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?La panique commence à s?installer sur le prix du sucre?
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?La panique commence à s?installer sur le prix du sucre?
<B>La Commission européenne veut réduire le prix garanti du sucre bien plus tôt que prévu. Comment réagissez-vous ? </B>
La nouvelle est alarmante. Nous ne sommes pas encore prêts à faire face à une baisse de plus d?un tiers du prix actuel. Ce serait catastrophique si l?Union européenne (UE) mettait son projet à exécution.
<B>Belle Vue Mauricia est l?une des entreprises sucrières les plus modernes. Que craignez-vous au juste ? </B>
Nous avons effectivement entrepris de rationaliser nos activités depuis un certain temps déjà. Trois usines ont fermé dans notre ?factory area?. L?année dernière, nous avons récolté mécaniquement 60 % de nos cultures, qui s?étendent sur 4 000 hectares. Nous sommes présentement engagés à étendre notre réseau d?irrigation. Nous nous sommes également beaucoup diversifié : production d?électricité à partir de la bagasse, de boissons alcoolisées et de sucres spéciaux (34 000 tonnes). Nous avons aussi fait une incursion dans le secteur touristique avec le musée du sucre. D?autres projets suivront?
<B> On aurait pu s?attendre à ce que vous soyez plus serein face à la baisse des prix annoncée. </B>
Nous n?avons aucune raison de l?être. Malgré nos efforts, la production d?une tonne de sucre nous coûte encore environ Rs 14 000. Le prix garanti par l?UE ne nous rapporte pas beaucoup plus. Et ce en dépit de la bonne tenue de l?euro ces derniers temps.
<B>Comment vous apprêtez-vous à gérer cette transition, probablement très courte, vers des prix sensiblement plus bas ? </B>
Nous sommes obligés de revoir notre ?business plan?. La modernisation nécessite de gros investissements et entraîne un endettement conséquent. Les dettes de Belle Vue s?élèvent à Rs 600 millions. Cela représente Rs 60 millions par an en guise d?intérêts seulement. Il était originalement prévu d?amortir cet investissement d?ici 2008. Nous allons devoir revoir notre stratégie.
<B>Qu?est-il envisagé ? Un ré-échelonnement des dettes ? </B>
Nous travaillons déjà sur un plan de réhabilitation de la trésorerie. Il n?y a pas 10 000 solutions. Il faudra un nouvel apport de capitaux.
<B>Qu?attendez-vous de l?Etat ? </B>
Maurice devra impérativement se battre pour repousser l?échéance. Nous avons besoin de temps pour mettre le plan de réforme en application. D?ailleurs, il faudrait songer à réorienter ce plan à la lumière des nouveaux développements.
<B> Le plan stratégique existe depuis trois ans maintenant. En quoi en a bénéficié Belle Vue Mauricia ? </B>
Malheureusement, ce grand projet de réforme introduit par le ministère de l?Agriculture n?a jusqu?ici accouché que d?un plan de retraite volontaire. Ne nous méprenons pas. Le plan de retraite a été d?un grand secours à l?industrie sucrière, dont la charge
salariale était trop élevée. Belle Vue Mauricia, tout comme les autres entreprises du secteur, en a pleinement profité. Quelque 650 de nos employés sont partis. Le plan nous a coûté Rs 200 millions, des frais que nous amortissons sur cinq ans.
<B>Qu?attendez-vous de plus ? </B>
Le plan de réforme avait identifié d?autres axes d?intervention pour réduire les coûts de production. Il était prévu d?accélérer la mécanisation et l?irrigation dans le but d?améliorer l?efficience des opérations au champ et aussi le rendement. Il était également question de diversifier la production et d?optimiser l?exploitation de la canne. On devait aussi réduire drastiquement les dépenses de l?industrie. Malheureusement, rien de tout cela n?a encore été fait.
<B>Les autorités plaident pour la complexité du plan de retraite dont l?application a mobilisé toutes les ressources. Les interventions au champ requièrent par ailleurs des investissements colossaux?</B>
Je n?en disconviens pas. Mais il existe des avenues qui peuvent être immédiatement explorées. Je ne vois pas, par exemple, ce que l?on attend pour rationaliser l?utilisation faite du Global Cess Fund. L?industrie y contribue à hauteur d?environ Rs 1 000 par tonne de sucre produite. Ce fond finance des institutions d?encadrement à l?industrie, dont les structures et le fonctionnement méritent d?être allégés.
