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La dimension humaine de l?habitat social
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La dimension humaine de l?habitat social
Etre sans abri. Vivre dans un logement insalubre ou trop étroit au regard du nombre de personnes. Ce sont des images de la pauvreté. La question du logement est directement liée à celle de la précarité. Toutefois, donner un toit à ceux qui n?en ont pas n?est pas la meilleure des solutions. Par ailleurs, il faut également penser le choix du lieu d?implantation des logements sociaux.
L?éloignement géographique des zones d?habitat social par rapport aux centres urbains dynamiques ou aux bassins d?emplois handicape les populations, déjà fragilisées, qui y vivent. «Les mettre à l?écart, c?est les enfoncer encore plus dans la misère, c?est ne pas les reconnaître», avance-t-on sans détours du côté de l?ONG ATD Quart-monde. L?objectif est donc d?avoir une vision raisonnée et globale de la thématique du logement.
Hélène Martin, Française urbaniste de formation en vacances dans l?île avec son fiancé d?origine mauricienne, s?est intéressée à la distribution spatiale des logements sociaux dans l?île. Le constat n?est pas brillant : «J?en suis à ma sixième visite à Maurice. La première fois j?ai été surprise de voir que la stigmatisation des cités ouvrières et leur éloignement géographique sont assez similaires à ceux des cités françaises. C?est une tendance assez répandue dans les politiques urbaines. Les populations à revenus modestes sont confinées dans des zones mal desservies par les transports en commun, loin des zones d?impulsion économique, dépourvues d?équipements sociosportifs, etc. Bref, les ghettos se créent par manque de concertation, par manque d?une politique d?aménagement cohérente».
Les populations déjà vulnérables sont dépendantes des pouvoirs publics en matière de logement. Si on cherche à les aider pour l?accession à la propriété, Hélène Martin plaide pour qu?on s?attarde sur «leur réinsertion dans la vie sociale et professionnelle car on ne peut pas juste donner un toit».
Poursuivant son propos, elle insiste sur la nécessité d?aider «les populations pauvres à trouver des débouchés professionnels pour avoir des revenus réguliers leur permettant d?épargner, d?investir dans leur logement sous la forme d?un loyer ou d?un crédit, etc. Quand on parle de logement social on a tendance à ne s?attarder que sur le premier mot. Le logement social devrait obligatoirement comporter un volet d?aide sociale, d?accompagnement. Dans le cas contraire, on aura simplement des personnes qui auront un toit au-dessus de leur tête mais qui continuent de souffrir des mêmes maux».
Un toit mais aussi un accompagnement</B>
C?est justement dans ce sens que travaille l?Empowerment Programme (EP) dans son projet de logements à Nouvelle Terre. «Les travaux ont commencé il y a quelques mois. La première phase devrait être terminée d?ici le mois de décembre. Mais j?insiste, il ne s?agit pas seulement de donner un toit à des familles vulnérables», confie Hootesh Ramburn, directeur de l?EP.
La coordonnatrice du projet, Juliette François, donne les détails de l?initiative. «Le premier groupe concerne 76 familles sur les 198 identifiées par le Trust Fund for Vulnerable Groups venues principalement de Camp-Levieux. Pendant la fin des travaux, les familles suivront déjà des formations à partir de ce mois-ci. Ces formations touchent à la gestion des conflits, la sensibilisation à l?environnement, la responsabilité civique, etc. Des formations professionnelles seront aussi offertes. L?objectif est de permettre à ces familles de gagner en autonomie financière, d?ouvrir un petit business pour les habitants du village et aussi pour ceux des zones alentour. C?est pourquoi on parle d?un village intégré, d?un projet intégré. L?accompagnement social est la pierre angulaire de ce projet de logement».
<I>«Il faut réhabiliter les groupes vulnérables dans leur dignité en leur offrant un toit et des opportunités».</I>
À ATD Quart-monde, on s?interroge sur la pertinence de l?aide de l?État en matière de logement. «Il faudrait revoir les conditions données par l?État. Pour avoir une maison, on demande que la personne fasse un dépôt de Rs 40 000. Comment voulez-vous qu?une personne ayant un travail temporaire, une famille de quatre à six membres qu?il faut nourrir, scolariser, habiller, puisse trouver une somme pareille ? Le droit au logement est un droit fondamental.» Poursuivant, l?ONG souligne l?importance de plans cohérents pour l?habitat social. Il s?agit, fait-on entendre à ATD Quart-monde, de réhabiliter les groupes vulnérables dans leur dignité, en leur offrant un toit mais aussi des opportunités professionnelles. Bref, ne pas les enfermer dans un ghetto.
L?habitat social peut être une forme de ségrégation sociale et spatiale. Les ghettos naissent de l?absence de politique ?uvrant pour l?intégration aux tissus urbain et social alentour.
