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La littérature mauricienne et sa face d?ombre
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La littérature mauricienne et sa face d?ombre
La littérature mauricienne, telle que nous la dévoile son parcours vers l?universel singulier (lire à ce sujet ?L?esprit littéraire mauricien?), négocie certainement le tournant le plus important de son histoire-à-venir qui marquera sa révolution d?une pierre blanche. Cependant, tel un marché lucratif, elle attire de nouveaux investisseurs. Certains marquent leur entrée avec succès, d?autres passent à côté. Nos lecteurs se sont déjà familiarisés avec les nouveaux arrivants qui ont su faire parler d?eux. Quant à ceux qu?ils ignorent ou méconnaissent, ce sont ces ?aspirants écrivains? qui sont cloîtrés dans la face d?ombre de la littérature. Leur nombre dépasse largement ceux dont on voit souvent le nom dans les quotidiens, les magazines et les revues littéraires. Il est temps de sortir ces auteurs de l?ombre, non pour en faire des écrivains ratés, ni pour nous forcer à reconnaître en eux des écrivains en herbe, mais tout simplement pour comprendre et partager avec eux ce qui constitue l?enjeu de leur démarche.
Certes, il n?est pas donné d?entrer comme on veut dans le milieu littéraire. Si la littérature commence avec l?écriture, si ce qui définit une ?uvre littéraire, c?est sa littérarité, il ne faut pas nier qu?il existe aussi un ensemble de rites qui font d?un auteur un écrivain. A voir le nombre de livres, tous genres confondus, qui tombent chaque semaine ou chaque mois sur les tables de nos chroniqueurs, on dirait que Maurice regorge de talents cachés, voire de petits génies. Mais quelle n?est pas la surprise aussi de constater combien sont ceux qui outrepassent les règles, les ignorent ou feignent de les ignorer, tout simplement pour forcer une réussite, ou pour se donner l?impression d?avoir réussi un beau coup, qu?est la ?parution? d?un livre !
Il n?est pas étonnant ainsi de constater combien le résultat de leurs travaux dégage souvent la maladresse due à certaines précipitations. Chez certains, on n?a pu s?empêcher de constater avec déploration l?empressement avec lequel, leur manuscrit une fois achevé, ils ont foncé chez le premier imprimeur du coin de la rue pour commencer la réalisation de leur maquette et fixer le tirage. L?apport d?une maison d?édition dans le travail qui consiste à finir une ?uvre est souvent considéré avec bien de négligence de la part de ces ?écrivains-à-venir?. Pourtant, dieu sait combien il est indispensable ! A moins que le refus de la part d?une maison d?édition ne devienne un défi. L?auteur, pour marquer alors sa victoire, prend les maisons d?édition comme de vulgaires intermédiaires qui tiennent lieu d?obstacle plutôt que de guides. Il faut donc les court-circuiter. Et voilà le manuscrit transformé en livre et l?auteur en écrivain.
La confusion règne à tous les niveaux. Certains se font appeler romancier, dramaturge ou poète avec un premier document non publié, donc pas disponible dans les librairies mais uniquement sur commande ? ou alors publié, mais refusé par nos librairies qui y voient un investissement inutile. D?autres osent proposer au grand public leur première réalisation artisanale comme le premier volume d?une série à venir. On a même vu l?introduction d?un livre devenir introduction sur soi (l?auteur). Enfin l?absence des lecteurs-correcteurs est plus que ressentie. Ces aspirants écrivains se font victimes de leur propre imagination croyant que la voie traditionnelle est réservée à une poignée de gens appartenant à un cercle fermé. Ils se font alors ?écrivains? par tous les moyens. Mais en apparence seulement. Car jamais un manuscrit imprimé ne fera d?un amas de pages une ?uvre. Jamais un nom inscrit en couverture d?un ?livre? ne fera, au hasard, d?un auteur un ?écrivain?. Il ne faut pas oublier qu?un livre relève de la seule littérature qu?il décide. A chacun de choisir. La ?littérature? ou sa face d?ombre ?
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