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La femme en ?représentation?

18 juillet 2005, 00:00

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Explorer les différences culturelles, examiner les rapports inter-ethniques et inter-religieux afin de démontrer le processus de construction identitaire des femmes dans les sphères privée et publique.

Ce sont les objectifs que se sont donnés Shakuntala Boolell, Associate Professor au Department of French Studies, de l?université de Maurice, et Srilata Ravi du Department of European Languages and Studies, University of Western Australia, récemment en visite à Maurice.

C?est un projet de recherche qui ne s?inscrit pas dans un cadre institutionnel mais qui relève d?une collaboration académique entre deux chercheurs des universités de la zone australe. Ce projet, qui durera 15 mois, fera l?objet d?une publication qui aura pour intitulé : Comparative Diasporic Identities in the Indian Ocean Rim : Politics of Gender, Ethnicity and Religion.

La démarche consiste à analyser les discours autobiographiques, les écrits, oraux ou rapportés, de femmes ciblées de plusieurs groupes d?âge, d?appartenance ethnique différente et de pratiques religieuses variées. Shakuntala Boolell s?est toujours intéressée à la problématique portant sur la condition féminine à l?île Maurice et sa représentation littéraire. Elle a déjà traité la thématique des représentations plurielles de la femme au niveau de l?écriture. Ses précédentes recherches ont abouti à un ouvrage paru sous le titre Fonction et représentation de la Mauricienne dans le discours littéraire (voir hors texte).

Les prochains travaux de recherche sur l?identité de la femme et sa représentation dans l?écriture bénéficieront du concours de Srilata Ravi. Née à Calcutta, cette universitaire et chercheuse a fait ses études à Madras et à Delhi. En 1994, elle entre à l?université nationale de Singapour avant d?accepter une chaire à l?University of Western Australia.

?Engagisme? : pourquoi et quand ?

S?intéressant à la représentation de l?identité dans le discours littéraire, elle trouve qu?il existe peu d?écritures qui démantèlent les stéréotypes, alors qu?en réalité, l?identité n?est pas statique et se construit à travers des dialogues. Elle est d?avis qu?il est temps d?introduire dans les programmes, au secondaire et tertiaire, des ?uvres qui relèvent d?une écriture ni coloniale ni anti-coloniale, comme A Passage to India de Vidiadhaar Surajparsad Naipaul.

Elle pense également que le système éducatif actuel à Maurice doit laisser plus de place à l?enseignement de l?Histoire de Maurice. Les étudiants doivent être au courant non seulement qu?il existe par exemple une notion de l??engagisme? mais aussi comprendre pourquoi, quand et d?où il vient.

En visite à Maurice pour la première la fois pour rencontrer les chercheurs qui travaillent sur l??indianité?, Srilata Ravi a découvert un autre aspect de la culture indienne. Si elle a eu la nette impression de se retrouver en Inde, elle ne cache pas cependant son étonnement devant les m?urs qui se rapprochent davantage à celles des pays occidentaux : accueil à l?occidentale, la bise entre personnes de sexe opposé, le parler français courant... Elle constate que si la femme est à l?aise en français, elle a toutefois su garder ses traditions indiennes, surtout en ce qui concerne la tenue vestimentaire ? ce qui n?est pas le cas des hommes.

IMAGINAIRE ROMANESQUE

La Mauricienne dans l?écriture littéraire

n ?Fonction et représentation de la Mauricienne dans le discours littéraire? est un ouvrage co-écrit par Shakuntala Boolell et Bruno Cunniah, chargés de cours à l?université de Maurice. Au-delà d?un simple panorama de la littérature mauricienne, cet ouvrage présente les ?mécanismes complexes qui existent entre la femme, la féminité et l?ordre dominant?. La volonté des deux chercheurs était celle d?explorer ?tout ce qui a trait à l?image de la femme à travers le champ fictionnel mauricien dans le but de déterminer la relation qui lie cette dernière à l?ordre dominant et ses variantes telles que la bourgeoisie ou le patriarcat?. À travers les trois différentes périodes les plus importantes de l?Histoire de Maurice (pré-indépendance, post-indépendance et période fin de siècle), les deux auteurs présentent une image de la femme à travers l?espace-temps. Ils arrivent à la conclusion que l?évolution de la fonction et de la représentation de la femme dans l?imaginaire mauricien a été quasi nulle. Le schéma prédominant qui sert à sa représentation est fondé sur l?opposition binaire telle que ?dominant ? dominée? ou ?objet de désir ? mère?. Le processus qui caractérise l?imaginaire local, étant infernal, nos deux chercheurs s?interrogent sur l?identité de celui à qui profite une telle littérature émergeante à Maurice. Puisque le bénéficiaire ne peut être la littérature elle-même, car celle-ci tend à s?éloigner de son propre mouvement qui est celui de la création artistique, c?est à l?ordre dominant, destinataire également, que profite l?imaginaire littéraire mauricien. La production romanesque se voit ainsi obliger de représenter la femme par des clichés pour ne pas déplaire au lecteur dont l?horizon d?attente fait de lui le complice d?un modèle stéréotypé de la gent féminine. La conclusion à laquelle parviennent les deux universitaires, pour qui ?le champ de la fiction se contente de reproduire les clichés issus de canon du XVIIIe siècle? (lire Billet), mérite davantage de réflexion de la part de nos critiques et auteurs : ?à l?île Maurice, un grand écrivain est un écrivain passif.?

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