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La mémoire du Morne
?Il faut déterrer l?histoire du Morne ?. Cette affirmation, lancée par Bernard Perrine, le président du conseil d?administration du Morne Heritage Trust Fund, pourrait presque devenir un slogan. C?est en tout cas le but que s?est fixé cet organisme, constitué en juillet 2004.
Des fouilles seront entreprises sur le site. Une authentification d?ossements humains retrouvés il y a plusieurs années déjà et en possession d?une famille de propriétaires terriens du Morne, sera effectuée. Un travail anthropologique est en cours. Une équipe d?experts, des historiens, des chercheurs du Mahatma Gandhi Institute, des gens de tous horizons, s?attellent déjà à la tache.
Haut lieu du marronnage, refuge des affranchis après l?abolition de l?esclavage (au lieu-dit Trou Chenille), ce site est définitivement une référence. Et pour Bernard Perrine et ses collègues, il y a définitivement des choses à trouver, des traces? Il est difficile d?exprimer les sensations que l?on ressent lorsque l?on se trouve au Morne. ?Ce lieu possède une force?, tente d?expliquer Bernard Perrine.
<B>Un programme sur trois ans</B>
Durant les mois qui ont suivi la constitution du trust fund, les membres de l?organisme ont voulu s?atteler à une tache jugée prioritaire : la constitution du dossier pour l?inscription du Morne au patrimoine mondial. Deux experts de l?Unesco ont fait le déplacement. Ils ont effectué des recherches sur deux niveaux : le culturel et le naturel. Le trust fund a voulu se lancer dans une course contre la montre. ?Nous leur avons apporté un soutien optimal?, insiste Bernard Perrine.
Mais au-delà de cette course finalement un peu stérile (puisque le dossier ne sera pas traité de sitôt), le trust fund souhaite surtout établir un plan stratégique, un programme de gestion du site étalé sur les trois prochaines années.
Et c?est cela, finalement, qui est le véritable enjeu. ?On est en train de construire l?histoire du marronnage, et ce n?est qu?à la lumière de nos recherches au Morne que nous pourrons non seulement constituer le dossier mais surtout bâtir l?avenir?, insiste Bernard Perrine. La course contre la montre devrait donc se transformer en marathon et s?inscrire dans la durée.
Premier obstacle, trouver un juste milieu entre les besoins des promoteurs privés et les exigences de préservation du patrimoine. ?Il faut encore procéder à un peu de fine tuning?, avoue Bernard Perrine. Le président du board insiste sur un point : il n?est dit nulle part que l?on ne peut pas construire même s?il est impératif de préserver le milieu naturel, de préserver et de promouvoir le marronnage et l?esclavage.
<B>Accueillir un développement léger</B>
Il y a des critères pour le continent africain qui ne sont peut-être pas applicables à une île. Il y a même des possibilités de développer aux abords du site, comme le fait remarquer Bernard Perrine. Que peut on y faire ? Certainement pas de téléphérique ou de gratte-ciel? Des chalets de luxe, comme le propose un promoteur ? ?Ça dépend, rétorque Bernard Perrine, surtout lorsqu?on sait qu?un projet immobilier implique du déboisement, de l?éclairage, du traitement d?eaux usées?? Il ajoute, avec plus de force : ?le lieu est un sanctuaire, c?est un lieu mythique, il ne doit accueillir un développement très léger.?
Le président veut surtout privilégier le dialogue avec tout le monde, d?autant plus que le Morne est un dossier difficile (la montagne est parcellisée, le gouvernement et des promoteurs privés se la partagent). Le débat s?est aussi enlisé dans un bourbier de considérations ?ethnico-commerciales? Promoteurs impatients, groupes ethniques jaloux de leurs prérogatives : Bernard Perrine souhaite transcender tout cela.
Le Morne Heritage Trust Fund démarre donc de zéro et n?a même pas encore trouvé un local approprié qu?il recherche d?ailleurs activement, depuis quelques semaines. Mais il veut atteindre des sommets. Comme par exemple tirer vers le haut tout un groupe ethnique, les descendants d?esclaves. Lui restituer sa mémoire et du même coup interpeller celle des Mauriciens qui ont d?autres origines. ?Déterrer le passé renforcera notre marche vers l?unité. La connaissance fera reculer la spéculation?, insiste Bernard Perrine.
Et déjà le Morne et plus particulièrement le lieu-dit Trou Chenille, au pied de la montagne et qui abrite une stèle font partie d?un circuit éducatif que le trust fund veut lancer. Un circuit à l?intention des touristes mais surtout des écoliers et collégiens. Pour que la mémoire résiste !
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