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La frustration des boulangers
« C?est comme crier dans le désert. » Deux semaines après avoir lancé un ultimatum au ministère du Commerce, les boulangers, au nombre d?une centaine, attendent en vain une réaction. « Tou banne commerçants ainsi ki banne boulangers pé frustre. Le ministre Jeetah fait la sourde oreille », peste un boulanger.
Ce silence radio est mal interprété. « On s?attendait à ce qu?il réagisse. De toute façon, le go-slow que nous envisageons est prévu pour mardi », rappelle un collègue. L?express dimanche s?est aussi heurté au silence du ministère du Commerce. Nos nombreux appels sont restés sans réponse?
Les boulangers réclament une hausse de 90 sous du prix du pain maison qui se vend actuellement à Rs 1,35. Raisons évoquées : des coûts de production qui ne cessent de grimper depuis juillet 2004, après une première augmentation de 15 sous du prix du pain. « Le diesel a augmenté six fois depuis, représentant une hausse de 67 %. Avant, le boulanger dépensait aux alentours de Rs 93 000 par mois pour le diesel. Aujourd?hui, cette dépense frôle Rs 156 000 », déclare Nasser Moraby, le vice-président de l?Association des boulangers.
La hausse de 50 % des salaires des employés de la boulangerie recommandée par le National Remuneration Board (NRB) a aussi été perçue comme un coup de massue. Sans oublier l?augmentation de 17 % du prix de la farine. « 50 kg de farine coûtaient Rs 205, mais maintenant il faut débourser Rs 240. Journellement, un boulanger utilise 20 à 25 sacs de farine de 50 kg. Faites le calcul. » La production du pain maison absorbe environ 20 sacs de farine quotidiennement.
Les associations pour la défense des consommateurs n?en démordent pas et rétorquent que la hausse souhaitée du prix du pain est injustifiée. Elles arguent que les boulangeries font suffisamment de profit en proposant des pains spéciaux et de la pâtisserie. « Les associations de consommateurs lancent à chaque fois le même argument », tempête un boulanger de Vacoas. « Ce qu?elles ne savent pas, c?est que ces produits se vendent mieux en ville. »
Les consommateurs ne voient pas cette hausse annoncée d?un bon ?il. « Passé neuf heures, on ne trouve plus de pains maison dans les boulangeries », fulmine Madhuri, une fonctionnaire. Les boulangers répliquent que la vente de ce pain ainsi que du pain « rond » se fait de 22 h 00 jusqu?aux alentours de 7 h 30. « Après 8 h 00, dipain la pas vende parski pena client mem pou aste sa. »
À ce rythme, prévoit l?Association des boulangers, les commerces vont devoir fermer boutique. « Deux boulangeries, l?une à Curepipe et l?autre à Vacoas, ont dû fermer boutique. Une troisième à Beau-Bassin tourne au ralenti. Manier nou trouve beaucoup pou bisin al dans sale by levy. » Si les propriétaires de boulangeries mettent leur menace à exécution, le pain maison risque de manquer ce mardi.
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