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La nouvelle génération entre tradition et modernité

8 mars 2008, 00:00

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Adhilla Gukhool la modération</B>

À tout juste 20 ans, Adhilla Gukhool, est, comme bon nombre de jeunes femmes de son âge, la contradiction même. Entre ses envies de jeune femme libérée et son désir de respecter les principes de sa religion et les valeurs que lui ont inculquées ses parents, son c?ur balance.

La jeune femme, qui n?envisage pas la vie comme un long fleuve tranquille, se rêve journaliste. Pour que «chaque journée soit une nouvelle aventure». En deuxième année d?une licence en communication à l?Université de Maurice, elle n?est plus très loin de son but. Il faut savoir que, pour Adhilla, l?important est avant tout de terminer ses études et de se lancer dans le métier.

Se marier, fonder une famille, «on verra plus tard». Si dans sa vie de tous les jours, elle bénéficie d?une «liberté assez restreinte», lorsqu?elle a choisi d?étudier la communication et exprimé le souhait de devenir journaliste, ses parents l?ont soutenue. «Ils m?ont donné la possibilité de faire ce que je voulais», précise Adhilla reconnaissante.

C?est pour cela aussi qu?elle ne sacrifiera pour rien au monde ce rêve. Même pas pour l?amour de sa vie (non pas qu?elle l?ait déjà rencontré). «Avant même de me marier, on se mettra d?accord avec mon futur époux sur certaines conditions non négociables. Travailler en fait partie. » Si elle soutient ne pas vouloir dépendre de personne, elle avoue toutefois qu?il n?est pas facile d?y arriver sans le soutien de ses proches.

Si elle n?envie pas la liberté dont jouit son frère Yasfir, 22 ans, elle rêve quand même du jour où elle ne dépendra plus de ses parents. Où elle pourra faire ce qu?elle veut. Mais là encore, Adhilla n?oublie pas les valeurs dans lesquelles elle a été élevée. Faire ce qu?elle veut oui, mais toujours dans une certaine mesure. «On peut être indépendant. Avoir sa vie à soi mais il y a des choses qu?il faut laisser aux hommes.»

Exemple ? «Assumer la responsabilité de la famille. La femme doit accepter son rôle. Elle ne doit pas prendre celui de l?homme.» N?est-ce pas un peu rétrograde ? Adhilla n?est pas d?accord. Certes, l?homme a la responsabilité de la famille mais la femme a un rôle à jouer. Autre que celui de tenir la maison et élever les enfants. «Avec un seul salaire aujourd?hui, il est impossible de s?en sortir. La femme doit travailler.» élèvera-t-elle ses enfants comme elle a été élevée ? Donnera-t-elle plus de liberté à son fils qu?à sa fille ? Adhilla répond sans détour que les filles sont plus vulnérables. Elle-même se sent plus exposée qu?un garçon. «Aujourd?hui, on n?est plus en sécurité nulle part. La femme n?ayant pas la même force physique que l?homme, elle doit être davantage protégée.» Si ses enfants ne seront pas forcément plus libres qu?elle ne l?a été, Adhilla compte par contre leur donner toute la latitude pour s?exprimer. Afin qu?ils n?aient pas peur de se confier à elle?

<B>Catherine Fidèle l?indépendance</B>

Indépendante dans son choix de carrière. Indépendante dans sa décision de vivre en couple avant le mariage (si mariage il y a un jour). L?indépendance rythme le quotidien de Catherine Fidèle. Pas seulement parce que c?est dans l?air du temps? Mais attention !

Pour la jeune femme de 27 ans, cela veut dire faire des choix et les assumer. «Même s?ils ne sont pas toujours bons», glisse-t-elle avec un sourire. L?important étant de vivre «sans se soucier du qu?en-dira-t-on». Car si Catherine Fidèle en avait tenu compte, elle ne vivrait pas en couple depuis deux ans?

Elle comprend que les femmes se posent des questions mais elle est d?avis qu?il faut passer outre et aller de l?avant. « Il y a des mentalités qu?on ne peut pas changer. Il y aura toujours des gens qui essaieront de nous influencer. De dire que les femmes ne sont pas censées faire ceci ou cela. Si on ne tient pas compte de ces personnes, rien ne pourra nous arrêter. » La jeuen femme en est persuadée. Coordinatrice d?une équipe de webmaster, elle a de l?ambition et rien ne l?arrête. Ce n?est pas parce qu?elle est une femme qu?elle doit se soumettre. Au contraire. «À un moment donné, il faut se battre dans la vie. On ne peut pas constamment être assisté.»

