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La fièvre du Nobel

9 octobre 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les spéculations vont bon train. Qui sera le Nobel de littérature 2008 ? Si le nom de Le Clézio circule avec persistance, le verdict sera connu aujourd?hui.

Mais qu?en pense le principal concerné ? Dans un récent entretien accordé à Le Point, à la question, «On vous dit nobélisable. Imaginons que demain vous receviez le prix Nobel de littérature. Qu?auriez-vous envie de dire lors de la cérémonie de la remise de prix ?», Jean Marie Gustave Le Clézio répond, «C?est une question très hypothétique ! Je ne sais pas pour le prix Nobel, mais je sais ce dont j?aimerais parler publiquement. J?aimerais parler de la guerre qui tue les enfants. C?est, pour moi, la chose la plus terrible de notre époque. La littérature est aussi un moyen de rappeler cette tragédie et de la remettre sur le devant de la scène».

Et Maurice dans tout cela ? Le Clézio ne fait pas mystère de ses origines mauriciennes. Issu d'une famille bretonne et britannique ayant émigré à l'Ile Maurice, Jean-Marie Gustave Le Clézio est né à Nice le 13 avril 1940.

Une île présente par intervalle dans son ?uvre. Exemple, dans Ritournelle de la faim, son tout dernier ouvrage paru cette année chez Gallimard, l?un de ses personnages, Alexandre Brun est un «affairiste maladroit», qui vient de l'île Maurice. Un personnage qui appartient au «clan des Brun, ces Mauriciens au parler fort, au rire communicatif, dotés d'humour et de méchanceté, capables de tenir tête à n'importe quel discoureur, fût-il parisien».

Visiteur régulier depuis quelques années, c?est un prix littéraire qui le ramène chez nous : le Prix Jean-Fanchette, qui récompense à tour de rôle la nouvelle, la poésie, le théâtre et cette année le roman.

Issa Asgarally, coordonnateur du prix est sans doute celui qui côtoie plus Le Clézio durant ses séjours mauriciens. «contrairement à ce qu?e l?on dit, je ne suis pas son garde du corps», dit Asgarally d?emblée. Non sans humour, il explique : «le secret de ma relation avec lui c?est que je ne lui parle pas de son travail».

Un auteur qu?il présente comme un homme réservé, «à première vue pas accessible et qui fait perdre ses moyens même aux plus grands journalistes». Comportement type de Le Clézio : «quand il ne connaît pas quelqu?un, il reste dans sa coquille. Il n?est pas bavard. Il n?est pas comme nous, à parler sans rien dire».

Plutôt intimidant. Asgarally, qui n?en disconvient pas, raconte les circonstances de sa première rencontre avec l?auteur. Comment un jour, Jemia Le Clézio, l?épouse de Jean Marie, l?a appelé en disant qu?ils ont eu ses coordonnées par Philippe Rey, éditeur à Paris, lui aussi d?origine mauricienne et cousin éloigné de Le Clézio. L?invitation étant étendue à l?épouse d?Issa Asgarally, Sarojini, celle-ci a donc préparer un briani, qu?ils ont mis dans le coffre pour le voyage jusqu?à Trou-d?Eau-Douce, là où logeaient les Le Clézio. «Finalement, ils ont délaissé tout ce qu?ils avaient préparé pour manger le briani», se souvient Issa Asgarally.

Après le repas, place à une balade, «sans rien dire». Les relations s?installent véritablement quand Asgarally sollicite Le Clézio pour être président du jury du prix Jean-Fanchette. «Quand Philippe Rey, qui était chez Stock a publié L?île Equinoxe de Fanchette, Jean Marie a écrit un article dessus dans le Nouvel Observateur, il a aussi écrit sur Chazal. C?est comme cela qu?il sera président du prix pour la quatrième année consécutive».

Quelle attitude Le Clézio adopte-t-il face à d?autres auteurs mauriciens ? Quand il est là, Le Clézio est très sollicité, «chaque auteur veut lui soumettre un parfois deux manuscrits», dit Asgarally. A la sortie d?Indian Tango, le dernier roman d?Ananda Devi, Le Clézio l?a soutenue par le biais d?un article dans le Nouvel Observateur.

«Je ne sais pas pour le prix Nobel, mais je sais ce dont j?aimerais parler publiquement. J?aimerais parler de la guerre qui tue les enfants. C?est, pour moi, la chose la plus terrible de notre époque»

«Le Point»</I>

Dans un autre entretien à Le Point, il devait mentionner Abhimanyu Unnuth, «que j?ai découvert récemment à l?occasion de la parution de la nouvelle traduction de son livre Lal pasina. C?est un roman qui peut par certains côtés rappeler Eugène Sue». Maurice, auquel il est aussi relié par sa «vocation» d?écrivain. Un «passe-temps soigneusement entretenu par mon entourage - ma mère, ma grand-mère, mes lointaines cousines de Maurice avec qui j'échangeais mes romans», livre-t-il au fil des interviews. «Il a tenu à faire la queue comme tout le monde, pour les formalités pour avoir un passeport», témoigne Issa Asgarally.

Un pays qu?il a exploré dans Sirandanes, suivies d'un petit lexique de la langue créole et des oiseaux, livre co-signé par Jean Marie Le Clézio et son épouse, paru en 1990. Maurice dans son oeuvre c?est surtout Le chercheur d?or, paru chez Gallimard en 1985. Où l?on suit les déboires d?Alexis de la maison familiale à Rivière-Noire, les circonstances qui forcent la famille à s?installer à Curepipe, avant que la fièvre de l?or ne pousse Alexis à Rodrigues.

Sans compter qu?il a aussi publié en 1997 un Voyage à Rodrigues, récit du pèlerinage de JMG Le Clézio sur les pas de son grand-père, Mauricien, chercheur de trésor

Auteur inclassable, Jean Marie Le Clézio acquiert la notoriété dès son premier livre, le Procès verbal, publié en 1963, récompensé du Prix Renaudot. Depuis Le Clézio est qualifié d?écrivain du silence, des mots étrangers, qu?il intègre dans ses textes en faisant le choix de ne pas les traduire. Ecrivain des émotions, des marginaux. Qui, s?il a beaucoup voyagé, affirme paradoxalement qu?il n?aime pas les voyages.

Quand on lui demande, «où aimeriez-vous être enterré ?» Il répond : «Sur une île !» Serait-ce la nôtre ?

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