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La joie de l?indépendance
Liosa Hypolite, 38 ans, sourit en mettant son mouchoir devant sa bouche. Un réflexe conditionné par le fait de ne pouvoir lire et écrire correctement?. Jusqu?au début de l?année dernière, quand elle se rendait à la banque, elle devait demander au policier de faction de lui remplir son formulaire. C?est le même complexe que cultivait son collègue, Elvis Meunier.
Grâce à une initiative de Sukpak, ils font partie des dix employés qui ont pu suivre, sur leur lieu de travail, des cours d?alphabétisation fonctionnelle délivrés par Caritas île Maurice. Filiale du groupe Rogers, basée à Riche-Terre, Sukpak est convaincue que cet atout améliorera leur productivité.
Pour Liosa Hypolite, femme de pêcheur, mère de trois enfants, cette deuxième tentative aura été la bonne. Elle a tenté une première fois des cours pour les femmes de pêcheurs à la Nicolay Government School, mais l?expérience n?a guère été concluante. Elle avait pourtant de la volonté, car des souffrances, elle en a connues. Comme ce jour où elle a dû faire admettre un enfant à l?hôpital. Elle savait apposer sa signature, mais pas remplir le reste du formulaire. ?Monn gaign onte kan monn trouv personel lopital get moi ek koz angle ant zot. Mo ti sir zot ti pe koz moi.?
Etre illettrée dans son travail n?est pas un problème insurmontable car, chez Sukpak, elle est à la pesée et ?konn bann zero?. Mais quand l?entreprise la sonde pour voir si elle est prête à suivre un cours d?alphabétisation, elle est enthousiaste. Elle ne l?a jamais regretté. ?Mo kapav ranpli formiler, lir enn tigit lagazet, mem la Bible. Mo nepli gaign honte.?
Elvis Meunier a arrêté l?école en Standard VI. Il a accepté avec autant de spontanéité la proposition de l?entreprise. ?Mo maintenance officer kot Sukpak. Mo lav bann van ek mo bizin inscrir zot nimero dan liv. Me kouma mo pa konn lir, mo oblize diman lezot fer li. Kan zot la, okay. Sinon, mo perdi kas parski travay kinn fer pa lor record. Zordi mo kapav fer li. Monn gaign enn avanseman. Mo pa bizin fie lor dimounn. Sa finn sanz mo lavi.?
Ces cours d?alphabétisation fonctionnelle en français sont délivrés par Monique Calou. Très engagée dans la paroisse de St.-Malo, à Baie-du-Tombeau, elle s?est lancée dans l?alphabétisation auprès de Caritas île Maurice dans le but de venir en aide aux paroissiens analphabètes. Ceux qu?elle a encadrés, timides au départ, prennent désormais des initiatives. Comme elle habite non loin de Sukpak, elle a accepté la proposition de Josian Labonté, responsable du service d?alphabétisation fonctionnelle à Caritas, d?y enseigner deux fois la semaine. Elle est emballée par les progrès des apprenants.
Bien qu?il leur reste encore trois mois pour compléter leur cours, l?entreprise a déjà noté des améliorations dans leur travail. Ces cours ont développé chez eux l?esprit d?équipe et un sens d?appartenance à l?entreprise.
DÉCENTRALISATION
<B>Caritas cible les entreprises </B>
■ Elles sont peu nombreuses à avoir pris avantage du service d?alphabétisation fonctionnelle de Caritas, mais cela devrait changer. Car depuis juillet, la ?Mauritius Qualifications Authority? a reconnu ces cours. Les entreprises seront partiellement remboursées les Rs 5 000 versées par employé pour 220 heures de cours. Deux formules sont proposées : soit les entreprises délèguent des cadres qui sont formés afin d?aller former leurs collègues sur leur lieu de travail, soit un animateur de l?ONG est envoyé au sein de l?entreprise pour assurer la formation. Cette décentralisation n?est pas une nouveauté et cette ONG, engagée dans la lutte contre la pauvreté de l?avoir et du savoir mise beaucoup sur les cours qu?elle délivre dans 35 centres à travers l?île.
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