Cette philosophie, Catherine Fidèle voudrait que davantage de femmes l?adoptent. Elle porte d?ailleurs un regard assez critique sur les jeunes femmes de son âge. «Je n?aime pas cette mentalité : se plaindre et ne rien faire. Il faut parfois bousculer un peu la société. Tu ne peux pas dire que l?on ne te donne pas assez de liberté alors que tu te refuses certaines choses.» Elle déplore le fait que la solidarité féminine ait fait place à la jalousie. «Si nous étions plus solidaires, nous serions arrivés plus loin aujourd?hui.»

<B>Shalini Hemraz la liberté</B>

Son dilemme du moment est d?ordre? vestimentaire. Puisqu?elle a décidé de poursuivre ses études à l?étranger, Shalini Hemraz doit faire un choix : hauts à bretelles ou pulls ? Choix difficile mais nécessaire car tous les vêtements de cette fashion victim ne tiendront jamais dans une unique valise.

Mais au-delà de ces questions qui peuvent sembler futiles à plus d?un, c?est un malaise plus profond qui pousse cette jeune femme de 25 ans à prendre le large. En s?envolant pour le Canada, la jeune femme essaie de fuir cette société mauricienne qu?elle considère «phallocrate ». «Même s?il y a eu une certaine évolution, même si certaines femmes essaient de faire évoluer les mentalités, la femme n?a toujours pas la place qu?elle mérite dans la société», déplore Shalini.

Pour la jeune femme, pas besoin d?aller loin pour le constater : «Entre maman, mes trois s?urs et ma nièce, il y a beaucoup de femmes à la maison? Mais c?est papa qui a toujours le dernier mot.» Elle le dit sans amertume : sa «lutte» pour faire valoir ses droits en tant qu?être humain « a débuté à la maison avant de se poursuivre dans la société ». Certes, à Rivière-du-Poste où elle a grandi, son père lui a donné la même liberté qu?il aurait accordée à un fils s?il en avait eu un. Tout en s?imposant comme «celui qui décide de tout ».

«Parce que je suis hindoue et que je vis à la campagne, on attend de moi que je me conforme à un certain rôle. Mais ce rôle de femme soumise, je le refuse. Si un jour je devais avoir des enfants, je leur donnerais toute la liberté que l?on m?a refusée ; et s?il s?agit d?une fille, les gens sont capables de traiter ma fille de pute parce que justement, elle bénéficie de trop de liberté. Peu importe comment j?élèverais mes enfants, ils seront toujours victimes de la société. » Comme elle pense que cet état de choses ne changera pas de sitôt, elle a décidé de ne pas se marier. Ni d?avoir d?enfants.

«Je ne m?imagine pas épouse ou mère mais surtout, je ne voudrais pas que ma fille ait à vivre ce que j?ai vécu et vis encore aujourd?hui. À travers elle, j?aurai l?impression de le revivre tout cela, et je ne le veux pas.» «Tout cela » étant le regard des hommes de la localité qui vous fait sentir que vous n?êtes pas leur égale et que vous n?avez pas les mêmes droits qu?eux. Que la place d?une femme est à la maison à préparer le dîner et à s?occuper des enfants et non pas à faire carrière.

Professeur d?anglais et de français au Mauritius College à Curepipe, elle est effrayée de voir que ses élèves, des jeunes filles, se complaisent déjà dans ce rôle de femme au foyer que leur famille et la société attendent d?elles. «Certes on ne peut pas généraliser mais beaucoup s?imaginent déjà mariées avec leur petite vie tranquille à obéir à leur époux. J?essaie de leur expliquer qu?elles peuvent espérer autre chose de la vie.»

Certes sa vision est plutôt pessimiste mais Shalini espère qu?à l?avenir, même s?il n?est pas aussi proche qu?elle le souhaiterait, les choses évolueront. Pour cela, elle en est persuadée, l?homme et la femme doivent ?uvrer ensemble.

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