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La parité par l?éducation des fils
L?affable Leckrani Soobagrah, née Hanoomansing, est aussi mince qu?un roseau. Mais cette fragilité est trompeuse. Elle a de l?énergie à en revendre, faisant la navette entre son agence de voyages port-louisienne et sa filiale quatre-bornaise, s?occupant de sa compagnie de réceptif, la Bonny Air International Tours, et celle de sa location de voitures, la Nirachel Ltée. à cela, il faut aussi ajouter la gestion de son petit complexe hôtelier de 12 studios, le Filaos Beach Resort, à Pointe-aux-Canonniers.
Dans cet emploi du temps déjà chargé, Leckrani trouve le moyen de répondre aux nombreux appels de ses contacts étrangers. S?il est vrai qu?elle est épaulée par son mari, Jeenarain, et dans une grande mesure par leur fille aînée Minakshi Deerpalsing, Leckrani assume la partie la plus fastidieuse des responsabilités, à savoir l?administration des affaires, laissant à sa moitié ce qu?il aime le plus : les relations publiques.
Et dire que c?est avec l?idée de disposer de davantage de temps libre pour s?occuper de ses trois enfants ? Minakshi, Peeyusha et Chitra ? que Leckrani a abandonné son emploi chez Rogers Aviation pour se mettre à son compte.
«J?ai cru à tort que je pouvais disposer de plus de temps libre et mieux m?organiser. Je ne m?attendais pas à être ainsi happée par les exigences du business.» Et cela fait 20 ans que cela dure?
<B>Des connaissances de l?aviation et des voyages</B>
Si son agence de voyages, la Bonny Air Travel, où elle et son mari sont actionnaires à 90 %, décolle aussi rapidement à la fin de 1986, c?est dû à ses connaissances du monde de l?aviation, des voyages et des packages déjà offerts par d?autres. Le créneau dans lequel elle se positionne est inoccupé à l?époque.
C?est celui des tours organisés sur l?Inde, pays qu?elle connaît bien. «Ce créneau était libre et je l?ai pris», dit-elle simplement. Elle renforce ses relations d?affaires en assistant annuellement au Travel Association of India, salon de voyages de renom. Leckrani est alors l?unique Mauricienne à y être présente.
Pour inciter les Indiens à découvrir Maurice, elle organise des tours à leur intention. Pour contourner le contrôle strict de devises en Inde à cette époque et permettre aux Indiens de découvrir Maurice, Leckrani offre des packages en conformité avec leurs budgets. Tant pis pour ses marges qu?elle ramène à leur strict minimum. Le succès basé sur un travail bien fait et un service irréprochable finit par être au rendez-vous.
Les difficultés qu?elle rencontre au bout de quelques années d?opération ont surtout trait aux ressources humaines. Le personnel qu?elle a si patiemment formé se laisse débaucher. Et tout est alors à recommencer avec de nouvelles recrues.
Leckrani dénonce aussi la compétition déloyale de certaines agences. «C?est terrible mais certaines agences nouvellement implantées pratiquent des prix bas de façon à accaparer le marché. Mais le service ne suit évidemment pas et c?est l?image de Maurice qui prend un coup. Le pire est que cette pratique nous oblige à revoir nos prix et à nous réajuster dans la mesure du possible. Il aurait fallu que les autorités imposent des critères d?acceptation plus stricts aux agences. Car certaines font dans l?approximatif et proposent n?importe quoi.»
Comme tous ceux engagés dans l?industrie de l?aviation et des voyages, Leckrani n?est pas sortie indemne de la maladie du chikungunya qui a frappé l?océan Indien. C?est surtout son complexe Les Filaos Beach Resort, qu?elle a fait rénover voilà un an et demi, qui en a souffert. «Depuis un mois, nous souffrons beaucoup car notre clientèle habituelle est surtout européenne. Pourvu que cela ne dure pas.»
Cela fait six ans que Leckrani s?est jointe à l?association Femmes Chefs d?Entreprises de Maurice (FCEM) qu?elle préside désormais. Si elle l?a fait, c?est parce qu?elle croit dans l?importance de liens tissés entre professionnelles. «C?est très motivant d?échanger nos expériences et nos points de vue. Nous nous encourageons mutuellement et cela nous permet d?avancer.»
Si pour la journée mondiale de l?association qui est le 26 mai, la FCEM met l?accent sur le Equal Opportunities Bill qui devrait être bientôt voté au Parlement, son rêve est de voir les femmes sortir de leurs coquilles pour prendre la place qui leur revient de droit dans toutes les sphères sociales.
<B> «Les mentalités ont la vie dure» </B>
«Les femmes sont capables d?assurer une bonne gestion car elles assument déjà celle de leur famille. Mais les mentalités ont la dent dure. La Mauricienne a encore un très long chemin à parcourir avant d?être reconnue pour ses mérites. Je ne crois pas que la guerre en faveur de la parité se gagne à coups de lois votées ou de sanctions. La manière forte ne fonctionne pas. Cette guerre se remportera par l?éducation des fils. C?est aux mères de veiller à ne pas perpétuer les différences de traitement entre leurs fils et filles.»
Dans son cas, elle estime avoir été chanceuse d?avoir eu un père libre penseur ? Heeralall Hanoomansing, haut gradé de la force policière. Ce dernier était convaincu des bienfaits d?accorder les mêmes chances à ses filles comme à ses fils.
Maintenant que Minakshi lui a donné deux petits enfants ? Sonakshi, cinq ans et Manav, deux ans ? Leckrani aspire à pouvoir disposer d?un peu plus de temps pour pouponner.
«J?ai du mal à me décharger de mes responsabilités car je ne vois pas à qui les déléguer. Les jeunes d?aujourd?hui veulent de gros salaires sans les responsabilités qui vont avec», explique-t-elle avant de nous quitter pour prendre un appel en provenance d?Oman. Comme quoi, 24 heures sont vraiment insuffisantes aux femmes cumulant autant de rôles?
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