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La nouvelle alliance?
«Quand zotte pou cassé la ? » C?est en ces termes que James Burty David, député du Parti travailliste (PTr) interpelle le ministre Emmanuel Leung Shing, membre du Mouvement socialiste militant (MSM) au salon de l?Assemblée nationale mardi. Le ministre est, à ce moment-là, en compagnie d?un groupe de députés du MMM. Ils tiennent conversation en attendant la reprise des travaux parlementaires après la pause déjeuner.
Emmanuel Leung Shing feint de ne rien comprendre. Mais, la pique du député rouge ne semble pas si innocente. Elle pourrait faire partie d?une campagne d?intox visant à semer la zizanie au sein de l?alliance MMM-MSM ou trouver son fondement dans des premières amorces de discussion entre émissaires rouges et blancs.
Il faut dire que l?ambiance qui règne au sein du lanterneau politique en ce moment est propice à toutes les spéculations. Le désarroi qui a gagné les rangs de l?alliance gouvernementale après l?élection partielle de Piton-Rivière du Rempart s?est accru après l?échec du meeting MSM-MMM-PMSD à Rose-Hill, le 1er mai.
Paul Bérenger n?a pas arrangé les choses en annonçant qu?il avait déjà réfléchi à une « Winning formula », mais qu?il en fera part à Pravind Jugnauth en temps et lieu. La déclaration a froissé des éléments MSM.
Un ministre de ce parti, élu en milieu urbain, qui, au départ, n?épousait pas l?analyse de ceux qui sont disposés à s?allier aux travaillistes, explique que la déclaration de Paul Bérenger relative à sa formule gagnante, « a eu un effet contraire ». Loin de galvaniser les troupes, elle a donné l?impression que la direction mauve traite son partenaire comme quantité négligeable, affirme-t-il. Il n?a pas fallu davantage pour que les sympathisants du MSM ne commencent à lorgner ailleurs. « Je comprends nos partisans. À la place de Bérenger, j?aurais évité de dire que j?ai déjà une formule en tête et que je consulterai par la suite Pravind Jugnauth. À ce jour, personne ne sait s?il y a eu consultation ou pas sur la question », déplore le ministre MSM.
À l?entendre, l?on sent que sa position par rapport au PTr n?est plus aussi figée qu?elle ne l?était auparavant. Aujourd?hui il serait disposé à étudier l?option travailliste. Cette posture du dirigeant MSM serait motivée par les difficultés rencontrées par les représentants de l?alliance gouvernementale sur le terrain.
Ce même raisonnement s?applique aux parlementaires MMM-MSM qui travaillent en milieu rural. Dans les villages, les choses sont encore plus difficiles pour les ministres et députés du gouvernement. La campagne du Ptr, dopé par sa victoire à Piton-Rivière du Rempart, accroche. La perception que le gouvernement travaille pour un petit groupe devient crédible. Et comme les conditions de vie deviennent plus difficiles les mandants deviennent plus exigeants.
Devant cet état des choses, les députés de l?alliance gouvernementale sont désarmés. Ils sont gagnés par le désarroi et naturellement ils élaborent des stratégies de rechange. Les langues commencent à se délier, mais personne n?ose s?avancer à visage découvert.
C?est ainsi qu?un député d?une circonscription du sud du pays avoue en privé que la situation devient très difficile sur le terrain pour les élus de la majorité gouvernementale. « La morosité semble gagner du terrain », constate-t-il. Cet élu déplore « que la direction ait perdu de sa collégialité ». Ce qui, à son avis contribue à l?érosion du soutien à l?alliance MSM-MMM. « Si les dirigeants n?asphyxiaient pas les jeunes et leur laissaient un peu plus d?initiatives, on aurait pu limiter les dégâts », estime-t-il.
D?autres, surtout les parlementaires mauves concèdent à demi-mot que « les choses s?annoncent difficiles ». Même constat d?un autre député MMM représentant une région de l?Est. « Il ne sert à rien de nous voiler la face, le MSM et l?opposition attirent davantage de jeunes et c?est mauvais signe. » Il se garde toutefois de dire s?il a une stratégie de rechange.
