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La foi motrice

6 juin 2007, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

En ces temps où on parle tant de la nécessité d?un changement des mentalités, certaines explicitations sont souhaitables. D?abord le terme même de changement mérite un éclairage. Le changement implique qu?on passe d?un état à un autre. Pour qu?il soit possible, un certain nombre de facteurs doit être réuni. Or, à Maurice, il semblerait qu?on a fait le choix de construire toute une théorie à partir de quelques sophismes.

La transformation d?une nation est-elle possible avec la seule métamorphose de l?homo economicus? C?est bien le pari, le défi que les dirigeants de ce pays ont lancé à la population. A y voir, même de loin, ils s?y prennent très mal.

Ce qui est vrai, c?est que le changement des mentalités est le postulat qui permet une évolution sociale. Avec une différence fondamentale entre changement et évolution. Toute confusion à ce niveau ne peut que coûter un peu plus de temps dans le passage d?un état à un autre. C?est la première erreur à ne pas commettre.

Le deuxième postulat concerne la capacité d?une société à agir sur elle-même. A ce chapitre, tout un travail d?introspection est à faire. L?île Maurice s?est habituée à vanter ses valeurs ancestrales, son aptitude à entretenir des relations de bon voisinage, sa propension à une certaine forme d?édification cultuelle. Ce sont des traits de caractère qui permettent à une société de suivre, avec plus ou moins d?aisance, le courant. Mais dès qu?un changement radical est exigé, les repères classiques ne servent plus à grand-chose. Et là s?installe le temps du confusionnisme. C?est dans cette phase que se retrouve l?île Maurice depuis quelque temps.

Les décideurs auront beau plaider pour un changement des mentalités qu?ils ne récolteront que de l?incompréhension de la part du public. Si un homme pouvait ne changer que d?attitude économique, ce serait un magicien. Le même type d?alchimie que le ministre des Finances explique ne pas pouvoir assurer. De la même manière, si le Mauricien doit changer de manière d?être et de penser, il est supposé passer de l?état d?un homme traditionnel à celui d?un homme moderne qui aura accompli la révolution morale et intellectuelle nécessaire à son adaptation aux temps exigeants. Est-ce ce qu?on veut pour la population mauricienne aujourd?hui? Cette question, on ne se la pose pas. On la subit comme une vérité ultime. C?est un concept totalitaire. Le règne d?une fabulation où le bonheur se résume à être un accessoire de toilettes pour être un peu plus présentable au sein de la société. Cette aberration n?est pas le seul fait des dirigeants et décideurs. Elle participe d?un vide conceptuel. D?une incapacité congénitale à la société mauricienne à se regarder sans les référents de la réussite et de la promotion sociales. D?une obsession à courir après le temps et le gain. Et évidemment l?oubli dans l?activisme.

Cela ne nous empêche pas pour autant de poser la question du changement des mentalités. Car elle implique une autre question, plus fondamentale. Une société se structure à travers les courants de pensées souterrains qui la traversent. A Maurice, on retrouve à cet effet une plus grande inclinaison à subir la société plutôt qu?à vouloir la transformer, en sachant au plus profond de nous-mêmes que l?un accompagne l?autre. Pourtant, il semblerait qu?on fait davantage le choix de la subir, cette société. Elle serait seule porteuse de vérité. Si on devait ainsi constituer une histoire des mentalités à Maurice, elle risque d?être très fade et prosaïque. La pensée collective est fragmentée. Il ne s?agit pas d?un quelconque hyper individualisme. Il s?agit d?une pensée lisse et conformiste et conservatrice. Il risque de manquer de conjonction si on devait poursuivre cet exercice taxinomique.

Il reste qu?aujourd?hui, là où la parole d?autorité s?exprime, elle est, au mieux, en rupture avec les aptitudes de changement des individus et, au pire, d?une totale atonie.

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