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La France pousse Aristide à la démission
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La France pousse Aristide à la démission
La France a lâché Jean-Bertrand Aristide, alors que les insurgés sont aux portes de Port-au-Prince. Le président haïtien est instamment invité à se démettre. La communauté internationale était engagée dans un bras de fer pour maintenir Aristide en place et partager le pouvoir avec l?opposition démocratique. Mais ce compromis a été repoussé par les opposants.
Jean-Bertrand Aristide et son épouse Mildred Trouillot ont envoyé leurs deux filles aux Etats-Unis. De son côté, le premier ministre, Yvon Neptune, maintient que le président doit «terminer son mandat constitutionnel de cinq ans».
«Une course de vitesse est engagée entre les partisans de la violence et ceux qui espèrent encore une solution pacifique, a déclaré le ministre français de affaires étrangères, Dominique de Villepin, mercredi 25 février. C?est bien aujourd?hui le risque du chaos qui menace Haïti». «Quant au président Aristide, il porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle. Il lui appartient d?en tirer les conséquences dans le respect du droit. C?est sa décision, c?est sa responsabilité, a-t-il poursuivi. La voie est étroite car il nous faut à la fois prendre en compte le respect des principes démocratiques et constitutionnels refusant que la force puisse avoir le dernier mot, et faire face à la réalité ? un régime aujourd?hui dans l?impasse et qui s?est déjà affranchi de la légalité constitutionnelle».
«Une chance à la paix»
A Cap-Haïtien, le chef des insurgés, Guy Philippe, a précisé leurs intentions : «Nous voulons capturer le président pour le juger pour crime de haute trahison, assassinats, vols, etc.». Port-au-Prince «est déjà presque entièrement encerclée, a-t-il souligné. Pour l?instant, nous procédons à l?identification des forces qui restent à Jean-Bertrand Aristide. Si nous n?avons pas encore attaqué Port-au-Prince, c?est pour donner une chance à la paix. Si Aristide s?en va, nous déposons les armes».
La France propose la mise en place immédiate d?une «force civile de paix», ainsi que l?acheminement d?une aide humanitaire internationale, l?envoi d?observateurs des droits de l?homme, une assistance internationale pour préparer l?élection présidentielle et l?engagement à long terme pour la reconstruction économique et sociale du pays.
La proposition française d?une force internationale de paix n?est plus exclue par les Etats-Unis. «Consécutivement à un règlement politique, nous encourageons la communauté internationale à apporter sa contribution pour assurer la sécurité, a déclaré le président américain George Bush. Mais la première chose est de travailler à une solution politique». Le Canada, qui a envoyé neuf soldats en Haïti pour protéger son ambassade, partage la position de Washington. Le Conseil de sécurité de l?ONU devait tenir jeudi une réunion urgente sur Haïti. L?Organisation des Etats américains (OEA) a convoqué son conseil permanent.
Evoquant l?arrivée éventuelle de troupes étrangères pour restaurer la paix, Evans Paul, porte-parole de l?opposition démocratique haïtienne, a choisi la dérision : «Plutôt que de nous envoyer des milliers d?hommes, la communauté internationale ferait mieux de nous débarrasser d?un seul homme».
Le Quai d?Orsay avait annoncé une réunion à Paris, avec des représentants de l?opposition et du gouvernement d?Haïti, pour reprendre les discussions avec la communauté internationale. Micha Gaillard, porte-parole de la Plate-forme démocratique, affirme que rien n?est fait, même si certains opposants sont en contact avec la France. L?envoi à Paris d?une «délégation privée» a été évoqué, mais l?objectif aurait été simplement de mieux expliquer la situation au gouvernement français. Selon M. Gaillard, aucune date n?a été fixée, la composition de la délégation n?est pas arrêtée et personne n?a reçu d?invitation formelle.
Le dirigeant de la Plate-forme démocratique réaffirme le refus catégorique de l?opposition d?entamer des pourparlers avec des représentants du gouvernement ou du parti présidentiel Lavalas, que ce soit à Paris ou ailleurs. Le départ du président Aristide reste, à leurs yeux, le préalable à toute solution politique.
Compte tenu de la détérioration de la situation sur le terrain, Micha Gaillard hésite d?ailleurs à quitter Haïti, de peur de ne pas pouvoir rentrer. Depuis la prise de Gonaïves par les insurgés, le 5 février, les événements ont provoqué la mort de soixante-dix personnes. A Port-au-Prince, les leaders de l?opposition sont toujours accompagnés de gardes du corps et se déplacent avec beaucoup de prudence. Certains ne dorment jamais deux nuits au même endroit.
A Paris, les opposants haïtiens se mobilisent et organisent une manifestation, aujourd?hui, au départ de la Maison de la Radio à 15 h 30.
Yves Eudes
Paulo A. Paranagua
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