C?est pourquoi les groupes vulnérables doivent être soutenus par des professionnels (ONG, structures associatives, autorités locales) lorsqu?ils bénéficient d?un toit. Le logement social est un moyen de lutter contre la pauvreté. Mais les initiatives en matière d?habitat ne sauraient faire l?économie d?un accompagnement social pour le renforcement des capacités des bénéficiaires. L?objectif final est bien de permettre aux groupes vulnérables de se stabiliser socialement et financièrement. Le toit n?est qu?une des étapes permettant de sortir une personne de la précarité.
Gilles RIBOUET</B>
<B>Nos voisins, les pauvres</B>
De la tôle, beaucoup de tôle ondulée, de ferraille rouillée, de la toiture aux parois. Des ordures aussi, nageant au-dessus des paquets de boue. Là-dedans, pataugent des enfants tout nus. Des adultes, dans l?indifférence, les regardent faire. De toute façon, il ne servirait à rien de les réprimander. La boue et les détritus font partie de leur quotidien. Surtout après les récentes pluies diluviennes, qui ont largement arrosé, inondé parfois, les habitats, drainant des ordures à quelques mètres des habitations. Où croyez-vous que nous sommes ? Dans une contrée inconnue, peut-être ? Nous sommes à quelques centaines de mètres de l?autoroute menant vers le nord, à la hauteur de Roche-Bois.
Nous recherchions une famille. Celle sur la photo qui a fait la une de l?express le mercredi 17 septembre. Une mère avec trois enfants en bas âge, dont un bébé de quelques mois, vivant dans un taudis. Nous souhaitions les rencontrer parce que leur dénuement a ébranlé quelque âme charitable. Nous avions, en effet, reçu un coup de fil d?une lectrice très émue par cette singulière image familiale. Elle insistait pour leur venir en aide.
Tout ce que nous savions de cette famille (la photo date de novembre 2006), c?est qu?elle habitait la région de Roche-Bois. Inutile de demander plus de précision, une adresse exacte, le nom d?une rue. Dans les quartiers défavorisés de ce genre, la rue, ou ce qui en tient lieu, est indéfinissable. Journal en main, nous sommes allés de bicoque en bicoque, étalant devant des gens, tous aussi mal lotis les uns que les autres, la misère de cette famille. Nous espérions que quelqu?un allait pouvoir nous aider à retrouver ces indigents.
Tout de suite, nous nous sommes sentis ridicules. Chacune des personnes que nous interrogions, des adultes aux enfants, avait le même regard, vivait la même misère, avait presque la même histoire que cette famille dont la photo nous avait tant bouleversés.
«Que voulez-vous à cette dame ?» nous demanda enfin une femme amaigrie, au milieu d?une marmaille bruyante. Elle semblait en savoir plus que les autres sur la personne que nous recherchions. Ayant appris la raison de notre présence, elle parut un peu surprise. «Mais nous aussi avons besoin d?être aidés», nous répond-elle. «Nous n?avons rien à manger, nous non plus. Il nous faut aller ramasser des bouteilles plastiques, les revendre, pour vivre.» C?est bien cela, la triste réalité. Pourquoi pas cette famille-là aussi ? Tout le monde avait besoin d?être aidé, ici. Les yeux hagards, la chevelure ébouriffée, les tables dégarnies, les ventres vides, la nudité ou les haillons en disaient long, décrivaient cette misère plus que tout?
Notre détermination (déjà sérieusement émoussée) d?aller jusqu?au bout de notre recherche a finalement été récompensée. Des gens les ont reconnus. C?est Massilah Mootoosamy et ses enfants !
On nous a indiqué le chemin qui mène chez elle. Malheureusement, elle avait déjà quitté les lieux, depuis quelques mois, pour une destination inconnue. Ses voisins ne sauraient nous en dire plus. Cette baraque avait été sa demeure, durant des années. Elle y vivait avec sa progéniture. Six enfants, dans l?indigence absolue. Sans eau potable, sans électricité, sans latrines, ni salle de bains. Comme la plupart des gens vivant là-bas. «Ils sont allés vivre peut-être à Vacoas, mais nous ne sommes pas sûrs» nous a-t-on expliqué. À Vacoas. Nous souhaitons que la situation de ces malheureux se soit améliorée depuis. Nous espérons que ce n?est pas dans un autre ghetto qu?elle est allée se réfugier avec ses enfants. Déjà, on rencontre beaucoup de Massilah Mootoosamy à ces endroits-là. Et tous autant qu?ils sont, par douzaines, en silence, portent leur lourd fardeau, espérant qu?un jour, viendrait le secours d?un c?ur sensible.
<B>Nico PANOU</B>
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