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La guerre Des prix
Faire de bonnes affaire, voilà qui n?est pas? une mince affaire. Il faut trouver le temps d?aller à la chasse aux bonnes occasions, avoir la patience d?attendre les aubaines ou éplucher les brochures de promotions. Si vous n?êtes pas sensibles à tout cela, si vous êtes du genre à acheter immédiatement que vous flanchez sur un produit, parfait ! Vous êtes la cible idéale pour les prix excessifs. L?écart des prix entre les boutiques est parfois effrayant? hallucinant même. Les témoignages sont nombreux.
Tenez, il y a cette cliente qui achète un coffret à bijoux garni de petites perles à Grand-Baie, à Rs 350. Un mois après, elle veut offrir la même boîte à quelqu?un d?autre et malheur, le même produit, exactement le même, coûte Rs 800 dans une autre boutique. Il y a aussi cette maman qui s?amuse à s?enquérir des prix d?un sac d?écolier Barbie partout où elle passe. Non, elle n?est pas un « sac mania ». Elle est juste curieuse de savoir jusqu?à quel point le prix d?un produit peut varier d?une boutique à l?autre, et d?une région à l?autre.
« J?ai acheté un sac à Rs 75. Je vais plus loin et je retrouve le même sac en promotion mais à Rs 125. En ville, il vaut Rs 170. Je me dis que j?ai eu de la chance. »
Le pire dans tout cela, c?est qu?on a beau se jurer, après de mauvaises expériences, que l?on ne vous y reprendra pas, mais c?est plus facile à dire qu?à faire. On n?a pas toujours le temps d?arpenter toutes les boutiques et d?analyser toutes les brochures. Et les consommateurs se plaignent. Non seulement ils trouvent que tout est trop cher, mais ils ont peur de se faire arnaquer, de payer quelque chose plus cher qu?ailleurs et à un prix injustifié. Même la frénésie des foires semble se calmer. « Avant on dénichait les meilleures affaires à la foire, mais aujourd?hui on paye parfois plus cher qu?en magasin. La foire de Quatre-Bornes, n?en parlons pas ! Ce sont les acheteurs réunionnais qui ont causé la hausse des prix », avance une habituée des foires.
<B>Différents fournisseurs, différents prix</B>
Dans les boutiques, on essaye tant bien que mal de justifier les prix et les différences de prix. Une commerçante d?un magasin de déco assure qu?avec la compétition qui prévaut, personne n?a intérêt à abuser sur les prix. « Je peux comprendre qu?un article coûte tant dans une boutique et deux fois plus ailleurs. Il faut savoir que nous n?achetons pas tous auprès des mêmes fournisseurs et que ces derniers ont des prix différents. » Il faut prendre également en compte que certaines boutiques achètent en volume et automatiquement les prix sont moindres. « Ca dépend aussi des pays de provenance. Un fournisseur européen peut passer une commande de sa création en Chine parce que la main-d'?uvre est bon marché. Le fabricant chinois peut lui faire quelques milliers en plus pour l?écouler sur le marché local. Celui qui vient d?Europe va coûter plus cher, celui qui vient directement de Chine ne coûtera pas grand chose. Même si les articles sont identiques. »
D?un autre côté, si on peut faire des bonnes affaires dans les rues, c?est que les « ambulants » pratiquent dans l?illégalité. Ils ne payent aucun permis, aucun loyer, ils n?ont pas à installer un climatiseur dans leur boutique ni à payer du personnel. Leurs frais sont moindres et ils peuvent se permettre des prix compétitifs. De toute façon, on ne force pas la main du consommateur. C?est ce qu?on vous dira dans les boutiques. En d?autres mots, c?est à vous de faire votre choix et de l?assumer. « Personnellement, je dirai que chaque consommateur est libre de son choix. S?il se fait arnaquer, il est quelque part fautif. Les gens devraient être des acheteurs moins impulsifs et plus réfléchis. Il faut aller voir ailleurs et marchander », conseille Jimmy Siew, un des directeurs de London Way, Ébène.
« Le principe de la liberté des prix devrait avoir pour objectif la compétition, donc des prix compétitifs », explique Jayen Chellum, de l?Acim. Les responsables des grandes surfaces sont unanimes. Ils considèrent qu?à la fin de la journée, le consommateur sort gagnant s?il fait jouer la concurrence, confronte les prix entre eux pour optimiser son acte d?achat. Mais le client qui a pris l?habitude d?être sur ses gardes n?avale pas tout. « En jonglant entre les brochures de promotions des grandes surfaces, on pourra payer les papiers toilettes moins cher, mais les boîtes de lait qu?on achètera par la même occasion sont plus chères qu?ailleurs. En plus on se laissera tenté par cet article dont on n?a pas vraiment besoin », lâche quelqu?un lors d?une discussion sur le sujet. « C?est pour liquider les stocks qui restent », ajoute un autre. « Ils baissent ici et augmentent là-bas », s?aventure un autre. « C?est pour se débarrasser des produits qui arrivent à la date de péremption », lance un cynique.
