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La mémoire dans la peau

21 janvier 2008, 00:00

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Le jour où nous rencontrons Tristan Bréville au Musée de la photographie, quatre jours se sont écoulés depuis que des panneaux de verre géants du Hawkers? Palace attenant ont enfoncé la toiture du musée. Ils ont détruit une partie de la collection s?y trouvant, soit deux pourcent des quelque dix tonnes de matériel photographique.

Les débris sont encore là et la scène de désolation est inchangée. Selon un premier constat, la valeur des pertes est estimée à Rs 11 millions. Des connaissances et amis du conservateur et de son épouse viennent lui apporter leur soutien et ce va-et-vient n?est pas sans rappeler une veillée mortuaire. Mais les Bréville gardent malgré tout le moral, pour pouvoir continuer leur ?uvre de conservation.

Tristan est le septième des 12 enfants des Bréville. Il est issu d?une famille cultivée mais modeste. Il est fasciné par la lumière depuis qu?il est enfant. Les choses n?ont pas changé depuis, car il y a 150 ampoules qui éclairent ses collections personnelles à son domicile d?Albion.

Durant son enfance, le jeune Tristan va régulièrement récupérer les morceaux de films inutilisés au Plaza et organise par la suite des projections au soleil dans sa cour. Comme son père, il lit beaucoup et ne se lasse pas de regarder les photos dans les magazines. Il découpe celles qui lui plaisent et les conservent. Chez les Bréville, la musique tient une grande place. Son père, les amis de ses s?urs et lui, font de la musique et s?enregistrent. Là encore, Tristan conserve ces enregistrements comme de précieux trésors.

Il fait ses études secondaires au collège Victoria et l?importance de la conservation, de la mémoire, lui saute aux yeux lorsqu?il voit le désastre accompli par le cyclone Carol sur son école. «Mon école était à terre. Les livres étaient inutilisables tant ils étaient imbibés d?eau. C?est là que j?ai réalisé qu?il était important de sauver la mémoire d?un pays.»

Durant ces années-là, Tristan fréquente la librairie du ministère de l?Education et apprécie particulièrement un magazine de bricolage. Il fabrique son premier appareil de photos à partir d?une boîte de chaussures et obtient un résultat satisfaisant sur le papier photographique.

Lorsqu?il termine ses études, il a un mal fou à trouver un emploi. Dans un premier temps, il accompagne son voisin électricien dans ses déplacements et lui prête main-forte. Cela lui vaut un salaire de Rs 15 et lui permet de s?acheter son premier album de photos. Les temps sont si difficiles qu?il va jusqu?à chercher un emploi comme éboueur et cela lui est refusé. Finalement, grâce à un contact de son père, il est recruté comme instituteur. Mais avant de se lancer, il étudie à l?Ecole normale. C?est là qu?il jette les bases du premier Musée de la photographie avec une première exposition de photos de son cru.

Sa première affectation éducative est à Baie-du-Cap où il reste cinq ans et ensuite à l?école de la Visitation à Vacoas. Il introduit alors un nouveau sujet en classe et c?est la photographie. La photo le démange tant qu?il quitte l?enseignement et obtient un poste de Visual Artist au Centre audiovisuel de Rose-Hill. Il y constitue une importante banque d?images qui ne sera malheureusement pas conservée lorsque cet établissement deviendra le collège des ondes. C?est à cette époque-là qu?il rencontre Marie-Noëlle.

«Mon école était à terre. Les livres étaient inutilisables tant ils étaient imbibés d?eau. C?est là que j?ai réalisé qu?il était important de sauver la mémoire d?un pays.»

La bourse française qu?il obtient le fait passer trois ans à l?Institut national de l?audiovisuel de Paris où il étudie pour obtenir un diplôme en communication audiovisuelle. Il est le premier Mauricien détenteur de cette qualification. Il épouse Marie-Noëlle juste avant de quitter la France. Le Centre audiovisuel a déjà été converti en collège des ondes et là, sa valeur n?est pas reconnue.

Il prend un congé sans solde et accepte un poste de spécialiste au Niger pour le compte des Nations unies. Avant de partir, il met bénévolement en place l?Indian Folk Museum au Mahatma Gandhi Institute. Certains décideurs politiques, qui ont eu vent de son prochain départ, tentent de le retenir. Mais la coupe est pleine. Tristan passe cinq ans au Niger et à son retour au pays, la situation n?a guère changé au collège des ondes. Il préfère démissionner et se mettre à son compte.

Il exerce son talent de photographe pour vivre. C?est Jérôme Boulle, homme très cultivé, à l?époque maire de Port-Louis, qui croit en l?importance de la mémoire d?un pays, qui prend contact avec Tristan. Comme le parcours culturel a été rénové, Jérôme Boulle lui propose d?intégrer le local occupé aujourd?hui par le Musée de la photographie. Tristan et Marie-Noëlle ? qui a développé les mêmes passions que son mari ? ne se font pas prier. Les documents photographiques qui ne leur appartiennent pas et qui représentent un pour cent de la collection, ne sont pas conservés au musée. Les quelque dix tonnes de matériel photographique qui y sont exposées sont la propriété des Bréville qui les ont rachetées au fur et à mesure de leurs découvertes.

Tristan et Marie-Noëlle ont en leur possession des collections pouvant constituer un musée d?art africain, un musée de l?imprimerie dont le mécène a été l?homme d?affaires Roland Maurel, un musée de l?affiche, un musée du cinéma, un musée Malcolm de Chazal. Mais ils n?ont pas encore trouvé les murs pour les abriter. «l?île Maurice est déjà une île musée. Toutefois, il faut des gens capables de donner à cette île une image de marque pour attirer les deux millions de touristes attendus?»

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