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La mémoire des engagés indiens
En 1970, après le passage des cyclones dévastateurs Alix et Carol, Ramnarain Ramsaha, alors commissaire à l?Assistance publique, sauve les registres abîmés des immigrants engagés indiens. Il fut président, en 1945, du premier Conseil de Village à St Julien, quoique encore dans sa forme rudimentaire et non-officielle. Ces documents, compris dans plus de 2 000 volumes précieux, étaient entassés au quartier général de l?Assistance publique à la Place de l?Immigration, près de la station de police de Trou-Fanfaron à Port-Louis.
Beekrumsing Ramlallah fait des démarches pour la transfert des documents relatifs à cette arrivée historique, qui se trouvent alors à l?ancien bureau de l?Enregistrement, aujourd?hui occupé par le bâtiment Emmanuel Anquetil, vers le bureau des Archives. Il essuie une objection de la part de l?archiviste en chef qui est responsible d?un tel transfert. Pour justifier ce refus, celui-ci évoque le problème d?espace. Pourtant, cette initiative patriotique visait à conserver la mémoire de notre patrimoine. En désespoir de cause, M Ramlallah s?adresse aux autorités d?alors qui ensuite légiférèrent afin que la décision du transfert des documents relève du ministre de tutelle, représentant du peuple. Après modification de la loi relative aux archives et à la suite de l?arrivée du nouvel archiviste, ces nombreux volumes sont acheminés en 1974 vers son bureau. On commence, alors, à les remettre en état et à répertorier les renseignements.
Par la suite, le Dr Kissoonsingh Hazareesingh, le directeur général du Mahatma Gandhi Institute dont il fut le project manager, y fait acheminer ces documents et les fait archiver convenablement ? reliés, catalogués et mis à l?indexe. Aujourd?hui ces documents sont d?une valeur historique inestimable. De telles archives n?existent pas ailleurs. Ce travail d?archives est reconnu comme étant le premier et le plus important du genre au monde en ce qui concerne les travailleurs engagés indiens. L?île Maurice fut la première destination de ces travailleurs. Ils débarquèrent le 2 novembre 1834.
M. Ramlallah identifie le lieu de débarquement. Avec l?aide de volontaires, il nettoie cet endroit particulier. Il repère les perrons primitifs qu?ont gravi les immigrants et qui existent toujours. Mme Indira Gandhi, Premier ministre de l?Inde, est invitée à visiter le pays en juin 1970. M. Ramlallah se bat pour faire inclure dans le programme officiel une cérémonie de brève durée pour la consécration de ce lieu d?héritage national, qui symbolise l?arrivée de tous les premiers immigrants indiens. Il envoie télégramme sur télégramme à la Nouvelle Delhi, essayant de la convaincre de procéder à cette consécration. Il approche le Premier ministre sir Seewoosagur Ramgoolam afin de prendre avantage du temps libre de Mme Gandhi en vue de cette cérémonie. Persuadés, les ministres Ringadoo, Boolell et Jagatsingh, entre autres, interviennent. Finalement, Mme Gandhi consacre le lieu le 5 juin 1970.
Depuis le 2 novembre 1970 jusqu?à son décès en 2000, M. Ramlallah célébre cet événement bénévolement et de son propre chef. Sa famille continue cette tradition. C?est grâce à lui que le 2 novembre est maintenant jour férié.
Son hebdomadaire, le Mauritius Times, et lui-même s?associent activement avec le Manilal Doctor Memorial Committee, dont le président et le secrétaire sont respectivement le Vanprasthi Dhurundur et Mootoocoomaren Sangeelee. Ce comité, avec des fonds recueillis du public, fait installer, avec l?approbation de la Mairie de Port-Louis, une statue de Manilal Doctor, en 1959 au Jardin de la Compagnie, en reconnaissance de ce qu?il fit pour améliorer le sort des Indo-Mauriciens. Durant son séjour à Maurice de 1907 à 1911, il s?est battu avec force à leur profit dans le domaine socio-politique et légal.
Ressentant un manquement flagrant, M. Ramlallah prend l?initiative de faire ériger en 1998, entièrement à ses frais personnels, dans la cour du Mahatma Gandhi Institute à Moka, évidemment avec le soutien de son directeur général d?alors, Uttama Bissoondoyal, une statue d?Adolphe de Plevitz. Ce dernier mena une croisade singulière dans le pays en faveur des engagés dans les années 1870.
L?oeuvre du Père de l?Aapravasi Ghat, Beekrumsing Ramlallah, est aujourd?hui reconnu dans le pays et au niveau mondial. L?Aapravasi Ghat a été proclamé world heritage site par l?Unesco, consacrant ainsi ce lieu comme la mémoire principale de l?odyssée de tous les travailleurs engagés indiens de par le monde.
Pour la petite histoire, c?était aussi M. Ramlallah qui fut le premier à suggérer dans les années 1970, dans son Mauritius Times, la mise sur pied en Inde d?un Ministry of Overseas Indians, une réalité à la Nouvelle Delhi depuis trois ans.
Chit DUKHIRA
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