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La majorité se félicite de sa politique

14 juin 2004, 20:00

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Exercice d?autocongratualtion. Telle semblait être la mission que s?étaient fixée ministres et députés de la majorité qui ont pris la parole hier lors de la première journée de débats budgétaires.

Peu d?idées ou de suggestions ont émané des bancs du gouvernement pour contribuer à améliorer le budget du vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Il s?agissait avant tout, comme c?est d?ailleurs le cas chaque année, de flatter et défendre la politique du gouvernement.

A ce jeu, certains intervenants, à l?instar de Sushil Khushiram, ministre de l?Industrie et des services financiers, ont avancé des arguments de poids, susceptibles de convaincre l?Assemblée. D?autres, en revanche, ont préféré donner dans l?approximation et la démagogie pure. Certains députés ont même réalisé l?exploit de ne pas commenter le budget, préférant développer d?autres sujets !

Alors que l?an passé, plus d?un député de la majorité laissait entendre que chaque sou était bien dépensé, d?autres viennent reconnaître aujourd?hui que des gaspillages ont eu lieu. Aveu de culpabilité ? Pas vraiment.

L?aveu avait surtout pour but de mieux justifier la création d?un Medium Term Expenditure Framework. Annoncé vendredi, il a pour objectif d?assurer une gestion plus rigoureuse des deniers publics en imposant une obligation de résultats.

Lors de son oraison fleuve ? une heure et demie ? le ministre Khushiram, ainsi que Pradeep Jeeha, ministre de la Technologie de l?information et des télécommunications, a eu un malin plaisir à descendre l?argumentaire de l?opposition.

Un rocher dans la mare travailliste

Il a laissé entendre que l?approche du Grand argentier ? de miser davantage sur le social ? est ?non pas un pavé? mais carrément ?un rocher? dans la mare travailliste. ?Alors que ce budget continue à développer les objectifs de notre stratégie, il fait aussi école. L?opposition a été prise à son propre filet, pendue à ses propres cordes et empalée sur sa propre épée?, a lancé le ministre Khushiram.

La meilleure stratégie pour faire avancer le pays, prétend le ministre, est de saupoudrer une dose de socialisme sur une politique libérale. L?effondrement de l?Union soviétique ainsi que la conversion de la Chine communiste à une politique économique libérale sont les exemples cités en références. ?Le capitalisme peut être une force formidable pour le progrès économique et social du genre humain, affirme le ministre. A condition qu?il soit guidé par des règles d?équité et de concurrence et complété par des politiques d?assistance publique ainsi que des filets de sécurité.?

Sushil Khushiram souligne que malgré une distribution inégale de la propriété, Maurice a su, depuis l?indépendance, se mettre sur le chemin du progrès : ?La population a bénéficié largement des fruits du développement.? Malgré cela, dit-il, les richesses du pays doivent être mieux réparties. ?Le secteur privé ne pourra survivre aux défis de la mondialisation s?il ne procède pas au partage de ses acquis : à la Bourse notamment, au bénéfice du local, et en attirant des investisseurs, au niveau international.?

Afin de permettre cette transition, des paramètres doivent être définis. Tel est d?ailleurs l?engagement pris par le gouvernement, affirme le ministre de l?Industrie et des services financiers.

La critique selon laquelle le gouvernement n?accorde pas suffisamment son soutien aux nécessiteux a été réfutée. ?L?accent n?a jamais été autant mis sur des politiques en faveur des pauvres?, soutient Sushil Khushiram.

L?argument sur la supposée irresponsabilité des gouvernants en matière de gestion économique est taillé en pièces. Chiffres à l?appui, le ministre tente de convaincre que l?économie se porte parfaitement bien. Même le taux de chômage élevé (10,6% de la population active) et l?augmentation de la dette publique, sont plutôt de bonnes performances ?compte tenu du contexte?.

?Robin des Bois?

Reprenant certains points élaborés par son prédécesseur à la tribune, Sunil Dowarkasing ne tarit pas d?éloges sur l?action gouvernementale. Ayant surtout retenu l?aspect social du budget, le député s?interroge si, lors du discours du budget, ?nous étions vraiment au Parlement ou dans la forêt de Robin des Bois à Sherwood?... Le démantèlement de l?Etat providence, comme martelé par l?opposition depuis vendredi, ?n?est que mensonge et faussetés?, estime-t-il.