De quoi faire mal aux directeurs de grandes surfaces qui clament leur bonne foi ! « Le métier d?une grande surface consiste à vendre à bas prix. Nous sommes conscients que les clients d?aujourd?hui sont des zappeurs. Ils vont là où c?est moins cher. C?est pour cela que nous essayons tous d?offrir de bonnes promotions selon l?offre des fournisseurs.
Le consommateur est donc gagnant », explique Pascal Tsin, directeur de Super U. Les autres supermarchés et hypermarchés fonctionnent sur le même principe. Ils établissent en début d?année un calendrier promotionnel avec des dates et des thèmes de campagnes publicitaires. Leurs fournisseurs leur font des offres par rapport à leurs calendriers.
Jayen Chellum de l?Association des consommateurs ne mange pas de ce pain. « Il faut souligner que le marché mauricien a une particularité. On parle de compétition mais souvent beaucoup de secteurs, de produits comme de services, sont monopolisés par les mêmes fournisseurs, ce qui fait qu?il n?y a pas de vraie compétition. » Jimmy Siew de London Way souligne que les fournisseurs ont tout intérêt à faire des remises. « La compétition existe déjà entre les fournisseurs. Il y a une bagarre des prix entre eux pour que leurs produits soient référencés dans une grande surface. Ainsi les commerçants en retirent des avantages et en font profiter leurs clients. » Gilles Blin, directeur de Somag qui gère les hypermarchés Jumbo et Spar, fait ressortir par ailleurs que les petites boutiques achètent dans les grandes surfaces. « C?est signe que nous pratiquons de bons prix. En plus nos promotions ne concernent pas que les prix, il y a aussi les cadeaux, les jeux concours, les dégustations. »
<B>Le « market day » au detriment des marchands de bazar</B>
À ceux qui s?offusquent de payer plus cher dans les boutiques du coin, Pascal Tsin de Super U réplique que ces dernières n?ont pas le choix. « Elles n?ont pas la même vocation que nous. Elles fonctionnent plus comme des magasins de dépannage. Elles comptent sur des occasions et font donc payer un peu plus cher. » Bernard Ah Ching de Winners note que la force des grandes surfaces c?est qu?elles achètent des volumes importants : « Comme on a treize supermarchés dans l?île, on achète en lot et on peut négocier les prix. » C?est ainsi que les market day en grande surface remportent du succès au détriment des marchands de bazar.
Et si les prix promotionnels pouvaient s?échelonner sur toute l?année ? Cela dépend des fournisseurs, du stock. Les promotions ne fonctionnent pas de cette façon essayent d?expliquer les commerçants. Jumbo a essayé en 2003 ce qu?ils appelaient le « every day low price » mais ça n?aurait pas donné de bons résultats. « Les clients sont plus sensibles aux promotions. Si on pratiquait un prix moyen tout au long de l?année, ils croiraient qu?on ne fait jamais de promotion et ils iraient chez nos concurrents », reconnaît Gilles Blin. Même son de cloche du côté de London Way : « On a envisagé cette formule mais pour que ça marche, il faudrait une bonne campagne de communication. Ce genre de pratique ne peut marcher qu?à long terme », analyse Jimmy Siew.
Prix cassés sur tous les produits pendant toute l?année? Parfois il y a de vraies soldes, des coups de balai phénoménaux lors des déstockages. On se lève alors à l?aube pour aller faire la queue et on s?offre un ventilateur à Rs 100. Ah, si on pouvait faire de bonnes affaires tous les jours ! Encore heureux que rêver ne coûte rien.
<B>Les règles du prix</B>
Si le gouvernement ne peut pas contrôler les prix des articles, sa Consumers Protection Unit a quand même le pouvoir d?intervenir en cas d?exagération sur les prix. « Ce qui importe,c?est que le consommateur vienne rapporter le cas, s?il sent qu?un prix est excessif. Nous pourrons mener une enquête et s?il le faut essayer de rectifier le tir », explique Vinod Seeruttun, Acting Principal Consumer Protection Officer.
Une market monitoring unit a été instituée en décembre 2004 pour justement voir l?évolution des prix des articles. « À la lumière de nos constats, nous prendrons des dispositions. Je ne peux pas dire lesquelles pour le moment mais nous agirons. » En juin 2004, un touriste s?est plaint d?avoir acheté un article d?imitation au prix de l?original. « Nous sommes a1lés enquêter sur place et si le commerçant a nié le fait que ce soit une imitation, il a quand même accepté de reprendre l?article et de rembourser le client. » À savoir : il existe à Maurice deux systèmes de fixation de prix. Le maximum price ou prix fixés concernent les produits suivants : le ciment, les barres de fer (sauf les 6 mm), le gaz ménager, le kérosène, l?essence, le diesel, les fertilisants, la farine, le sucre et le riz ration. Les prix de ces produits-là sont fixés par le gouvernement, les commerçants peuvent vendre ces produits moins chers mais jamais plus chers. Il existe une autre catégorie d?articles qui tombent sous la bannière du mark-up price. Il s?agit des fruits frais importés, du bois, des pneus, des produits pharmaceutiques et du lait pour bébé. Dans ces cas-là, les commerçants doivent vendre avec une marge de profit imposée par le gouvernement.
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