtoyons quotidiennement dans nos bazars, le long de nos ruelles, au fond de nos arrières-cours, lézardant sur nos plages, pique-niquant sous nos filaos, s?amusant dans les cours de recréation de nos écoles, se promenant sous nos arcades commerciales et n?attendant que le martèlement de la ravane pour bouze bouzé, fane fané, fane sir lé côté ou encore pour mette so la main là-haut, mette so la main en-bas.
<B>Un savoureux mélange d?indianité et d?africanité</B>
Les personnages de Nathalie Périchon sont tout ce qu?on veut ? y compris un savoureux mélange d?africanité et d?indianité ? mais ils ne sont pas statiques. Ils sont remuants à souhait. Les gestes, qu?ils esquissent non sans, parfois, une lourdeur et une nonchalance, nous renvoyant à coup sûr aux vahinés de Paul Gauguin, sont pleins de force, de vérité et de proportion. Ils rendent crédibles ceux qui les engendrent et qui nous apparaissent alors tour à tour rêveurs ou mutins, épanouis ou songeurs, souriants ou laborieux, taquins ou complices. Leurs gestes sonnent juste. Ils évoquent des vies intérieures, des histoires, des destinées. Ils partageront l?intimité de ceux ayant les moyens et surtout l?intelligence d?acquérir l?un ou l?autre des chefs-d??uvre exposés à l?Alliance française.
Nous avons parlé plus haut des dominantes colorées des ?uvres de Nathalie Périchon mais en omettant de signaler sa dernière trouvaille : la dominante noire. Il s?agit plus exactement d?un fond noir d?encre qui, fidèle à la pensée chazalienne, multiplie à l?infini les autres couleurs. On ne peut plus parler ici de peinture. Il faudrait plutôt parler de marqueterie tant les quelques taches de couleur, enrobées de blancheur éclatante, donnent l?impression de s?incruster dans l?essence la plus sombre mais qui n?est, en fait, que support de papier.
Il faudrait encore souligner le côté Jean Dubuffet que soulignent les rayures marquant les matériaux des constructions présentes ici et là dans les oeuvres de Nathalie Périchon, constructions qui la rapprochent d?autant de Danielle Hitié. Mais elle dépasse un Dubuffet rigidement fidèle aux rayures. Chez elle, celles-ci s?accommodent des autres motifs et demeurent dans la même mouvance. Elle confie volontiers que ses motifs sont d?inspirations marocaines. Ils se sont, à coup sûr, bien acclimatés au soleil mauricien et à la joie de vivre des habitants de notre île. Admirer les peintures de Nathalie Périchon, c?est définitivement plonger dans les charmes de la vie créole. C?est se remplir la tête du chant infini de notre île.
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