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La cybertour surprend

31 mars 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?instant sera riche en symboles. En inaugurant la cybertour d?Ebène à midi aujourd?hui, le Premier ministre indien, Manmohan Singh, vient en quelque sorte baptiser ce qu?il a contribué à faire naître : la meilleure vitrine dont les technologies de l?information et de la communication (Tic) mauriciennes pouvaient rêver. La cybertour symbolise aussi les relations étroites entre l?Inde et Maurice.

Sans la ligne de crédit indienne de $ 100 m, il n?y aurait pas eu de cybertour ou de cybercité. Pour ériger l?édifice, le gouvernement a utilisé Rs 600 m provenant de ce fonds et Rs 615 m d?un financement mixte.

De retour d?un voyage officiel en Inde en 2001, Sir Anerood Jugnauth, alors Premier ministre, posa ses valises, avec des rêves pleins la tête et un crédit de $ 100 m. Ebloui par la progression des Tic en Inde, il ambitionne la même voie pour Maurice. Le fameux deal Illovo aidant, le gouvernement avait maintenant à sa disposition l?argent et des terres idéalement situées pour concrétiser une idée née sous le régime travailliste : une cybercité à Maurice.

Quatre ans et plusieurs critiques plus tard, la cybertour tient plutôt ses promesses. Après de premiers pas plutôt difficiles et des spéculations autour de son remplissage, 82 % des 11 étages du bâtiment intelligent sont remplis. Environ 20 des 26 compagnies locataires sont étrangères.

La direction de Business Parks of Mauritius Ltd (BPML), gérante de la cybercité, estime, en se basant sur les négociations ?très avancées? avec plusieurs multinationales, que la tour affichera complet d?ici fin mai. Deux multinationales dans le secteur financier envisagent d?emménager leur quartier général à Ebène. ?Un taux aussi élevé, même pas un an après la fin des travaux est un record si l?on compare avec le même type de projet dans d?autres pays dont l?Inde, le Japon ou encore la France?, affirme Chand Bhadain, président de BPML.

Mais des critiques persistent : n?a-t-on pas construit une Rolls Royce pour véhiculer des pommes d?amour ? Chand Bhadain dément. Les centres d?appels, considérés comme le Tic dans son expression la plus basique, ne constituent que 10 % de l?ensemble des locataires de la tour. ?60 % des locataires font du Business Process Outsourcing à valeur ajoutée tandis qu?un tiers fait dans le développement de logiciels. Pour nous, c?est une satisfaction parce que ce sont des activités plutôt haut de gamme.?

Alors qu?en 2002, la cybertour affichait 35 % de remplissage sans aucun contrat signé, la nouvelle direction de BPML, arrivée en juin 2003, a jeté cette liste pour tout reprendre à zéro. Motif : les compagnies candidates n?envisageaient pas de créer des emplois, étaient mauriciennes et voulaient juste bouger leurs locaux vers un endroit prestigieux. Il fallait donc prendre le bâton de pèlerin et faire de la promotion un peu partout dans le monde.

Il fut décidé que les futurs clients de la cybertour seraient triés sur le volet. Infosys, Accenture, Ceridian Centerfile ne sont que quelques noms très prestigieux qui ont trouvé un abri de grand luxe à Ebène. ?Nous aurions pu remplir la tour en quelques semaines mais nous n?avons accepté que les compagnies qui n?étaient pas ancrées à Maurice ou qui voulaient recruter tout en étendant leurs activités.?

Presque chaque employé travaillant dans la cybertour est donc une nouvelle recrue. Aujourd?hui, ils sont 1 300, principalement des jeunes de moins de 25 ans. Un chiffre en hausse constante parce que presque tous les locataires ont des projets d?expansion.

Les professionnels du secteur disent que la cybertour est vitale car cette vitrine vient en quelque sorte crédibiliser les efforts de Maurice de faire des Tic un pilier important de son économie. Sans cybertour, peu de multinationales auraient été tentées par l?aventure mauricienne.

?Nous vendons une île performante?

La cybertour n?est, en effet, pas un bâtiment isolé, mais fait partie d?une stratégie plus large. Elle peut être vue comme la première étape vers une cyberîle. ?Maurice doit se démarquer de l?image de l?île paradisiaque ou le farniente est religion. Nous vendons une île performante et nous nous battons pour la jeunesse et le pays?, dit Paula Lew Fai, directrice d?Astek Mauritius, une des premières compagnies à s?installer dans la tour. L?édifice aide au démarquage.

Et Maurice récolte des fruits. ?Maurice est bel et bien présente sur la carte des destinations IT?, déclare Chand Bhadain. Le directeur général de la branche mauricienne de Ceridian Centrefile, Ravind Nithoo, abonde dans le même sens. ?La Cybertour offre ce dont on a besoin pour pouvoir se vendre à l?étranger.?

L?enthousiasme est tel que la construction d?une seconde cybertour a été entamée en début d?année. Haute de dix étages, contre 12 pour celle existante, elle sera moins ambitieuse. L?investisement est de Rs 350 m. ?Il y a déjà un fort intérêt pour elle. Nous réfléchissons à une troisième tour ?, indique-t-on chez BPML.

Mais, si la cybertour est un succès, on ne peut pas encore en dire autant de la cybercité. Les grands chantiers promis n?ont pas encore démarré. Les 150 arpents sont en majorité vides. ?Rome ne s?est pas construite en un an?, philosophe Chand Bhadain. En réalité, quatre compagnies érigent actuellement leur bâtiment. Six autres grands chantiers devraient démarrer avant fin 2005. Un promoteur songe à monter son propre bâtiment intelligent et envisage de louer les locaux.

Assiste-t-on ici à un effet multipliant ? Pas vraiment, regrette-t-on dans les milieux gouvernementaux. L?exemple de l?Inde est cité. Le privé n?a pas attendu que le gouvernement construise ou fasse de la promotion. ?A Maurice, beaucoup d?entrepreneurs ont le capital mais ne veulent même pas prendre un risque calculé ?, indique-t-on à différents niveaux.

DISCUSSIONS

L?Inde promet une 3e cybertour

■ La Grande péninsule se serait engagée à fournir son ?assistance ? pour la construction d?une troisième cybertour à Ebène, nous indiquent des sources bien informées. La promesse d?une ligne de crédit aurait également été faite lors des discussions entamées hier matin, à huis clos, entre les délégations indiennes et mauriciennes menées respectivement par Manmohan Singh et Paul Bérenger. En attendant la troisième cybertour à Ebène, la construction de la deuxième avance. Celle-ci est financée entièrement par Maurice et sera prête vers le début de l?année prochaine. On ne sait quel timing sera adopté pour la construction de la troisième avec l?aide indienne. Lors des discussions, la délégation mauricienne, comprenant le vice-Premier ministre, Pravind Jugnauth, les ministres Bhagwan, Fowdar, Khushiram, Dookhun, Jeeha et des techniciens de divers ministères, était dirigée par le Premier ministre, Paul Bérenger.

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