Publicité

La fille de son père

3 janvier 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Elle avait trois ans quand son père l?a jetée dans une piscine et elle en avait quatre quand il lui a acheté un billet d?avion. Il l?a conduite à l?aéroport et l?a laissée aux soins du personnel d?Air Mauritius. Elle a atterri en Inde, a fait la bise à ses cousins, oncles et tantes et a demandé naïvement qu?on la ramène chez elle car elle pensait que la promenade était arrivée à sa fin.

Imaginez son choc quand on lui annonce qu?en fait elle allait passer un mois en Inde avec la famille de son père. Loin de sa maison, loin de sa mère.

Aarti Gulrajani nous raconte ces deux épisodes en riant, les yeux remplis de tendresse pour ce père qui n?est plus, ce père qu?elle a perdu il y a trois ans. Ce même père qui l?a préparée à être indépendante, qui lui a fait subir des épreuves dès son plus jeune âge afin d?affronter la vie et pour qu?elle soit prête à gérer n?importe quelle situation.

Aarti a passé l?épreuve. Son père aurait été fier d?elle. Sans le savoir, son père l?a préparée à faire face à ce qu?allait être le plus moment le plus dur de sa jeune vie. Aarti a 21 ans quand son père meurt. Comment réagit-on quand sa force, sa fondation s?écroule ?

On s?écroule aussi probablement. Si l?on est une personne ordinaire. Mais pas Aarti. Pas avec l?entraînement qu?elle a eu.

«Ceci n?est pas un regret mais s?il y a quelque chose que j?aurais voulu pouvoir changer, c?est de voir mon père une dernière fois pour lui dire merci. Je n?ai pas eu le temps de lui dire au revoir et de lui dire à quel point je lui suis reconnaissante pour tout.»

Et entraînement est un mot qui suscite la passion chez cette jeune fille, médaillée de bronze en tennis de table et qui joue dans la sélection nationale. Quand elle rate ses sessions d?entraînement à cause de ses obligations professionnelles, il n?y a pas plus malheureuse qu?elle. Mais comment peut-on aimer ainsi à la folie, un sport comme le tennis de table ?

Aarti ne s?émeut pas outre mesure face à cette question dénuée de tact. Au contraire, la question l?amuse. Mais elle n?arrive pas à y répondre puisque le c?ur a ses raisons que la raison ne connaît pas. «C?est juste qu?après l?entraînement, je me sens tellement bien ! Je suis épuisée c?est clair mais cela fait tellement de bien», dit-elle subitement, frustrée de ne pas pouvoir s?exprimer.

Clairement c?est la poussée d?adrénaline qu?elle aime. Mais plus important, quand est concentrée sur sa raquette de tennis de table et sa petite balle, Aarti ne pense à rien d?autre. Elle est concentrée et ainsi elle évacue tout le stress dont elle n?a que faire. Et devinez qui l?a initiée au sport ?

«Mon père voulait tellement avoir un fils et je crois que quand je suis née et qu?il a réalisé qu?il n?y aura pas de fils, il a voulu faire de moi un tomboy. Donc, il a insisté pour que je pratique tous les sports possibles. Mais le tennis de table est mon choix et je ne peux pas l?expliquer»,explique Aarti d?un ton enjoué.

Le père d?Aarti était un ressortissant indien. Donc à la maison, Aarti communiquait avec son père en anglais et parlait créole avec sa mère qui est mauricienne. Et donc, Monsieur Gulrajani a trouvé qu?il y aurait eu un problème de balance dans le développement de sa fille. Il faut bien qu?elle parle le français ! Donc Aarti sera inscrite au lycée Labourdonnais et du même coup elle aura l?occasion de pratiquer le sport. «Et j?allais à l?école à bicyclette», précise-t-elle. Encore une idée de papa. Idée que la progéniture a bien sûr trouvée excellente.

Aarti est une native du taureau ; elle a donc besoin de balance dans sa vie. C?est ainsi qu?elle ne laissera jamais son activité sportive prendre le dessus sur ses autres activités. La jeune femme est la Corporate and Regulatory Affairs Assistant chez la British American Tobacco (BAT) - son tout premier travail depuis qu?elle a terminé ses études en tourisme au DCDM Business School.

Aarti jongle son temps entre son travail, ses sessions d?entraînement, sa mère et ses amis. Si c?est son père qui a commencé à lui apprendre l?importance d?avoir un sens de balance dans la vie, c?est son ami et entraîneur Rajenssen Desscann qui désormais, a pris le relais. «Quand j?étais encore au lycée, il m?a bien fait comprendre que mes études passaient avant l?entraînement et il le fait toujours par rapport à mon travail», explique-t-elle.

Quand on a une passion aussi dévorante pour le tennis de table, n?est-ce pas frustrant de ne pouvoir pratiquer ce sport à plein temps ? «Non», réplique Aarti en haussant les épaules. Elle sait que ce n?est pas possible de gagner sa vie en pratiquant son sport favori et elle ne va pas s?attarder sur ce qui est une évidence même. Il y a tellement de choses à faire qu? Aarti n?a pas de temps à s?attarder sur des regrets.

«Non, vraiment, pas de regrets. Je suis tellement bien dans ma peau, je suis heureuse», dit-elle le plus simplement du monde. Avant de marquer une pause. Son regard devient lointain ; «Ceci n?est pas un regret mais s?il y a quelque chose que j?aurais voulu pouvoir changer, c?est de voir mon père une dernière fois pour lui dire merci. Je n?ai pas eu le temps de lui dire au revoir et de lui dire à quel point je lui suis reconnaissante pour tout. Même si je perdais souvent patience avec lui et qu?on se bagarrait régulièrement.»

C?est fait.

Publicité