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La culpabilité

22 mai 2005, 00:00

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Avec la Shoah, on ne peut s?empêcher de croire à une sorte de complicité diffuse, et donc de culpabilité générale. Karl Jaspers retrouve ces distinctions à propos de la « situation spirituelle de l?Alle-magne » à la fin de la dernière guerre dans son livre La culpabilité allemande (1949). Jaspers distingue en effet, comme le rappelle Paul Ric?ur, quatre formes de culpabilité. D?abord la culpabilité criminelle : le crime viole une loi déterminée, il relève d?un tribunal comme celui de Nuremberg, il entraîne un châtiment, mais uniquement pour les individus. Vient ensuite la culpabilité politique, qui est celle, collective, du peuple en tant qu?il est responsable de la politique de son gouvernement et qui concerne les citoyens, mais non les personnes. Apparaît ensuite la culpabilité mo-rale qui est la culpabilité individuelle par excellence, mais dont seule la conscience est juge : c?est la culpabilité des compromissions, des lâchetés, des silences et des mensonges. Enfin, nous parvenons à la limite de la responsabilité morale, à la culpabilité métaphysique qui consiste à « manquer à la solidarité absolue qui vous lie à tout être humain comme tel ». Si des actes s?accomplissent « en ma présence », dit Jaspers, et « si je survis alors que l?autre est tué, une voix parle en moi et je sais ; du fait que je vis encore, je suis coupable ». C?est poser très clairement, à l?occasion d?un cas où, de façon tout à fait exceptionnelle, la justice des hommes a dû confronter ses principes juridiques à quelque chose qui la dépassait, le problème de la justice en général, qui fait appel à la fois à des normes sociales, aussi universelles qu?on voudra, et à une conscience intérieure qui juge, qui se juge dans son for intérieur, avec, d?un côté, comme résultat des sanctions définies et de l?autre l?indéfini du remords.

Cette recherche de la responsabilité absolue, métaphysique, par delà le droit et la politique, et même la morale, comme le suggère également Jaspers, va assurément à contre-courant de l?évolution mo-derne. Celle-ci, du fait d?une sorte de spinozisme spontané des scien-ces de l?homme, tend, d?une part, à considérer que toutes les actions de l?individu relèvent d?un déterminisme social ou psychologique ? sans que jamais soit présentée une causalité plausible, comparable à celle des sciences de la nature ? et, d?autre part, à dégager dans de nombreux domaines (par exem-ple l?automobile avec les assurances, pour reprendre notre exem-ple quotidien) une responsabilité sans faute ni imputation, uniquement destinée à réparer les dommages causés. Deux manières d?exclure l?individu moderne de cette responsabilité radicale dégagée par les philosophes (et c?est tout à leur honneur) et notamment par la grande Hannah Arendt.

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