Toutefois, les récriminations des seconds couteaux qui semblent favoriser l?idée d?une alliance rouge-blanc ne trouvent pas écho à la direction du MSM. Pravind Jugnauth et ses plus proches lieutenants sont réfractaires à toute alliance avec le Ptr. Ils seraient disposés à affronter le risque d?une défaite et « à miser sur le long terme ». Pas plus tard que la semaine dernière, le ministre Anil Baichoo déclarait à l?express dimanche que « tout ce qui se dit à propos d?une possible alliance MSM-Ptr n?e st que des rumeurs ».
Les propos du ministre Baichoo ne sont, peut-être, que le reflet de la nouvelle direction du MSM. Des propos prêtés à d?autres dirigeants du MSM indiqueraient que sir Anerood Jugnauth aurait une lecture différente de la situation politique. Un ancien ministre qui aujourd?hui ne fait plus de politique active, mais qui était engagé dans la campagne pour l?élection partielle à Piton-Rivière du Rempart affirme que « Sir Anerood a fait part à ses anciens lieutenants de ses appréhensions quant à l?avenir du MSM et de son mécontentement à l?égard de certaines actions de Paul Bérenger ».
Ces propos sont, semble-t-il, confirmés quand on sait que le Premier ministre aurait récemment déclaré que les relations entre lui et le président de la République sont redevenues très cordiales. Ce qui accrédite la thèse qu?elles ne l?étaient plus.
À valeur du jour, ce serait la réticence de Pravind Jugnauth qui fait obstacle à la poursuite des discussions MSM-PTr au niveau de la direction des deux partis. Deux possibilités existent : soit la situation sur le terrain se détériore et le leader du MSM rejoint ceux qui prônent une alliance MSM-Ptr, soit la situation s?améliore et le MSM consolide son alliance avec le MMM.
Mais déjà, d?aucuns affirment que Pravind Jugnauth se serait, ces derniers temps, rapproché de la position de son père, entendez être plus distant de Bérenger. Sa position sur la réforme électorale, son opposition à la réintroduction de la Muslim Personal Law, son discours sur la démocratisation de l?économie et la façon dont il a mené les négociations tripartites seraient les exemples de son nouveau positionnement, affirment ces observateurs.
Ce qui se passe dans les rangs de l?alliance gouvernementale n?échappe pas aux éléments du PTr. Et l?on ajuste le discours à la situation. Désormais, on se montre moins critique à l?égard du MSM, même si l?on dit ne pas être au courant d?un début de rapprochement.
Arvind Boolell concède que les relations avec le MSM sont plus civilisées aujourd?hui. Mais il dit ne pas être au courant des tractations en vue de la constitution d?une alliance PTr-MSM, à moins que « the lesser gods are thinking otherwise », prévient-il.
Un autre membre du bureau politique du Ptr, lui, se laisse aller à faire l?apologie de sir Anerood Jugnauth. « Ce n?est pas pour être publié, mais je conçois que les précédents gouvernements dirigés par Anerood Jugnauth ne pouvaient pas faire mieux concernant la construction de collèges. »
Quant à Navin Ramgoolam, il joue au fin tacticien. Il cible Bérenger. Ses critiques contre Sir Anerood Jugnauth sont choses du passé, dit-il. (Voir interview plus loin).
Finalement, tout ce tapage calculé pourrait faire partie d?une strategie du Ptr visant à semer la confusion au sein de l?alliance MMM-MSM. Mais il est aussi posible que cette initiative repose sur du concret. Un ministre et dirigeant du MMM, qui est d?avis qu?il y a effectivement des discussions entre sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam estime « que le fait que le leader du Ptr en parle publiquement est une indication que les négociations stagnent ». C?est dire que les grandes man?uvres préélectorales ont commencé et que la partie se joue entre la Caverne et la rue Desforges.
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