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La mésaventure d?Antonio
Ils se regardaient depuis plusieurs mois déjà en chiens de faïence. Antoine Nadal explique que son frère, Clément, voyait d?un mauvais ?il qu?il vienne habiter dans sa cour, après avoir perdu sa maison l?année dernière. Les disputes et insultes quotidiennes rythmaient la vie des deux familles jusqu?au jour où une terrible nouvelle a secoué le paisible village de Bambous-Virieux : Clément aurait tenté d?abuser sexuellement de son neveu, Antonio, après l?avoir séquestré dans une forêt. Pourtant, certains parlent déjà d?un « coup monté » destiné à éloigner Clément de la propriété familiale.
Marié et père de six enfants, Antoine est venu habiter à Bambous-Virieux, dans la cour de son frère aîné, en décembre. « J?habitais à Roche-Bois mais ma maison a été détruite par les intempéries », explique-t-il. Il s?est donc construit une petite case avec des tôles usagées. Mais la cohabitation des deux frères se passait mal.
« Clément n?appréciait pas du tout qu?on soit venu nous installer ici. Il s?en prenait sans cesse à mes deux fils et menaçait de les battre à chaque fois qu?ils traversaient sa cour », affirme Antoine, sous les regards interrogateurs de ses enfants. Et d?expliquer que la dernière confrontation en date remonte au 7 août, soit la veille de la séquestration et du viol allégué de son fils Antonio.
Clément, explique Antoine, s?en était pris verbalement à Antonio après que celui-ci a brisé la vitre de sa porte. « C?était sans doute un accident. Aucun de mes enfants n?aurait brisé sa vitre volontairement, d?autant que je leur avais demandé d?éviter autant que possible leur oncle », lance Antoine en montrant du doigt la vitre encore cassée. C?est pour se venger, explique Antoine, que son frère s?en serait pris à Antonio le lendemain.
La version d?Antonio, recueillie par les enquêteurs juste avant qu?il ne soit transporté à l?hôpital, a de quoi choquer. Dans sa déposition, l?adolescent a expliqué qu?il marchait le long d?un champ de cannes le 8 août lorsqu?il a été approché par son oncle. « Mo ti pe amen manze pou mo papa ki ti pe travay dan karo », a-t-il expliqué à la police. Toujours selon sa version, son oncle l?aurait bâillonné avec une serviette avant de lui attacher les pieds et les mains à l?aide d?une corde. `
Clément l?aurait alors porté sur ses épaules jusqu?à une forêt. Arrivé près d?un arbre, Antonio allègue que son oncle lui aurait retiré son short et ses sous-vêtements avant d?essayer d?abuser de lui. Tentant de se défendre, Antonio aurait mordu son agresseur à la cuisse. Il se serait alors fait gifler pour ce geste.
Attaché à l?arbre toute une journée
Pris de colère, Clément aurait attaché son neveu à un arbre en lui disant : « Mo pe ale la, kan mo revini, mo pou touy twa. » Antonio serait resté attaché à l?arbre toute la journée. Il réussit toutefois à s?échapper à la nuit tombée et court chez lui prévenir ses parents qui, ne le voyant pas rentrer à la maison, avaient déjà entrepris des recherches.
« Nous avions commencé à le chercher aux alentours de midi parce qu?il n?avait pas apporté le déjeuner de son père », explique Marie-Noëlle, la mère de l?adolescent. Et d?ajouter que lorsqu?elle a demandé à son beau-frère s?il avait vu son fils, ce dernier se serait contenté de répondre par la négative.
À la suite de la déposition de l?adolescent le lendemain de sa séquestration alléguée, Clément a été arrêté par la police avant d?être libéré sur parole. Plus personne à Bambous-Virieux ne l?a revu depuis. L?adolescent a été examiné, puis placé en observation médicale à l?hôpital de Rose-Belle.
Mais le récit d?Antonio, aussi terrible qu?il soit, ne semble pourtant pas convain-cre les habitants de la localité. « Pa ti pou drol si sa zistoir la inn invente bout en bout », lâche la gérante d?une tabagie de la localité. Il faut dire que le père d?Antonio est connu dans le village pour être un bagarreur. Propos que le principal intéressé réfute : « Je passe mon temps à travailler dans les champs de canne et à m?occuper de ma famille. Certaines mauvaises langues disent que je veux chasser mon frère de sa maison pour me l?approprier. C?est faux. » Antoine ajoute que bien que son frère ait déserté sa maison, il compte, quant à lui, rester dans sa bicoque avec sa famille quoi qu?il arrive.
Éclaircir certaineszones d?ombre
Tenant une de ses quatre filles dans ses bras, la mère d?Antonio confie ne pas comprendre ce qui a pu motiver son beau-frère à s?en prendre à son fils. « C?était un garçon innocent qui n?a pas mérité ce qui lui a été infligé. Nous n?aurions jamais cru qu?une telle chose puisse arriver », lâche-t-elle, visiblement choquée par les récents événements.
Mais la version des faits de l?adolescent ne fait pas l?unanimité parmi les habitants de la localité. En outre, certains villageois affirment même qu?Antoine aurait à plusieurs reprises utilisé le sabre avec lequel il coupe la canne pour proférer des menaces. « C?est quelqu?un de très impulsif qui a parfois du mal à se contrôler », explique une voisine de la famille Nadal.
Ce n?était un secret pour personne que les deux frères ne s?entendaient pas et que tout était prétexte à de violentes altercations. Il n?était pas rare pour les voisins de devoir intervenir en pleine nuit pour tenter de ramener le calme.
Là encore, Antoine nie les accusations qui sont portées contre lui et affirme pour sa part qu?il s?agit de simple médisance.
« Dimoun pa kone ki pou koze », s?emporte-t-il. Antonio devrait être à nouveau interrogé cette semaine afin d?éclaircir certaines zones d?ombre.
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