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La menace
C?est la peur du changement qui a provoqué, lors des deux dernières consultations populaires, l?émergence des partis religieux et à caractère fortement racial. C?est la peur d?un effacement, d?une remise en question de la croyance sur la supériorité de sa race qui cause un plus grand repli sur soi.
C?est cette nostalgie de ces anciennes flammes idéologiques qui est à la base de l?envoûtement des esprits faibles.
C?est la peur d?un saut dans un monde rétréci par la révolution technologique qui nous pousse à porter en bandoulière les fantasmes de la surthnicisation.
Et c?est toujours cette peur qui nous amène à nous réfugier entre les bras des populistes et des vendeurs de rêves à tous crins.
C?est de la coïncidence et de la convergence des différents éléments de cette nature que sont en train de renaître de vieux démons. Le sentiment d?être agressé dans sa différence a fini par instituer une différence des droits et des revendications. Le national-populisme est arrivé, chez nombre de nos partis politiques, partis supplétifs autant que grands partis, à incarner aujourd?hui cette philosophie de la négation.
On peut être démocrate. On peut effectivement croire l?être. Mais lorsqu?on fait son nid d?un traumatisme collectif, c?est qu?on est prêt à sacrifier une idée nationale pour faire triompher une haine, une colère, une ambition personnelles. On est prêt à faire courir tous les risques à un pays. C?est une autre forme de peur. Peur de ne pouvoir jamais reprendre le pouvoir. Peur de ne pas réussir un changement qui implique un retour en 1967.
Cette peur, on finit par la communiquer à tous ces groupuscules qui s?autorisent des mots d?ordre politiques. Ce n?est pas nouveau. Sauf que cette fois-ci, ils oeuvrent tous à une fracture profonde de la société mauricienne. Les petits partis religieux et à dénotation ethnique s?inspirent également de la même rengaine. On veut ici réunir les minorités. Là on tente de constituer un autre type de majorité, à l?image de celle qui a permis au pays d?accéder à l?indépendance.
Tous ces porte-parole, ces porte-voix deviennent légion. Ils se regroupent pour mieux créer les clivages. Tant, du plus petit parti jusqu?au plus grand, on ne trouve comme élément déterminant de la politique que le seul facteur ethnique.
Le temps de l?analyse est passé. Celui d?un réveil est arrivé. De notre capacité à dire non aux forces réactionnaires et conservatrices dépendra le sort de la nation mauricienne. Le choix n?est pas grand. Il faut le concéder. Parce que de tous les côtés, même parmi les plus modérés, personne n?a foi dans l?unicité de cette nation. Parce qu?aussi, ce sont les symboles qui triomphent effrontément.
Ces jours-ci, dans ce pays, on défie la République. Le citoyen se tait.
« L?ethnotype » jubile. Il faut seulement espérer qu?il existe réellement une majorité silencieuse dans ce pays. Et qu?elle n?est pas aussi bête et fragilisée au point de s?accrocher désespérément à des symboles. Ces symboles qui n?en finissent de nous abêtir et abrutir.
Freiner ce mouvement de repli, ce geste désespéré qui consiste à se livrer sans défense entre les mains de ceux qui veulent façonner la République des races et des castes, c?est un autre dessein qui n?est à présent que de la seule responsabilité du citoyen mauricien. Peut-être le temps est-il enfin arrivé de se convertir à la mauricianité, comme processus dynamique d?intégration à la République citoyenne.
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