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La passe décisive

29 janvier 2005, 00:00

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Pas question de jouer dans le périmètre ressemblant à un bac à sable. Les volontaires de l?organisation non gouvernementale (Ong) Earthwatch Institute retournent le sable de l?île de la Passe pour retrouver l?histoire. Témoin de la bataille de Vieux-Grand-Port, l?île gardant l?accès à l?ancien port, présente un défi auquel l?équipe réunie autour de Françoise et Geoffrey Summers s?est attelée depuis trois ans.

Le maquillage impeccable de Maria donne une note glamour inattendue au chantier de fouilles. Le brushing dérangé par sa casquette, l?Américaine convaincue par le discours écologique de l?Ong, se porte volontaire pour «rénover un fort de l?époque française à Maurice» . Docteur en médecine interne à Washington, Maria s?est libérée pour fouiller le sable humide et chaud de l?île de la Passe.

Difficile la transition du stéthoscope à la pelle ? « Aujourd?hui, c?est mon premier jour. » Maria avale goulûment deux gorgées d?eau. « La semaine dernière j?ai travaillé sur les graffitis. Il fallait rester debout pendant de longues heures mais au moins, on était à l?ombre. » Comme Maria , ils sont quatre Américains, un Canadien, une Anglaise et une Hollandaise à avoir décidé d?allier archéologie et bronzette. Pour la plupart, de fringants retraités, ils découvrent ainsi une nouvelle destination.

Moteur des recherches : le couple Françoise et Geoffrey Summers. Elle est architecte, lui archéologue. Lui est anglais, elle mauricienne. Installés depuis 20 ans en Turquie, comme chargés de cours à la Middle East Technical University, ils gèrent les recherches à l?île de la Passe, pour le compte du National Heritage Fund.

«Earthwatch avance aussi le financement pour les transferts en bateau», explique Françoise Summers. Entamée en 2002, l?étude en trois phases a recensé 33 structures dont une poudrière, un magasin, des fortifications de l?ère napoléonienne, une citerne? L?île de la Passe regarde la Pointe-d?Esny de biais. Il faut un quart d?heure à 20 minutes pour y arriver. Pour nous accueillir, plusieurs morceaux de mortiers rouillant à leur aise.

«Vous connaissez l?expression tirer à boulets rouge ?», demande Françoise Summers en montrant le hot shot furnace. «Un boulet froid fait des dégâts vite réparés. Chauffé, le boulet peut mettre le feu au bateau. Et si le boulet tombe sur la réserve de poudre du bateau !!!» Sans attendre l?un des visiteurs présents fait : «Boum !»

Sur le site de fouilles, des fondations aux origines encore inconnues émergent. Elles témoignent sans doute de la victoire de Napoléon inscrite sur l?Arc de Triomphe. Les Français ont fortifié l?île vers 1730.

« Les défenses ont été altérées jusqu?en 1810. Puis plus aucune trace d?activité jusqu?à la Seconde Guerre Mondiale. Ce sont les fortifications de l?ère napoléonienne les mieux préservées du monde, je pense. Ailleurs, elles ont été réutilisées pendant les guerres mondiales.» Séquences de construction, restes d?activité sont traqués, pour comprendre le quotidien des soldats postés sur l?île de la Passe. «L?île est souvent comparée à un bateau qu?il faut approvisionner et qui rejette tous ses déchets à la mer.»

Parmi les visiteurs : des étudiantes en première année de BA (Honours) History with Heritage. «Je veux devenir archéologue», dit du tac au tac Isabelle. «C?est paradoxal que les Mauriciens ne soient pas au courant de l?importance de leur patrimoine et que les touristes visitent plus les sites.»

Direction : la poudrière. Véritables «murs des noms», les blocs de corail portent des inscriptions quasi calligraphiques. «Ce sont les noms des soldats du Vth Foot et du Vth Fusillade.» Des vandales sont aussi passés par-là. Si certains se sont contentés d?imiter les soldats, en traçant leur nom à la peinture, d?autres ont rajouté des obscénités. «Pour occuper les hommes, les officiers les faisaient nettoyer. C?est ce qui expliquerait pourquoi il y a peu de déchets de cette époque. Nous pensons que c?est pour fuir l?oisiveté que les hommes ont gravé leurs noms.»

Le travail de fourmi a mis à jour des mortiers, des boutons d?uniforme, des balles de mousquet, un assortiment de clous et de vis. Des morceaux de porcelaine, de verre et de briques attendent aussi d?être expertisés. Objectif ultime : obtenir une protection de l?Unesco pour l?ensemble de la baie de Vieux-Grand-Port.

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