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La dilapidation
Navin Ramgoolam doit s?expliquer. Nous sommes perturbés. Il connaît le gros handicap de son équipe, dépourvue de techniciens de l?économie et du commerce. Il connaît plus largement la rareté des ressources dans le pays. Il sait l?importance de bons signaux au privé, qui croit toujours que ce gouvernement risque de badiner avec l?économie. Il a encore dans les pieds les épines Gayan, Sanspeur, Rungen, des affaires qui ont laissé l?impression d?un gouvernement bêtement méfiant ou imposant son dictat, sans discernement ni respect. Et pourtant?
La mise à pied du « trade commissionner » Peter Craig défie toute logique. A un moment où Maurice compte plus que jamais sur la connaissance des marchés des pays amis pour mieux les pénétrer, on ne comprend pas le peu de cas fait de cette expertise. Tout autre critère dans son maintien ou non à ce poste devrait être balayé par le savoir-faire de l?homme, l?importance du dossier et son dévouement à la cause. Et encore, si l?on considère le critère de loyauté, l?homme n?a pas démérité ; il a servi suffisamment longtemps et de suffisamment loin l?Etat pour n?avoir de maître que le pays et non ses hommes.
Les raisons pratiques pour lesquelles ce choix est inconcevable sont indiscutables. La première est l?autorité de Peter Craig. Le marché américain, depuis l?Agoa qui permet l?exportation hors taxes de 7000 items, est une roue de secours non encore utilisée par Maurice. Elle a peu de chances de pouvoir l?utiliser seule. Non seulement elle n?a pas grand-chose à exploiter mais les entrepreneurs américains s?intéresseront davantage à une plateforme régionale qu?à Maurice.
Or, ce même Peter Craig a le rôle de leader parmi les ambassadeurs africains. Son astuce et sa finesse à amener la synergie dans ce groupe ont été reconnues par tous ses collaborateurs. C?est lui qui mène les dirigeants du bloc régional dans ce pays et il est à même de donner à Maurice dans toute négociation plus que la petite place qu?elle représente réellement à côté du potentiel africain.
Autorité aussi sur la question de l?Agoa elle-même. La complexité de la législation appelle un connaisseur qui sache indiquer comment l?exploiter à notre avantage. Peter Craig a travaillé d?arrache-pied pendant cinq ans en faveur de cette loi et en maîtrise tous les contours. Il sait quels en sont les aspects sensibles pour avoir contré les attaques du secteur textile américain, des syndicats et ceux qui s?opposent au libre commerce. Cette bagarre a forcément obligé l?homme à développer un réseau, des liens avec certains sénateurs, indispensables pour avoir le soutien nécessaire. Et ce soutien le sera encore. L?Agoa III ne fut qu?une bataille, nous n?avons pas gagné la guerre et l?avenir sur le sol américain reste incertain.
Outre de connaître l?entrepreneur américain lui-même - ce qu?il recherche, comment l?aborder, sur quelles conditions il ne déroge pas - l?« all-rounder » Craig connaît le potentiel du marché pour Maurice, un marché de 700 millions de dollars. Dans le processus de « reengineering » des secteurs économiques - que veut le marché américain que l?on pourrait produire, comment adapter l?industrie textile ? - l?encadrement de Peter Craig est indispensable. Il demandait d?ailleurs plus de moyens pour exploiter cet immense marché que l?on ne peut snober, l?année dernière ; ils étaient quatre diplomates alors. On lui répond en réduisant ces moyens.
Les motifs du gouvernement ne sont certes pas connus ; il peut réserver à Peter Craig un rôle plus important encore. Mais il prend une grande responsabilité. Le dynamisme de l?ambassade américaine ces dernières années, exemple cité de collaboration public-privé dans un important marché d?exportation, a aidé l?économie mauricienne. Il devra rendre des comptes si les chances créées sont compromises.
Car - il faut sans cesse le lui rappeler puisqu?il semble ne pas vouloir l?entendre ? le gouvernement est sur la corde raide. La situation est de plus en plus alarmante. Le déficit de la balance commerciale, selon les derniers chiffres présentés cette semaine, passerait à Rs 39 milliards l?année prochaine, quatre fois plus qu?il y a trois ans. Ce n?est pas une ligne de crédit et des promesses, ressassées depuis trois ans, de plateforme régionale dont l?Inde se passerait bien pour s?installer en Afrique ? elle y a réalisé cette année 300 millions de dollars d?investissements ? qui vont nous sortir d?affaire.
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