Publicité

?La maison qui se souvient?, une intuition magnifique

24 août 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le lancement du livre de Gérard Fanchin, La Maison qui se souvient, publié par le Centre Culturel Mauricien, résume à lui seul la cérémonie de ré-ouverture de La Nef de corail, maison-musée de l?éminent poète national, Robert-Edward Hart*, le dimanche 17 août 2003, jour du 113e anniversaire de sa naissance (17 août 1891-96 novembre 1954), à Souillac.

Cet ?Hommage? au poète, regroupe en 95 pages, des écrits de ?ses contemporains?, choisis et présentés par l?auteur. Il les emprunte ?principalement du Livre d?or du Jubilé d?Argent Littéraire de Robert-Edward Hart 1912-1937? et de l?hommage au poète de Raymonde de K/Vern. ?Pages reprises, revisitées, réactualisées pour tous ceux qui voudraient appréhender davantage Robert-Edward Hart, l?homme et l??uvre?, explique-t-il.

Si le titre de l?ouvrage me séduit, j?eusse préféré un contenu créatif, qui aguicherait autrement le lecteur. Mais, je salue le travail accompli. Le temps n?est pas un allié facile. Qui permet à la fois l?infiltration regrettable de quelques coquilles. La Maison qui se souvient. Un titre émouvant, d?une intuition magnifique, si porteuse dans son propos. Titre à la résonance ricochée en raison du déferlement d?encre de la presse lors de la destruction ?secrète? de la maison mythique et magique vers novembre 2001. Cette mémoire volatilisée, perçue comme un sacrilège patrimonial. La sonorité odorante restituée du grand large, émeut aussi. Celle du revêtement originel de coraux rapportés lors de la construction initiale de La Nef après le cyclone de 1945, qui emporta la maison de ravenala du poète. Ici, la maison ne marche pas. Elle est ancrée à la falaise, à l?extrême sud de l?île. Elle regarde vers le large. La métaphore de La Nef, aux voiles déployées, est propice aux voyages intérieurs, aux échappées spirituelles du poète.

Se souvenir, n?est-ce pas un geste d?amour signifiant ? Puisque l?heure est au ?ressouvenir?, l?on rappellera qu?Emile Labat fit ses gammes sur sa maison à Riambel, pour parfaire l?unicité du sanctuaire, La Maison de Corail à Gris-Gris. ?uvre qui ne pouvait que répondre aux aspirations du poète, d?intimes qu?ils étaient. Hart est alors plongé dans son élément, ancré au grand large des coraux venus des brisants. Et s?installe la relation d?intense réciprocité du poète avec sa Nef. De cette maison, Gérard Fanchin écrit, ?elle est adaptée au tempérament, au caractère et au goût personnel de son propriétaire. Celui qui l?a construite est comme l?oiseau qui construit son nid?. De cette image de Jean Onimus, (Op. Cit. p.57), le chercheur prolonge sa citation : ?la joie qui fait chanter comme un oiseau celui qui construit sa maison, c?est la joie du poète, du créateur qui projette, imagine sa vie quotidienne et littéralement la construit à son image.? ?La maison? me ramène Bachelard en mémoire. Qui dit en substance, ?non seulement nos souvenirs, mais les choses que nous avons oubliées sont engrangées. Notre âme est une demeure. Et en se souvenant des maisons et des chambres, nous apprenons à demeurer en nous-même.? Ici, la maison ?se souvient?. Singulière par l?approche architecturale du géniteur, magnétique par la récurrence des coraux, telle une ?uvre d?Arman, elle devient, par dénuement intérieur, le lieu catalyseur d?une aire ascétique, à laquelle aspire Hart au déclin de sa vie. Maison-archives, mieux, conteuse de sa propre mémoire.

Les fibres de ce tissu vivant et celles de l?âme hartienne s?entrelacent. La Maison qui se souvient devient La Maison Corps et Ame. Magnifique entrée en matière de l?auteur, empruntée à l?Essai sur la poésie domestique-P.U.F, 1991, de Jean Onimus. ?En effet?, écrit-il, ?la Nef et Robert-Edward Hart, la maison et l?homme, demeurent indissociablement liés tant ils se sont mutuellement imprégnés, enrichis, l?un l?autre. Si le poète repose aujourd?hui au cimetière marin de Souillac, son âme a toujours habité La Nef.? Le ?toujours? de Gérard Fanchin implique une osmose instantanée. Alors qu?il s?agit d?épousailles ayant compté, en temps physique, moins d?une décennie. D?une vie qui en dénombre six. (Bientôt en librairie)

LE TRAIT D?UNION FLOTTANT : L?état civil mentionne seulement Edward Hart. Le prénom de Robert apparaît à son baptême. Sans trait d?union. Le poète introduira en son temps un trait d?union entre les deux prénoms : Robert-Edward Hart.

Jeanne Gerval AROUFF

Publicité