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La pauvreté sous toutes ses formes

21 avril 2008, 00:00

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La pauvreté, on le sait, est multiforme, pluridimensionnelle. On ne peut s?attarder que sur les statistiques économiques pour dresser un état des lieux pertinent de la pauvreté dans une région. La région SADC fait face à une forte prévalence de la pauvreté. Près de 45 % de sa population totale estimée à 250 millions d?âmes vit avec moins de 1 US$ par jour (soit moins de Rs 840 par mois). A ce titre, la SADC est l?une des régions les pauvres du monde.

Les écarts de développement sont relativement importants au sein de la région. Ainsi, le géant sud-africain et Maurice se détachent par leurs économies diversifiées et les bons résultats statistiques en matière de développement humain. Au bas de l?échelle, on retrouve le Malawi, la République démocratique du Congo ou encore le Mozambique (malgré un taux de croissance économique soutenu depuis 2000), qui figurent parmi les Etats les plus pauvres du monde.

Les causes de la persistance de la pauvreté dans les Etats de la région sont diverses. L?Angola et le Mozambique se reconstruisent suite à des décennies de guerre civile qui ont ruiné leurs économies. De fait, les indicateurs humains ont également viré au rouge. Le Zimbabwe, autrefois l?un des pays les plus prospères de la région, voit son économie s?effondrer sous l?effet d?une crise politique aiguë. Les ménages zimbabwéens font face à une inflation record de 100 000 % alors que le système de santé s?est délité. Les industries manufacturières de la Zambie n?ont pas résisté à l?entrée sur le marché, entre autres, de produits étrangers moins coûteux. Le processus d?industrialisation n?a donc pas été réussi.

D?un point de vue économique, c?est bien l?absence d?industries (exception faite de l?Afrique du Sud et de Maurice) qui pénalise la région. Certes, le Lesotho a réussi à se hisser au premier rang des pays africains exportateurs de textile vers les Etats-Unis à la faveur de l?AGOA (le taux de croissance est passé de 3 % en 2005 à 7,2 % en 2006). Mais les taux de croissance économique ne sont pas révélateurs de la pauvreté. En 2005, le pétrole et les diamants ont permis à l?Angola d?afficher un taux de 20,6 %. Le Malawi passe de 2,5 % en 2005 à 7,9 % en 2006 grâce à l?excellente performance du secteur agricole. Cette croissance est donc fragile car dépendante en partie des aléas climatiques.

L?Indice développement humain (IDH) renseigne davantage sur le niveau de développement et sur l?état de la pauvreté (voir tableau). On se rend compte que l?évolution de l?IDH tient pour beaucoup aux thématiques de la gouvernance, de la santé, de l?éducation. Les conflits ou crises politiques aiguës influent directement sur l?IDH dans la mesure où les services de base ne sont plus assurés. Les populations sont alors touchées de plein fouet par la précarité : accès à l?eau potable rompu, fréquentation des écoles ralenties, maladies et épidémies en hausse, insécurité alimentaire grandissante. Le Commissaire européen au Développement, Louis Michel, a insisté dans son allocution, hier, sur la primauté de la gouvernance dans le développement.

La pandémie de VIH-Sida qui touche principalement l?Afrique est un enjeu crucial pour la réduction de la pauvreté dans la région. Le taux de prévalence chez les adultes dépasse les 30 % au Botswana, au Lesotho, au Swaziland et au Zimbabwe. L?espérance de vie dans ces pays diminue fortement jusqu?à ne pas dépasser les 40 ans. Ainsi, la probabilité pour un adulte de ne pas dépasser les 40 ans est de 57,4 % au Zimbabwe et de 48 % au Swaziland. Le VIH-Sida est un facteur aggravant la pauvreté (voir tableau).

«Les ménages zimbabwéens font face à une inflation record de 100 000 % alors que le système de santé s?est délité.»

L?insécurité alimentaire est également un facteur accablant. La dépendance aux aléas climatiques dans une région soumise aux cyclones, pluies diluviennes et sécheresses chroniques, les rendements ne sont pas toujours suffisants (mécanisation relativement faible) pour combler la demande croissante. Par ailleurs, l?économie agricole du Zimbabwe est en berne.

En bref, le profil de la pauvreté dans les pays de la SADC reprend l?ensemble des aspects de la pauvreté. La gouvernance est à bien des égards le critère premier pour assurer le développement. Les Etats de la région ont le devoir de faire respecter les principes de bonne gouvernance afin qu?une crise, comme celle du Zimbabwe, ne résonne sur l?ensemble de la région. La thématique économique recoupe les réalités sociales du terrain. L?accès aux services essentiels (eau, santé, éducation, alimentation) est la pierre angulaire de la réduction de la pauvreté. Le VIH-Sida et les autres maladies, dont le paludisme, sont des facteurs aggravants sur lesquels il faut agir vite. Pour le moment, les pays de la SADC plaident pour une aide au développement plus généreuse afin de soutenir leurs efforts.

QUESTIONS A? MERVYN ABRAHAMS, REPRESENTANT DE LA SOCIETE CIVILE SUD-AFRICAINE

Quels sont les principaux enjeux relatifs à la pauvreté auxquels doit faire face la SADC? Quels sont les obstacles, sinon à l?éradication de la pauvreté, au moins à sa réduction ?

