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La Nouvelle-Orléans, cité de la peur

3 mars 2007, 20:00

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Aux États-Unis, dans la culture populaire, La Nouvelle-Orléans est la ville où tout est permis, la Big Easy, la « grande cité facile ». Les milliers de touristes qui déambulent dans les rues du French Quarter, le Carré français, viennent y chercher des plaisirs interdits ou sévèrement encadrés dans l?Amérique bien-pensante. Mais les habitants de la cité n?utilisent jamais l?expression Big Easy.

Pour eux, la vie dans l?une des mé-tropoles les plus pauvres et les plus violentes du pays n?a jamais été « facile ». Encore moins depuis que, le 29 août 2005, l?ouragan Katrina l?a noyée sous des mètres d?eau, a tué 1 600 personnes et contraint des dizaines de milliers de survivants abandonnés, assoiffés et désespérés à attendre des secours. Depuis dix-huit mois, La Nouvelle-Orléans panse difficilement ses plaies.

Moins de la moitié des habitants, 191 000 personnes exactement sur 480 000, sont revenues. Moins de 500 des 100 000 demandeurs ont reçu des aides publiques pour reconstruire ou réparer leur maison.

Mais le plus grand problème est la criminalité. En moins de deux mois, depuis le début de l?année, il y a eu 31 meurtres à La Nouvelle-Orléans. En 2006, il y en avait eu 162 au total, ce qui faisait déjà de la métropole la plus dangereuse des États-Unis, proportionnellement au nombre d?habitants. La plupart des victimes sont des adolescents. Deux tiers des affaires de meurtres n?ayant pas été résolues, les assassins sont toujours dans la rue.

Pour Warren Riley, chef de la police, « il faut s?attaquer à la racine du problème, notre système d?éducation. L?ouragan Katrina a détruit un environnement

social déjà très fragile ». Il dénonce l?inefficacité de la justice. Selon The Times Picayune, le quotidien local, 3 000 suspects ont été relâchés en 2006 parce que les procureurs ne les avaient pas mis en examen dans les soixante jours suivant leur arrestation, comme l?exige la législation louisianaise. En janvier 2007, 580 autres personnes ont été relâchées pour les mêmes raisons.

L?une des maréchaussées les plus inefficaces

Le New Orleans Police Department (NOPD) est considéré comme l?une des maréchaussées les plus inefficaces et corrompues des États-Unis. Depuis Katrina, les citoyens la surnomment No Police Department. En dépit d?actes héroïques isolés, de nombreux pandores ont abandonné leur poste et se sont même transformés en pillards. Deux d?entre eux ont volé 72 Cadillac neuves dans une concession abandonnée.

Les Églises, les défenseurs des droits civiques, les associations se mobilisent pourtant pour combattre la violence. Aux carrefours et devant de nombreuses maisons, on peut lire sur des panneaux : « ENOUGH ! » (ASSEZ !), du nom d?un mouvement lancé par le pasteur John Raphael, de l?Église baptiste du Nouvel Espoir.

Dave Scott, 65 ans, qui dit avoir passé quelques années derrière les barreaux quand il était jeune, est l?un de ceux qui ont décidé d?agir. Il vit à Mid-City, le quartier le plus dangereux, et pourchasse les jeunes dealers de drogue. « S?ils me menacent, je leur dis : ?Qu?allez-vous faire ? M?envoyer au paradis ?? » Dave estime qu?il faut absolument rétablir une autorité dans les quartiers.

« La plupart des parents et des adultes, notamment les grands-mères, qui surveillaient les rues, ne sont pas revenus, déplore-t-il. D?autant que les petits voyous sont là, à squatter les maisons abandonnées, à se constituer en gangs. » Il est urgent de mettre fin au laisser-faire. « Sinon, dit-il, La Nouvelle-Orléans est fichue. »

@ 2 007 Le Monde ? Éric LESER? (Distribué par The New York Times Syndicate)

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