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La désillusion annoncée ?

8 mars 2008, 00:00

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Fonctionnaire. Synonyme : terre à terre. Alors, directement : la question de salaire. Les préoccupations sont multiples, les craintes nombreuses. Et les «koze pou fer nou vinn parey kouma Mauritius Revenue Authority» légion.

C?est là que se cristallisent les angoisses d?Urmi (son prénom et celui des autres intervenants sont fictifs), Clerical officer/ Higher clerical officer. C?est ainsi qu?elle présente son poste, après 27 ans de service. La liste de ses appréhensions est longue. A commencer par la perspective de voir des bénéfices devenir taxables, s?ils sont inclus dans le salaire. A l?exemple de l?allocation de transport ou l?allocation outremer. «Kan ou met sa lor mo lapay mo pou depans li», argumente Urmi. Elle préfère que ce soit son employeur qui accumule la somme : «C?est comme une autre forme d?épargne à laquelle je peux avoir accès au moment voulu.»

Décidément, les dispositions prises pour la MRA la font tiquer. Même si, par ailleurs, des assurances à l?effet du contraire ont été données. Urmi n?en démord pas. Elle craint le fait de travailler une demi-heure en plus. «Mo pa interese. Mo prefer al mo lakaz, donn sa letan la mo fami», dit-elle catégoriquement contre les 15 minutes additionnelles pour le déjeuner et les 15 minutes de travail en plus. «Mo pou kinz minit narien a fer ek li pa pou konte dan mo ler travail.»

Aborder l?âge de la retraite est inévitable. Urmi explique que sa crainte est de voir l?âge de la retraite associé à la pension de vieillesse. Elle dit se sentir «lésée» si elle doit toucher la retraite à 65 ans. Un exemple, «mo trouv tou fami pe voyaz gratis laz 60 ans» et devoir attendre

65 ans pour le faire. «Se enn gran zafer pou profit sa bann zafer la.» Selon elle, «le fonctionnaire n?est pas fatigué physiquement, il est plutôt stressé». Et de parler longuement du seul stress de se rendre au travail chaque jour, de cette course contre la montre, avec au bout, «koup la pay kan anretar». «Est-ce que nous serons encore en état de travailler à cet âge-là ? Y a-t-il eu des études à ce sujet ? En plus, il n?y a pas eu concertation avec la masse des travailleurs.»

Et puis, il y a ceux qui, comme Vishnu, Senior personnel officer, cadre avec 30 ans de service, pensent que la retraite à 65 ans doit être optionnelle. Et que ceux qui veulent continuer à travailler au-delà de60 ans le fassent tout en touchant leur retraite.

<I>«Face aux prix qui flambent, nos fonctionnaires témoins gardent toutes leurs craintes. Urmi est claire. Ce ne sont pas les ?petits? fonctionnaires qui ressentiront une amélioration de leur niveau de vie, mais les ?grands?.»</I>

Premila, office supervisor, souhaite, elle, travailler jusqu?à 65 ans. «Qu?est-ce que je vais faire à la maison ?» Elle pense aussi aux gens qui doivent continuer à travailler pour financer les études universitaires de leurs enfants, au-delà de leurs 60 ans.

Face aux prix qui flambent, nos fonctionnaires témoins gardent toutes leurs craintes. Urmi est claire. Ce ne sont pas les «petits» fonctionnaires qui ressentiront une amélioration de leur niveau de vie, mais les «grands». Et d?expliquer que vers 1976, son statut de Clerical officer/Higher clerical officer était comparable à celui d?un prof, «à un ou deux points d?augmentation près». Et puis, «on a dégradé notre salaire. Notre statut a diminué». Avec le prochain rapport du PRB, Urmi attend qu?on «revalorise» son statut.

Elle témoigne n?avoir pas eu de promotion en 27 ans de service. «Ena boukou ki dan sa leta la.» Urmi se raconte sans interruptions. Dit comment les examens pour la promotion sont tenus tous les quatre ans. Comment, malgré toute la bonne volonté de ceux qui « aprann mem si zot ena responsabilite familyal», ne sont jamais tenus au courant de leur performance à ces examens. «Comment voulez-vous que je m?améliore ?»

Autre grief récurrent : les postes vacants qui ne sont pas pourvus. Une situation qui remonte à la surface à chaque fois que l?on demande si une augmentation de salaire est égale à un accroissement de la productivité. Vishnu, qui chiffre son attente à une compensation de 25 %, est d?avis qu?on ne peut pas parler de productivité en raison des postes laissés vacants : «On fait déjà le travail de deux ou trois personnes.»

Il est rejoint par Urmi pour qui on ne peut parler de productivité dans la fonction publique, parce que «li pa mizire sa», mais plutôt de «performance», d?«efficience». De toute façon, «on augmente le salaire, mais les conditions restent les mêmes. Anplis, ou pe retourn moi enn zafer ki ou doi moi». Enfin, Premila, elle, a le sentiment d?«avoir des miettes» à chaque rapport du PRB. Ce qui ne l?empêche pas de «rentrer très rarement chez moi à 16 heures, parce qu?il y a du travail à terminer». Toujours à cause des postes restés vacants. «Il y a des gens qui commencent à 8 h 15, vous savez ? La résistance au prolongement des heures, c?est une perception.»

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