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La mixité en question
Par Raj MEETARBHAN</B>
Les parents du village de La Gaulette ont commencé à prendre conscience des conséquences de la politique de classe que pratique l?Education nationale. Ils s?élèvent, depuis le week-end dernier, contre une décision officielle qui les pénalise. Leur colère a pour origine la conversion annoncée du collège de leur localité en école technique.
Les parents d?élèves et les associations citoyennes de la région de l?Ouest ne veulent pas que les établissements d?enseignement général soient réservés aux habitants des régions huppées tandis que les quartiers défavorisés doivent se contenter des écoles techniques. Plus spécifiquement, ils refusent d?accepter que La Gaulette SSS soit transformé en un établissement dédié à la filière technique. Pour l?heure, ils n?ont reçu qu?un soutien du bout des lèvres de l?autorité catholique, mais la situation pourrait changer avec le retour au pays, la semaine prochaine, de la directrice du BEC, Gilberte Cheung.
Le véritable enjeu dans cette affaire est l?avenir de la mixité sociale au collège. Plus largement, ce sont les valeurs de solidarité qui sont concernées. Depuis 2001, une politique d?intégration était appliquée pour que tous les établissements scolaires d?Etat puissent accueillir quelques classes de la filière préprofessionnelle (prevoc). L?objectif est de permettre une cohabitation entre groupes sociaux et d?établir des passerelles qui encouragent les recalés du CPE à rattraper leurs retards scolaires et à rejoindre les filières d?enseignement général.
L?ancien gouvernement avait espéré que cette politique allait constituer un traitement social des inégalités qui bouleversent l?enseignement primaire. L?expérience est vraisemblablement compromise. La conversion de La Gaulette SSS est déjà annoncée. Celle de trois autres est réclamée par des opposants à la mixité sociale. En ligne de mire : Abdool Razack Mohamed SSS, Marcel Cabon SSS et Régis Chaperon SSS.
Ce sont les enseignants des collèges d?Etat qui ont été les premiers à contester ouvertement la cohabitation entre la filière préprofessionnelle et le cursus traditionnel. Un de leurs porte-parole avait fondé sa demande sur le constat suivant : «Là où il y a des prevoc, il y a des problèmes d?indiscipline. C?est difficile pour les enseignants de travailler avec eux. Ces enfants ne sont pas portés sur l?académique et il leur faut des écoles spécialisées?» (Voir «l?express» du mercredi 18 juin 2008). Il y a dans ses propos toute l?horreur que représentent la logique de ségrégation, le mépris des classes laborieuses et les idées reçues sur les vertus des uns et les vices des autres.
En sus des syndicats d?enseignants, il y a des parents qui ont mené campagne en faveur de la ségrégation à l?école. Ils ont catégorisé les élèves en fonction de leur identité sociale et ont affublé ceux qui fréquentent la filière prevoc d'un stéréotype d'infériorité. Ceux-ci constituent, aux yeux de certains parents, des perturbateurs qui empoisonnent la cour de récréation des collèges «bien». Le ministère de l?Education va-t-il céder face à ces lobbies ?
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