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La fusion objet-espace chez Xtine Liu

29 juillet 2007, 00:00

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Xtine Liu, Mauricienne d?origine chinoise, aux racines profondes et diversifiées, partie en France, pays qui l?initie aux différentes techniques des arts plastiques puis à la Réunion où elle transmet et partage connaissances et savoir-faire, revient au pays natal le temps d?une exposition à la galerie IBL, à Port-Louis. Une présentation au public mauricien de son âme d?artiste. Une démonstration qui s?est achevée vendredi dernier. À nous d?essayer d?en décrire le contenu.

L?artiste nous guide vers l?entrée de son bazar imaginaire où, à la manière d?un néo-Malraux, elle range, avec le brin de nostalgie qui convient, les couleurs et les appels sonores de l?île Maurice populaire et éternelle qui claironnent dans le c?ur et la mémoire vive de tout Mauricien digne de ce nom.

En passant, on prend le temps des brassées florales et de s?en émerveiller, étalées qu?elles sont sur les cimaises, hésitant entre des peintures-références. Un brin de Matisse pour les formes allongées et rêveuses. Un brin de Dufy pour les formes simplement accentuées par une touche de pinceau plus foncée que la couleur-espace. Un brin de Chagall pour la poésie délicate et biblique des objets.

Entre certitude et poésie

Et soudain? au détour d?une allée? la Chine omniprésente avec ses rites millénaires? Chine ou Japon ?? Empire céleste? soleil levant? ou matin calme ? La question est accessoire. La réponse demeure la même. Dans ces pays d?Extrême-Orient, on ne boit pas une tasse de thé? On savoure un instant d?éternité. Dieu ! que nous sommes loin des ène tasse di thé? ène blanc tiède ek so la mousse? ou sans pagne? le tout annoncé le plus bruyamment possible? à croire qu?il convient que la Montagne des Signaux soit au courant de ce que je consomme, dans l?endroit crasseux pompeusement baptisé l?hôtel di thé.

Chez Xtine Liu, le contenant et son environnement valent largement le contenu de la théière chinoise ou du thermos de la même sphère géographique. Avant la tasse, un temps de recueillement s?impose, semblable à celui de nouvelles communiantes se préparant à recevoir la sainte hostie. Le thé se consomme d?abord en esprit. L?imagination s?éveille et se délecte à l?idée que ce breuvage revigorant et brûlant de pérennité se glissera à l?intérieur de notre être, de notre moi profond !

Xtine Liu peint avec talent cet instant d?adoration quand l??il se remplit de cette vision succulente : une théière où s?opère la fusion du Camellia sinensis et l?eau la plus pure, sortant tout juste du bouillonnement que procure le feu, don céleste à l?homme préhistorique.

Une partie de théière ou de thermos, émergeant d?un espace végétal aux couleurs diaphanes, suffit pour créer le décor approprié à un nouveau mystère existentialiste. Quelques fleurs parsemées (mais pas une de trop) pour nous rappeler que la nature qui nous environne est simplement merveilleuse. Elle peut nous porter au bord du ravissement. Faut-il encore que nous nous prêtions aux rites d?intériorisation nous permettant d?élever notre âme jusqu?à ce point de rupture.

Il suffit cependant de se laisser porter par les courants artistiques que dépeint habilement Xtine Liu. Sa peinture se veut fluide. Les contours n?existent pratiquement pas, sinon dans ses ?uvres peut-être moins réussies que les plus poétiques. Il nous faut deviner la forme émergeant paresseusement de l?espace qui l?environne. À croire qu?il dépend du regard d?autrui qui se porte sur lui pour le convaincre de sortir ou non de cet entre-deux où il se complaît, entre réalité et imaginaire, entre certitude et poésie, entre l?être et le vaporeux.

Chez elle, l?espace prend autant de place que l?objet du tableau. L?élément ne cède jamais ses droits devant l?objet qu?il porte en son sein. Les tableaux s?enchaînent parfois pour nous rappeler l?effet papillon qui fait que le battement de cil de l?Autre, de l?être aimé, peut nous émouvoir pour toute une éternité.

L?écriture devient objet décoratif

La descente de cet Olympe artistique n?est guère aisée. Du bazar de son enfance, Xtine Liu rappelle essentiellement le choc des images et des sonorités qui les baptisent. Le kréol est ici de rigueur avec sa force la plus brutale et ses sonorités explosives. What zatte ? À peine a-t-on le temps de s?interroger que les réponses fusent plus flamboyantes qu?un feu d?artifice sonore. Nous avons alors droit au kokom, au manzé aigre, au zolive, à la mang konfi, aux zallimettes, au ker dé bèf, au disel pima, au zasar mang, au kayé dévoir, à l?anglais potisse ou à l?alouda frappé. Il suffit de fermer les yeux pour que le éna zamblon nous perce le tympan. Gardons les yeux fermés et nous apprenons de nouveau que ce n?est pas zérin ki gazouillé mais mo l?âme ki monte dans les zairs.

Chez la plupart des artistes, l?écriture est toujours de trop dans une peinture. Nous devons, en effet, tenir en suspicion toute peinture recourant aux mots, sinon aux bulles de BD pour s?expliquer et se faire comprendre. Chez Xtine Liu, l?écriture, parfois manuscrite, parfois typographique, devient objet décoratif, au même titre qu?une fleur, qu?un brin d?herbe, que l?anatomie d?une feuille. Ne dit-on pas d?ailleurs : le langage des fleurs ou des signes. L?écriture chez elle se fond également dans la nature même quand elle cherche à s?effacer. Sa pâleur la fait devenir apparente.

Philosophique et mystique

Xtine Liu côté bazar ou côté Chine ? Où diriger nos préférences ? N?allumons surtout pas une nouvelle querelle des rites chinois en ces temps où semble renaître un impérialisme dogmatique qu?on pensait enseveli dans les rejets de Vatican II. On peut deviner qu?une peinture aussi philosophique, aussi mystique que celle de Xtine Liu trouve davantage grâce dans des grands centres où les amateurs de Beaux-Arts sont moins englués que nous dans l?extase que procurent nos merveilleux paysages recréés sur toile par nos peintres les plus doués.

Elle ouvre cependant de nouveaux espaces dans le panorama de la peinture mauricienne. D?ores et déjà, nous attendons sa prochaine exposition dans son île natale qu?elle transporte toujours dans son c?ur comme dans sa mémoire vive. Revient donc le temps de déguster le thé vert que nous offre cette âme nostalgique hésitant entre peinture, poésie et mystique.

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