Les députés Rajayswur Bhowon, Prithiviraj Roopun, Motee Ramdass et Dharmaveersing Roopun se sont également attardés sur le volet social du budget. Tous ont été unanimes sur le souci du gouvernement de promouvoir le bien-être des pauvres.

Sunil Dowarkasing a cependant été le seul député de la majorité à suggérer la création d?un panel pour veiller au bon fonctionnement du Medium Term Expenditure Framework.

Le ministre de la Fonction publique et des réformes administratives, Ahmad Jeewah, s?est quant à lui attardé sur les mesures adoptées par son ministère depuis l?an 2000 afin d?inculquer une culture de la qualité aux fonctionnaires.

L?an passé déjà, le ministre s?était attelé à cette tâche. Pour 2004-2005, la formation des fonctionnaires et l?informatisation du service public seront les points essentiels à l?agenda du ministre.

Pradeep Jeeha a surtout consacré son temps de parole à vilipender l?ancien régime qui aurait ?déçu la population?. ?Nous avons tenté, tant bien que mal, de limiter les dégâts de l?ancien gouvernement concernant le chômage. Aujourd?hui, l?opposition est devenue amnésique et ne cesse de faire de la démagogie. S?il était encore au pouvoir, 22 % de la population serait au chômage aujourd?hui?, a affirmé le ministre.

<B>Ramgoolam : ?Le gouvernement a échoué dans son projet de démocratiser l?économie?</B>

Le leader de l?opposition a commenté, hier au Parlement, le budget 2004-05. Le ton était résolument politique. Navin Ramgoolam a choisi, durant la tranche initiale de son intervention, de mettre en relief les différences qu?il dit avoir notées dans l?approche de Pravind Jugnauth par rapport à son prédécesseur aux Finances, Paul Bérenger.

Tout en fustigeant le Premier ministre, le leader du Parti travailliste (PTr) a pratiquement couvert le Grand argentier de louanges : ?Le vice-Premier ministre a tenté de se démarquer de son prédécesseur tant par son style, son attitude et l?accent mis sur certains domaines.? Pour soutenir ses propos, Navin Ramgoolam a même cité des articles parus dans la presse.

Selon lui, l?esprit de dialogue dont a fait montre le vice-Premier ministre, lors de la préparation du budget, est en nette contradiction avec l?attitude adoptée par Paul Bérenger du temps où il occupait ce portefeuille des Finances.

Si au départ, l?exercice de comparaison était suivi avec beaucoup d?attention (voire même de tension) par le Front Bench de la majorité, l?atmosphère devait par la suite se détendre avec divers échanges de propos et de plaisanteries dans la Chambre. Plusieurs fois, le speaker a dû rappeler les parlementaires à l?ordre.

Si le leader de l?opposition a été tout éloge pour l?approche adoptée par le ministre des Finances, il a, en revanche, été très critique sur le contenu du discours du budget. Navin Ramgoolam a fait le procès de l?action gouvernementale tant sur le plan de l?économie, du social, de la fraude et de la corruption que du law and order.

Objectifs non atteints

Il s?est d?abord attaqué au budget sur son terrain de prédilection, c?est-à-dire le social et la démocratisation de la richesse. ?Le gouvernement a lamentablement échoué sur le plan de la démocratisation de l?économie. En fait, il est responsable du fossé grandissant entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas?, soutient Navin Ramgoolam.

Après une parenthèse sur le deal Illovo, il a passé en revue les mesures préconisées par le Grand argentier afin de redistribuer la richesse au sein de la société. Il a d?emblée rejeté l?idée selon laquelle la création d?un trust d?investissement aiderait à redistribuer la propriété foncière au sein de la population.

Le leader du PTr a trouvé peu ambitieux les plans de participation des travailleurs au capital, comme suggérés par le budget : ?Si l?Etat n?est pas parvenu à réaliser ce programme à la Mauritius Telecom, comment pourra-t-il forcer les sociétés privées à en faire autant ?? Navin Ramgoolam a longuement évoqué l?Etat-providence, qu?il accuse le gouvernement de vouloir démanteler. Il a fustigé l?attitude de Pravind Jugnauth sur la révision du principe de pension de vieillesse universelle. Toutefois, contrairement à son discours habituel sur le Welfare State, il a quelque peu dilué ses attaques. ?Je comprends parfaitement les problèmes causés par le vieillissement de la population. Cependant, le gouvernement aurait dû privilégier le dialogue avant de prendre une telle décision.?