<B>Quelle serait, selon vous, la meilleure option pour ce fond ? </B>
Le comité technique institué pour travailler sur ce fond a soumis ses recommandations depuis un certain temps déjà. Je crois comprendre qu?il préconise que le fond soit réduit d?au moins 40 %. A mon sens, on devrait le réduire de moitié. Cela entraînerait nécessairement une compression du personnel mais aussi la ré-allocation de certains pôles de dépenses, comme la retraite payée à ce jour aux anciens dockers ainsi que la contribution au Fond de bien être des laboureurs.
<B> Les élections générales sont pratiquement derrière la porte. Quelles sont les chances, selon vous, que ces mesures soient appliquées ? </B>
Elections ou pas, il faudra que l?industrie survive. Ce gouvernement a eu le courage d?introduire et de soutenir le plan de retraite volontaire. Il ne devrait pas éprouver de difficultés à poursuivre sur sa lancée.
<B>Il était prévu de ré-évaluer le plan de réforme à mis-chemin. L?industrie a-t-elle partagé ses préoccupations avec le pouvoir ? </B>
Les opérateurs attendent encore d?être consultés à l?occasion du ?mid term review??
<B>Le gouvernement prévoit justement de discuter stratégie cette après midi, au vu du durcissement de la position européenne?</B>
Il faudra que les partenaires réalisent qu?on est tous dans le même bateau. La panique commence à gagner les esprits. Il est primordial de communiquer, de mettre l?accent sur la productivité. Il faudra responsabiliser tout un chacun?
<B>La fermeture, l?an prochain, de Mon Loisir achèverait le processus de centralisation dans le Nord et, par la même occasion, celle de Belle Vue ? </B>
Une ré-allocation des cannes de Mon Loisir en notre faveur nous permettrait en effet d?atteindre la taille idéale, comme préconisée dans le plan stratégique pour le sucre (capacité de broyage d?un million de tonnes de cannes par récolte).
Mon Loisir roule pour la dernière fois cette année. Elle a déposé sa demande de fermeture en avril. Nous avons officiellement demandé au Control Board de nous allouer 300 000 tonnes de cannes de son ?factory area?, qui en produit 400 000 tonnes.
<B> Quelle est l?importance de cette ré-allocation pour Belle Vue Mauricia ? </B>
Notre ?factory area? produit en moyenne 750 000 tonnes de cannes. Avec l?irrigation, rendue possible grâce au Midlands Dam, nous devrions pouvoir améliorer cette production de 150 000 tonnes d?ici 2009. Mais les choses ne sont pas si simples.
Le Nord est fondamentalement une région sèche, ce qui lui vaut une production en dent de scie. La baisse du prix va certainement amener des planteurs à abandonner leurs cultures. Belle Vue dépend de 4 500 petits planteurs, qui contribuent à 30 % de la production. Il faut également prévoir la perte de quelque 100 000 tonnes de cannes additionnelles dans l?extrême nord du pays, où l?irrigation n?est pas possible et où la pression foncière est la plus forte? Vous voyez qu?au bout du compte, nous avons besoin des cannes de Mon Loisir pour optimiser nos investissements.
<B> Mon Loisir semble peut encline à céder ses cannes à Belle Vue, puisqu?elle centralise sur FUEL. Faudrait-il prévoir une guerre des cheminées ? </B>
Notre usine est à 10 kilomètres de Mon Loisir et deSt.-Antoine alors que FUEL est respectivement à 16 km et 30 km de celles-ci. Rien que sur la base de la proximité, notre demande est légitime. Du reste, Belle Vue tourne actuellement à 325 tonnes de cannes par heure. Un petit investissement nous suffira pour atteindre la capacité optimale de 350. Notre centrale thermique est la plus performante de l?île. FUEL doit encore atteindre ce niveau de performance? Mais pour l?instant, nous nous remettons à l?arbitrage du Cane Planters and Millers Control and Arbitration Board. Nous ne recherchons pas la confrontation.
<B> Belle Vue Mauricia commence à rouler mercredi prochain. Quelles sont les perspectives pour cette année ? </B>
Nous prévoyons de broyer 800 000 tonnes de cannes et produire quelque 86 000 tonnes de sucre. C?est une bonne récolte, rendue possible grâce à une très bonne pluviosité et à l?absence de cyclone.
<I>?Le plan de réforme avait identifié d?autres axes pour réduire les coûts de production : accélérer la mécanisation et l?irrigation, diversifier la production, optimiser l?exploitation de la canne... On devait aussi réduire les dépenses de l?industrie. Malheureusement, rien de tout cela n?a encore été fait.? </I>
<I>Propos recueillis par Shyama SOONDUR</I>
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