Lors de cette conférence, nous avons identifié différents enjeux de grande importance. Je parle là des secteurs qui méritent une attention particulière pour une réduction effective de la pauvreté. Nous avons donc évoqué l?économie et l?emploi, la sécurité alimentaire et le VIH-Sida. Mais il y a un enjeu vraiment fondamental parce qu?il est transversal. C?est celui du genre. C?est une notion vraiment importante qu?il nous faut mettre au centre de notre démarche. Ce sont les femmes qui souffrent le plus de la pauvreté dans la région et davantage en milieu rural. Le statut de la femme est parfois en total décalage avec la fonction centrale qu?elle occupe dans la société. Je crois qu?il nous faut aider les femmes pour qu?elles participent au développement, pour qu?elles soient l?un des moteurs du développement venu de la base. Elles ont un rôle clé dans l?éducation. Et à ce titre, elles forgent les générations futures. Les comportements de demain, les décisions de demain, seront nourris de l?influence, qu?on l?accepte ou non, des femmes. Pour ce qui est des obstacles, je pense qu?il ne faut pas oublier que l?Afrique a de faibles capacités et c?est ce qui l?handicape. Mais cet état de fait est le résultat d?une marginalisation dans l?économie mondialisée. Nous devons donc faire face à de multiples challenges : nos ressources financières limitées, notre manque de compétences à cause de systèmes éducatifs défaillants et quand il y a compétence, on doit faire avec la fuite de nos cerveaux?. Parce que nous n?avons pas toujours les moyens de les retenir ! En tant que région, on ne peut pas dire qu?il y ait une véritable entraide intra-régionale. C?est dommage car nous devrions aussi profiter de l?expertise technique de chacun des Etats membres. Cet obstacle se retrouve dans notre mode de pensée. Ils sont nombreux dans la région à bouger, faire du commerce, sans s?inquiéter des frontières. On parle d?économie informelle. Or il s?agit d?un mode économique qui n?est pas intégré certes, mais qui est structuré et qui contribue beaucoup à l?économie régionale. On doit donc construire à partir de là. Et non l?inverse. Il faut que l?on parte de notre réalité. Celle du terrain. Et de là, bâtir les stratégies pour les intégrer de manière à ce que cette façon de procéder participe au développement.

La stabilité politique et la bonne gouvernance sont des éléments clés pour le développement et la réduction de la pauvreté. La situation politique actuellement tendue au Zimbabwe ne risque-t-elle pas d?avoir une résonance régionale et donc de déstabiliser les économies, les structures sociales des pays riverains? D?empirer la précarité dans les zones déjà pauvres ?

Oui, le cas du Zimbabwe est un enjeu majeur, crucial pour la région. On ne peut pas, au niveau de la SADC, occulter un tel problème politique. C?est la principale question liée à la gouvernance pour la région. Cela donne une mauvaise image et a donc une incidence sur les investissements directs étrangers qui diminuent. Les investisseurs craignent pour la sécurité de leurs investissements, pas seulement au Zimbabwe, mais sur l?ensemble de la région. C?est là que l?on voit l?importance de la gouvernance. Pour qu?il y ait développement, tous les acteurs doivent collaborer : Etat, entreprises privées, institutions d?aide internationale, ONG, société civile, investisseurs étrangers. Dans un tel contexte, ce n?est pas possible. Le développement est battu en brèche. L?impact s?en ressent sur tous les acteurs de la région. Dans les régions transfrontalières par exemple, le problème est aigu. Les réfugiés zimbabwéens ne sont pas toujours bien acceptés par les populations locales. Le problème existe notamment en Afrique du Sud où il y a une concurrence entre les réfugiés et les locaux parce qu?ils ont la même condition sociale et donc cherchent les mêmes jobs, ont les mêmes habitudes de consommation. Cette masse de réfugiés influe directement aussi sur l?économie des pays d?accueil, d?une manière assez locale, car c?est une demande supplémentaire en termes d?alimentation. Cette pression entraîne une hausse des prix car la production n?augmente pas forcément. Cette hausse des prix diminue le pouvoir d?achat de populations déjà pauvres. Et pour peu que la production soit mauvaise à cause des aléas climatiques, on se retrouve très rapidement dans une situation de précarité alimentaire. Vous voyez, les éléments s?enchaînent et c?est rapidement qu?une situation dégénère. L?instabilité du Zimbabwe a donc des conséquences sur la région et sur la pauvreté dans les zones principalement limitrophes. Nous avons besoin du Zimbabwe. Ce pays jouit d?un leadership politique dans la région. Et surtout, son agriculture était une chance pour nous. Le Zimbabwe était le grenier de l?Afrique australe. Ses excédents agricoles étaient donnés au Programme alimentaire mondial, vous vous rendez compte ! Et aujourd?hui c?est une catastrophe.

L?aide au développement international, à travers les programmes de coopération, les institutions financières internationales ou les agences de développement, est un aspect important dans la lutte contre la pauvreté. Est-elle suffisante ? Efficace ? Qu?attendez-vous de l?aide au développement et des bailleurs ?

Si l?on parle de l?aide au développement en termes réels, c?est-à-dire ce que nous recevons effectivement pour la mise en place de programmes spécifiques et ciblés, je dois dire qu?elle est, à mon sens, insuffisante. Mais il faut bien souligner que nous sommes effectivement dépendants de l?aide extérieure. Je crois que les bailleurs internationaux devraient attacher moins de conditionnalités à leur aide. Satisfaire l?ensemble des conditionnalités pour l?octroi d?une enveloppe retarde parfois la mise en route de programme, ou nous prive simplement de cette ressource financière nécessaire. L?aide au développement doit viser des zones spécifiques. Il faut avoir une approche très ciblée. Je plaiderais pour un «local ownership». Trop souvent l?aide au développement manque de visibilité. Cela ne signifie pas qu?il faille construire des éléphants blancs. Mais en ciblant localement, on arriverait à mieux combattre l?insécurité alimentaire, améliorer les services de santé et le système éducatif. Nous avons surtout besoin de créer des emplois. Ces emplois seront générateurs de richesses. Il faut que l?aide au développement soutienne ce que les gens savent faire localement.

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