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La partie d’échec
Maurice a été, ces derniers jours, la capitale du monde en développement. Il était sans doute légitime que le pays accueille sur son sol la première réunion ministérielle du G90. Maurice est effectivement l’un des principaux initiateurs de ce regroupement de la dernière réunion de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun. Créé spontanément sans agenda ni position commune, le groupe avait su renverser la balance du pouvoir à cette occasion. Contre l’expertise, les ressources et les capacités de marchandage des pays développés, le G90 avait opposé le nombre.
Le défi de cette première réunion ministérielle était d’assurer la cohésion, l’unité et la solidarité du groupe, en adoptant pour la première fois une position commune de négociation pour la réunion du conseil général de l’OMC à Genève à la fin du mois. La tâche a été ardue. Harassés par les longues heures de discussions jusqu’à tard dans la nuit, les cadres techniques et les négociateurs se sont même laissés aller au doute par moment. C’est dire à quel point cela fut difficile.
Il ne pouvait sans doute pas en être autrement. Le G90 a effectivement l’ambition de réunir sur une même plate-forme un groupe disparate de pays ayant atteint des degrés variés de développement économique. Les problèmes de l’Afrique du Sud ne sont pas ceux des îles Fiji et ceux du Rwanda ne sont pas ceux de Maurice.
Il n’est donc guère étonnant qu’on ait assisté par moments à quelques résistances. Certains membres du groupe des pays les moins avancés ont éprouvé quelques réticences à se commettre sur des aspects de la déclaration finale des ACP, qui a servi comme base de travail pour élaborer la position commune du G90. Ils souhaitaient légitimement ne pas s’engager sur un texte qui aurait limité leurs marges de manoeuvres à Genève. Le G90 est effectivement tellement vaste qu’il doit, dans ses positions, adopter un langage assez ample pour accommoder tout le monde. Ce faisant, certaines de ses positions peuvent être nocives pour les intérêts plus restreints de certains pays et catégories de pays. Cette volonté compréhensible et justifiée de veiller au mieux à la défense de ses intérêts particuliers, tout en tentant d’adhérer à la position commune d’un si grand ensemble, est un exercice complexe et difficile. Si complexe que les plus sceptiques doutent encore de la viabilité du G90. A cette difficulté viennent s’ajouter des manoeuvres de déstabilisation venant de ceux qui n’ont pas intérêt à voir le G90 uni et solidaire. Le G90 a aussi son cheval de Troie. D’autres sont manipulés ou se laissent utilisés. L’arène des négociations multilatérales est semblable à un grand jeu d’échec. Tout est manœuvre, tactique et stratégie pour mieux faire bouger ses pions. De plus, la politique et les considérations géopolitiques n’arrangent pas tout. Entre ceux qui veulent tout contrôler et ceux qui se méfient de tout, il faut savoir éviter les écueils. Pour toutes ces raisons, le fait que le G90 ait pu accoucher d’une position commune est en soi un grand accomplissement. Il reste à savoir si, à Genève, le G90 arrivera à se serrer les coudes, à jouer collectivement et intelligement pour faire avancer le Doha Development Round qui est le cycle le plus favorable aux préoccupations de développement des pays pauvres. Les paroles de Robert Zoellick sont presqu’une menace : en cas d’échec à Genève à la fin du mois, nul ne sait ce qu’il adviendra du Doha Round. Il brandit en fait le spectre de la multiplication des accords bilatéraux entre pays développés et son corollaire, la marginalisation des pays pauvres.
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