Au chapitre économique, le leader de l?opposition affirme que le gouvernement n?a pu atteindre ses objectifs macroéconomiques : réduction du déficit budgétaire et de la dette publique, relance de l?emploi et de l?investissement, entre autres. Dans le même souffle, il l?a accusé de vouloir manipuler les chiffres de l?emploi ou de la dette publique.

?La confiance dans l?économie est déjà très faible. Ce budget va la faire chuter davantage?, soutient-il, se référant aux commentaires du secteur privé à la suite du discours de Pravind Jugnauth. Brossant un tableau noir des divers secteurs d?activité, il a déclaré que la zone franche ? déjà marquée par des fermetures ? fera face au prochain démantèlement de l?Accord multifibre. Elle connaîtra donc une compétition plus féroce sur les marchés d?exportation. ?Maurice a tergiversé sur les Third country fabrics sous l?African Growth and Opportunities Act. Les entreprises n?ont pas recouru au National Equity Fund pour se moderniser. La Textile Emergency Support Team n?a pas donné de résultats probants. L?incompétence du gouvernement s?ajoute aux menaces qui guettent le secteur sur le plan international?, commente-t-il.

Au chapitre du tourisme, Navin Ramgoolam a déploré que le gouvernement n?ait toujours pas défini une politique en matière d?accès aérien. ?Le budget de promotion ne suffit guère à répondre aux attentes de l?industrie?, argue-t-il. La stratégie de développement dans le secteur des technologies de l?information et des communications (Tic) a aussi été décriée ?pour son manque de clarté et de cohérence.? Les mesures annoncées en faveur des petites et moyennes entreprises, estime-t-il, ne donneront pas les résultats escomptés. ?Le fossé entre l?intention et les faits s?élargit. Les autorités ne se donnent pas les moyens pour soutenir les PME.?

<B>Bonne humeur et mauvais humour</B>

Les parlementaires avaient le vent en poupe hier, lors de la première session de débats budgétaires. Si l?humeur était taquine, tant du côté de l?opposition que de celui de la majorité, le député travailliste Rajesh Jeetah, a, par contre, brillé par son manque d?humour.

Le terme ?couyon? utilisé par le ministre Ahmad Jeewah n?a pas plu à Rajesh Jeetah, qui malgré un point of order soulevé pour protester contre ce ?unparliamentary term? n?a pas pu éclairer le speaker sur le mot utilisé puisqu?il se refusait à le prononcer. Le député avait cependant pensé à noter le terme utilisé pour le lui monter

La bonne entente dans les rangs de la majorité était démontrée par une entraide entre les ministres Jeewah et Gayan. Pendant que le premier lisait son discours, Anil Gayan lui tendait ses feuilles de papier. Le ministre Jeewah a pris ce travail d?équipe en exemple pour démentir les rumeurs de cassure entre les deux partenaires. ?Look, he?s holding my sheet? s?est-il exclamé. ?Your shit, rather? a rétorqué James Burty David.

Un Premier ministre taquin a aussi, durant la soirée, fait des commentaires sur certains membres de l?opposition qui affectionnent le whisky ?Pa red label zot contan sa bann travailis la, blue label ki coule, glou, glou, glou !? a-t-il plaisanté avec Ashok Jugnauth.

Le ministre des Finances affichait lui aussi la bonne humeur. Face à Dharmaveersing Roopun qui disait que le peuple allait se souvenir de Pravind Jugnauth ?aujourd?hui? pour son budget, ce dernier s?est écrié ?mo espere dimain osi !?

Alors que le ministre Jeeha parlait des tidimunn qui font la queue pour pouvoir acquérir un lopin de terre à bon marché, Pravind Jugnauth a lancé ?Arvin osi ti al fer la ke?. Eclat de rire général y compris du député Boolell.

La palme du bon joueur va sans nul doute à Arvin Boollel, qui, face à Paul Bérenger qui voulait ?touf Arvin kuma crapo? dans la nouvelle piscine de Mare-d?Albert, a eu l?élégance de sourire?

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