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La dernière balade de Georges et Rajendra

6 août 2006, 00:00

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Les portraits des deux hommes, posant fièrement devant des ruines antiques à Rome, en Italie, témoignent du chemin parcouru depuis leur village natal de Flacq. Georges Coodien et Rajendra Potan y étaient partis en quête d?une vie meilleure, et ils faisaient la fierté des leurs. Hélas, le sort en aura décidé autrement. Les familles, restées au pays, peinent encore à réaliser le drame qui s?est abattu sur les leurs. Les dépouilles des deux cousins, morts noyés dimanche, seront rapatriées mardi pour les obsèques.

Triturant le mouchoir qu?elle tient entre ses mains, la mère de Georges, Rengama, âgée de 90 ans, éprouve des difficultés à exprimer sa peine. « Depuis qu?elle a appris la nouvelle de la mort de Georges, elle ne se nourrit presque plus », explique, inquiète, Cuniamah, l?une des s?urs de la victime. La matriarche a même dû être hospitalisée après avoir été victime d?un malaise.

Elle réclame le corps de son fils

Tous ses proches enviaient la réussite de Georges. Issu d?une famille de sept enfants, il s?était envolé pour la capitale italienne avec son épouse il y a 22 ans maintenant. Il avait trouvé un emploi chez Alfa Romeo, un constructeur d?automobiles de luxe.

« C?était un passionné de voiture et il adorait bien évidemment son travail. Il lui arrivait de nous dire, lors de ses coups de fil hebdomadaires, qu?il avait conduit tel ou tel modèle », se souvient un de ses neveux. La famille avait réussi, après plusieurs années de travail, à s?offrir un petit appartement non loin du lieu de travail de Georges. Peu après avoir emménagé, il avait envoyé à ses proches à Maurice des photos de leur nouvelle demeure.

Georges, son épouse, Puspa, ainsi que leurs deux enfants devaient rentrer à Maurice le 17 août prochain pour passer les vacances. Georges s?était même fait construire une maison à côté de celle de sa mère, à Flacq. « Il avait une affection toute particulière pour sa mère. Il avait prévu qu?elle vienne habiter chez lui pendant tout le temps qu?il resterait à Maurice », confie Goindama, la s?ur de la victime.

Georges avait d?ailleurs appelé ses proches au pays la veille du drame pour prendre des nouvelles de sa mère. « Il voulait savoir si elle allait bien et si elle avait mangé. Il ne nous a pas parlé de la balade qu?il devait faire le lendemain », se souvient Goindama, qui se dit inquiète pour la santé de sa mère. Entourée de ses proches, elle n?a de cesse de réclamer le corps de son fils pour pouvoir se recueillir une dernière fois sur sa dépouille. Son épouse et ses deux filles, Yovilen, 22 ans et Priscilla, 26 ans, feront le déplacement à Maurice pour assister aux funérailles.

À Poste-de-Flacq, Dhanwantee, l?épouse de Rajendra, tente de consoler ses deux enfants, Selven, 10 ans et Anusha, 19 ans, qui n?ont pas vu leur père depuis sept ans. « Il était revenu en 1999 pour assister aux obsèques de sa mère », laisse entendre Dhanwantee.

Avec sa formation de cuisinier, Rajendra avait trouvé de l?emploi dans un restaurant en Italie. « Il gagnait bien sa vie et nous envoyait de l?argent tous les mois pour que je puisse élever les enfants », explique son épouse. Cette dernière avait entrepris des démarches pour rejoindre son époux en Italie, mais n?avait pu obtenir de visa. Elle y avait renoncé depuis.

Georges et Rajendra, depuis qu?ils s?étaient retrouvés en France, étaient très proches. Ils avaient pour habitude de se retrouver chaque semaine pour partager un repas et faire de longues balades ensemble. Rajendra avait donné de ses nouvelles pour la dernière fois vendredi lorsqu?il a téléphoné à son épouse pour l?informer qu?il lui avait fait parvenir de l?argent. « Il a laissé entendre qu?il devait sortir dimanche avec Georges et d?autres Mauriciens, mais il n?a pas dit où il allait », souligne un proche de la famille.

De son époux, Dhanwantee garde l?image d?un homme généreux et bon vivant. « C?est injuste qu?il ait trouvé la mort en tentant de venir en aide à son cousin », lâchent, unanimes, les proches réunis dans la maison familiale à Poste-de-Flacq. Rajendra n?a en effet pas hésité à mettre sa vie en danger pour tenter de secourir son cousin.

Repêché le lendemain

La balade de dimanche dernier avait été prévue quelques jours plus tôt. Les fortes chaleurs qui s?abattent sur l?Euro-pe avaient en effet achevé de convain-cre le groupe de Mauriciens de passer la journée sur la plage de San Marco, située à une quarantaine de kilomètres de Catane. Sur place, Georges, qui ne se méfie pas de la mer démontée, insiste pour prendre un bain. Il aura juste le temps de faire quelques brasses avant d?être emporté au large par le courant. Témoin de la scène, Rajendra se jette à son tour à l?eau et tente tant bien que mal de porter secours à son cousin pendant que ceux qui sont présents alertent les gardes-côtes.

Ces derniers dépêchent immédiatement un hélicoptère ainsi qu?un patrouilleur pour retrouver les malheureux. Si les sauveteurs parviennent à repêcher Georges, encore vivant, l?infortuné rendra cependant l?âme alors qu?il est conduit à l?hôpital.

Les recherches se poursuivront toute la nuit pour retrouver Rajendra? en vain. Son corps ne sera repêché que le lendemain matin.

Les proches des victimes à Maurice ont été avertis du drame peu après par le consul mauricien à Rome, Denis Cangy. « Nous avons appris la nouvelle de leur mort peu après minuit », laissent-ils entendre. Fiers du parcours de leurs fils qui a hélas connu une fin abrupte, les familles entendent bien leur rendre un dernier hommage ce mardi.

LA DILIGENCE DES AUTORITES

Les autorités siciliennes ont été promptes à réagir après la mort de Georges Coodien et de Rajendra Potan. Toutes les démarches relatives au rapatriement des dépouilles des victimes ont été prises en charge par le consul de Maurice à Rome et par la Fédération des associations mauriciennes en Italie, présidée par Reynald Milente. L?épouse de Georges, ainsi que ses deux filles, ont bénéficié d?un soutien psychologique adéquat et de l?aide de la communauté mauricienne que la famille fréquentait assidûment. Le drame étant vraisemblablement un accident, les autorités italiennes n?ont pas pratiqué d?autopsie. Les familles ont donc pu réclamer le rapatriement des corps dans les plus brefs délais. Air Mauritius, a également apporté son aide en offrant un tarif préférentiel afin de faciliter le rapatriement des dépouilles.

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