Publicité

La fin controversée de Saddam Hussein

30 décembre 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le « boucher de Bagdad », Saddam Hussein a été exécuté à 6 h 05 hier matin, heure de Bagdad. Vêtu d?une combinaison de couleur verte et d?une cagoule, selon la procédure, il est monté à l?échafaud, en présence de ses proches et de quelques témoins officiels. Certaines sources ont également laissé entendre que le demi-frère de Saddam Hussein, Barzan al-Tikriti, ex-chef des services de renseignements, et l?ancien président du tribunal révolutionnaire, Awad al-Bandar, auraient été pendus peu après.

Dès la nouvelle de l?exécution de l?ancien dictateur connue, nombreux ont été ceux qui ont réclamé une preuve visuelle de sa mort. Mais en raison de lois internationales sur les droits de l?homme, aucune image n?a été retransmise à la télévision.

<B>« Il est mort sur le coup »

« Cela s?est passé très vite. Il est mort sur le coup », a déclaré à l?agence de presse Reuters, un responsable irakien qui a assisté à l?exécution. L?ancien président, a-t-il ajouté, avait les mains liées et les jambes entravées. Le visage de Saddam Hussein n?était toutefois pas dissimulé. Ce dernier semblait calme et a dit une brève prière, tandis que des policiers lui passaient une corde autour du cou.

Des manifestations de joie ont éclaté un peu partout à Bagdad peu après la mort du dictateur. Les habitants de la ville se sont rassemblés autour de l?endroit où a eu lieu l?exécution avant de « danser autour de la dépouille de l?ancien dictateur ».

Mardi dernier, la confirmation par la cour d?appel de sa condamnation à mort dans les 30 jours, avait marqué le début du compte à rebours pour Saddam. Dès lors, un climat de grande confusion avait régné dans cette affaire. Des rumeurs prédisaient sa pendaison vers la fin janvier, voire au début du mois de février. Mais des sources proches du gouvernement irakien avaient laissé entendre à l?administration Bush que la mort de l?ex-dictateur était imminente.

Mais en fin de matinée hier, le suspense avait débuté au moment où les avocats de l?ex-dictateur ont affirmé avoir appris des autorités militaires états-uniennes que Saddam Hussein avait été remis aux mains des dirigeants irakiens. Cette dernière étape avant l?exécution laissait ainsi croire que les heures de l?ex-raïs étaient comptées. Or, cette information a, par la suite, été démentie par le département d?État américain et les diplomates sur place.

Avec son exécution s?achève le cycle des procès esquissés contre l?ex-raïs, qui comparaissait depuis l?été dernier dans le cadre d?une autre procédure, pour génocide cette fois, liée aux massacres de Kurdes lors de la campagne Anfal ? dont le gazage d?Halabja, où quelque 5 000 personnes ont péri en mars 1998.

Des associations de défense des droits de l?homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont dénoncé les conditions jugées inéquitables du procès d?un homme dont le règne a été marqué par des atteintes massives aux droits de l?homme et des répressions sanglantes. Aux États-Unis, le président George Bush a estimé que la mort de Saddam Hussein constituait une « étape importante » du processus de démocratisation de l?Irak.

<B>Réactions</B>

■ <B>Cassam Uteem, ancien président de la République</B> : « Je pense qu?il a été un dictateur et il n?y a pas de doute qu?il a commis des crimes contre son peuple. Cependant, il n?a pas eu un procès équitable et la cour mise en place par les autorités irakiennes, avec le soutien des Américains, ne pouvait rendre justice à Saddam. Je condamne la mise à exécution de la sentence de la cour le jour de la fête Aïd el Adha, et j?espère que les sunnites ne vont pas réagir émotionnellement. »

■ <B>Jim Seetaram, avocat </B>: « La Justice irakienne a très bien fait, toutes les procédures ont été respectées. C?était une issue attendue, en regard des provisions de la justice en Irak, qui prévoit la peine de mort pour les crimes dont s?est rendu coupable Saddam Hussein. Son exécution permettra à l?Irak d?aller de l?avant. Il faut juste espérer que cela n?envenime pas la situation entre l?occident et le monde musulman. »

<B>Vingt-quatre ans de règne sanglant</B>

■ 1956-1959 : Né en 1937, Saddam Hussein participe dès 1956 à un complot avorté contre le roi Fayçal II. Trois ans après, il est l?un de ceux qui tirent à bout portant sur le nouveau maître de l?Irak, le général Kassem. Il se réfugie en Syrie, puis en Égypte.

■ 1979 : Saddam Hussein prend la tête de l?État irakien. Par la suite, le dictateur fera exécuter des centaines d?officiers et d?opposants et emprisonner des milliers de personnes.

■ 1980-1988 : Un attentat manqué, le 1er avril 1980, à Bagdad, contre Tarek Haziz, vice-premier ministre, par le parti chiite Al Daawa, achève de le convaincre d?éliminer le « danger » chiite iranien. Il prend seul la décision de déclencher la guerre contre l?Iran, le 22 septembre. La guerre dure huit ans. Son bilan, entre 100 000 morts et 200 000 morts, quelque 300 000 à 400 000 blessés, et une dette de 70 milliards de dollars.

■ 1990 : Le 2 août, le raïs lance son armée à l?assaut du Koweït. Il reproche à ce petit pays de faire chuter les prix du pétrole en surexploitant ses réserves. L?intervention de la communauté internationale le surprend et lui inflige une sévère défaite. Son pays, en ruine, voit sa situation se dégrader encore avec les sanctions internationales prononcées par l?ONU.

■ 2003 : Après les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, l?Irak revient dans la ligne de mire des États-Unis, en croisade contre l'« axe du mal ». Washington se lance dans une deuxième guerre du Golfe, le 20 mars. Le 9 avril, le dictateur est arrêté en Irak.

■ 2005-2006 : Saddam Hussein comparaît devant le Tribunal spécial irakien, d?octobre 2005 à juillet 2006, pour « crimes contre l?humanité » : en juillet 1982, après une tentative d?assassinat manquée contre sa personne, 148 chiites de Doujaïl avaient été assassinés ou torturés à mort. L?ancien dictateur est condamné à mort, par pendaison, le 5 novembre 2006.

Source : Le Monde

Publicité