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La moisson? ? du Grand Bleu
Se tourner vers le Grand Bleu. Pour en ajouter de la valeur. Du moins, une valeur marchande. C?est l?ambitieux pari de la Mauritius Land-Based Oceanic Industry (MBLOI) qui prend corps petit à petit. Ses utilisations potentielles ? Alimenter les climatiseurs des hôtels du littoral qui représentent pas moins d?un tiers de leur facture d?électricité. En plus d?atteler une source d?énergie éminemment renouvelable, la MLBOI servira également à produire une eau minérale de très haute qualité.
Un mémorandum a récemment été émis par des consultants pour le compte du Board of Investment (BOI) et de la State Investment Company (SIC) pour promouvoir le concept auprès des investisseurs potentiels. Le document révèle non seulement les détails techniques du projet mais également les richesses propres à l?eau de l?océan Indien.
Lors de son discours sur le budget, le Premier ministre a insisté sur la nécessité pour Maurice d?utiliser ©au maximum les ressources dont il dispose. Ces ressources sont notre peuple, notre île et notre environnement». Et la mer, aurait-il pu ajouter. Le projet de la MLBOI vise tout simplement à exploiter les «qualités uniques» de l?eau de mer des grandes profondeurs. Il se décline en six volets majeurs : le refroidissement à l?eau de mer ; l?eau minérale ; les produits pharmaceutiques et biomédicaux ; l?aquaculture ; la culture de perles ; et la pêche.
Des analyses effectuées par des consultants sur des échantillons d?eau de mer prélevés à 1 000 mètres de profondeur montrent que celle-ci est vieille d?au moins cinq siècles. De plus, elle est pure et riche en minéraux et nutriments. Fait tout aussi encourageant, une absence totale de pollution et de contaminateurs. De fait, Maurice a «l?avantage de se trouver dans l?océan Indien qui est réputé d?être le plus propre des cinq océans. Cela pourrait accroître le branding des produits de la MLBOI,. Par ailleurs, Maurice serait le premier [pays] à descendre à 1 000 mètres de profondeur pour avoir accès à une eau de haute qualité».
Climatisation venant des profondeurs</B>
L?eau froide sera donc pompée à 3 kilomètres des côtes pour alimenter les systèmes de climatisation. Fait étonnant, ce processus n?affecte aucunement la qualité de l?eau qui peut ensuite être dessalée et mis en bouteille. Riche en minéraux, cette eau est très prisée au Japon. Peuvent aussi être enlevés, les nutriments pour être utilisés dans l?aquaculture.
«J?estime qu?une action à mener d?urgence concerne la climatisation. 30 % de la consommation d?électricité des hôtels touristiques du littoral provient de la ?clim? Or le gouvernement à décidé d?évaluer le potentiel de la climatisation de ces hôtels par l?eau froide pompée en profondeur derrière les récifs», a rappelé récemment le conseiller spécial du Premier ministre en développement durable, Joël de Rosnay.
Également connu sous le nom de Cold Seawater Air Conditioning (SWAC), le système de climatisation à l?eau de mer se précise. Les sites de pompage potentiels ont déjà été identifiés par la firme hawaiienne, Makai Ocean Engineering. Si Albion est considéré comme le site le « plus approprié», sa proximité avec l?endroit où sont évacuées les eaux usées pourrait lui être préjudiciable. Sont donc préconisés Flic-en-Flac et Belle Mare, suivis de près par Les Salines. Le rapport Makai soutient que la piste SWAC mérite d?être poursuivie «en conjonction avec le développement d?une LBOI où l?eau des profondeurs pourrait être utilisée deux fois : une première pour la climatisation de nombre d?hôtels à Flic-en-Flac et une deuxième pour les locataires du site de la LBOI».
Et justement, un aspect clé de la MLBOI consistera à mettre sur pied «un Parc océanique compréhensif et profitable basé sur l?eau de mer ». Le mémorandum cite l?exemple de Hawaii, dont la LBOI est devenue une véritable poule aux ?ufs d?or qui génère des millions de dollars de recettes tous les ans. Une délégation mauricienne a d?ailleurs eu l?opportunité de visiter celle-ci par rapport au projet de la MLBOI. «On a notamment vu qu?il existe un grand potentiel pour extraire le sel de l?eau de mer afin d?obtenir une eau minérale de très haute qualité», s?enthousiasme le directeur du Mauritius Research Council (MRC), le Dr Arjoon Suddhoo. Il met aussi l?accent sur le fait que la MBLOI sera «complètement environment-friendly».
Toutes les activités de la MLBOI seront centrées autour du Parc océanique qui sera construit en toute probabilité sur la côte ouest et à Flic-en-Flac plus précisément. Le Dr Arjoon Suddhoo estime que ce parc pourrait également servir d?attraction touristique importante. Comme pour tout projet d?envergure, il s?agira de mettre en place des infrastructures de qualité, telles une station de pompage, des unités de mise en bouteille et de traitement des eaux et des bassins pour l?aquaculture, ainsi qu?un centre de recherches et de développement. Des investisseurs auraient déjà démontré un intérêt pour le projet et le directeur du MRC affirme qu?un «partenaire stratégique» sera désigné avant la fin de l?année.
Pour la petite histoire, le Dr Arjoon Suddhoo explique que le concept de la MLBOI est le fruit d?un heureux hasard. Une équipe avait été chargée de vérifier si le grand bleu pouvait être utilisé pour générer de l?électricité. De fil en aiguille, elle réalise que l?eau des profondeurs a d?autres qualités, les unes plus intéressantes que les autres. « Elle est froide, elle regorge de nutriments et de minéraux et elle est très propre. On s?est donc posé la question de savoir si on pouvait créer une petite industrie autour de cette ressource», s?enthousiasme-t-il. Des échantillons prélevés par la marine indienne et analysés par des laboratoires australiens confirment cet espoir.
La MLBOI deviendra-t-elle une réalité ? Seul l?avenir nous le dira. Mais quel meilleur concept que celui d?ajouter de la valeur à la seule ressource dont nous disposons en quantité intarissable, l?eau de mer ?
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