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La peine de mort régresse aux États-Unis

4 décembre 2005, 00:00

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Robin Lovitt, un meurtrier condamné à mort, aurait dû être la millième personne exécutée aux États-Unis depuis le rétablissement de la peine capitale par la Cour suprême en 1976. Mais le gouverneur de Virginie, Mark Warner, a décidé de l?épargner le 29 novembre. Cette affaire est particulièrement sensible dans un contexte de recul de la peine de mort aux États-Unis et de controverses sur sa finalité.

Mark Warner, qui envisage de briguer un mandat présidentiel, a expliqué avoir commué sa peine en réclusion à perpétuité parce qu?un greffier avait détruit des preuves au cours de la procédure d?appel, en violation des lois de Virginie.

L?accusé devait être exécuté par injection létale dans une prison de Virginie.

Plusieurs erreurs judiciaires avérées

Robin Lovitt a été condamné à mort en 1999 pour avoir tué un veilleur de nuit dans une piscine en 1998. Il a toujours affirmé qu?un autre homme avait commis ce meurtre et, selon ses avocats, il aurait pu prouver son innocence si les échantillons ADN utilisés lors de son procès n?avaient pas été détruits illégalement.

L?affaire Lovitt, controversée, a particulièrement intéressé les médias. Le porte-parole du gouverneur, Kevin Hall, a fait savoir que Mark Warner a reçu quelque 1 500 appels téléphoniques, lettres et autres courriers de la part de personnes résidant aux États-Unis mais aussi à l?étranger. Avant Robin Lovitt, Mark Warner avait déjà été saisi en tant que gouverneur de onze demandes de grâce qu?il avait toutes rejetées.

Puisque le condamné aura la vie sauve, Kenneth Boyd, qui doit être exécuté vendredi en Caroline du Nord, ou Shawn Humphries qui doit l?être le même jour en Caroline du Sud, pourrait bien devenir la millième personne à être mise à mort depuis 1976.

Malgré le franchissement de ce seuil, la peine de mort est globalement en recul aux États-Unis avec moins de jurys qui condamnent à mort, moins d?exécutions et toujours plus de moratoires au niveau des États. « Ce chiffre repère s?inscrit dans le contexte d?un pays qui s?éloigne clairement de la peine de mort », affirme le centre d?information sur la peine de mort (DPIC), basé à Washington. « Si la millième exécution est un événement significatif, il n?indique pas un développement ou un fort soutien en faveur de la peine capitale », note son directeur Richard Dieter, soulignant qu?au contraire « énormément d?indicateurs montrent que le pays s?en dégage plutôt ».

Les statistiques montrent un déclin de 50 % du nombre de condamnations à mort depuis la fin des années 1990, et une baisse de 40 % du nombre d?exécutions, depuis 1999, année qui avait connu un pic à 98 exécutions. Par ailleurs, la population des couloirs de la mort ? les secteurs des prisons réservés aux condamnés à mort ? baisse tous les ans depuis 2001.

Le mois dernier, un sondage Gallup montrait que 64 % des Américains restaient favorables à cette pratique, un chiffre bien inférieur aux 80 % du milieu des années 1990. Sérieusement mise à mal par plusieurs erreurs judiciaires avérées qui se sont parfois traduites par l?exécution d?innocents, la peine de mort a fait l?objet de critiques nourries ces dix dernières années. L?ancien gouverneur de l?Illinois, George Ryan, troublé par les failles du système judiciaire avait marqué les consciences d?un grand coup en janvier 2003 en graciant tous les condamnés à mort de l?État, commuant leur peine en prison à vie tout juste 48 heures avant de quitter ses fonctions.

Interdiction d?exécuter les retardés mentaux

« De plus en plus de gens comprennent que la peine capitale fait des erreurs, affecte de manière disproportionnée les pauvres et les minorités raciales, n?a pas d?effet dissuasif, coûte cher, est arbitraire et immorale », affirme le site 1000executions.org, lancé par la branche américaine d?Amnesty International.

À ce jour, 38 États l?autorisent mais beaucoup la pratiquent peu ou pas du tout. La grande majorité des exécutions ont lieu dans le Sud des États-Unis, et la plupart sont concentrées dans une poignée d?États.

Chaque État pratiquant la peine de mort a des lois différentes régissant la méthode de mise à mort et les crimes passibles de cette peine. La Cour suprême a interdit l?exécution des attardés mentaux en 2002 et celle des mineurs en mars 2005.

@ 2 005 Le Monde ? Avec afp et REUTERS ? Distribué par The New York Times Syndicate

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