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La croisée des chemins
Assurément, aucun d?entre nous n?a failli à la tradition d?adresser des v?ux de bonheur, de santé, et de réussite à la famille et aux amis. Cet exercice rituel nous impose le devoir de paraître optimistes. Cependant, au fond de nous, nous restons, pour la plupart, pessimistes et craignons que la nouvelle année soit une année inutile.
Effectivement, 2005 pourra difficilement être un temps pour des actions résolues car c?est une année électorale. A l?approche des élections, les dirigeants évitent les projets controversés et les réformes. Pourtant, il nous faut des idées nouvelles pour faire face aux difficultés qui viennent de l?extérieur.
Le hasard a voulu que le contexte international fasse peser, en une même année, une lourde hypothèque sur les deux mamelles de l?économie, le sucre et le textile. D?une part l?accord multifibre qui a protégé pendant deux décennies notre industrie textile disparaît. De l?autre le Parlement européen se penchera dans cinq mois sur un projet de loi dont une des conséquences sera une baisse de 33 % du prix du sucre.
Certes, l?ombre de ces facteurs externes a hanté certains lieux de réveillon ces jours de fête mais ils ont tort ceux qui croient que Maurice court fatalement vers la catastrophe. Une nouvelle ère se pointe, bien entendu, mais il faut en ces temps de turbulences, oser se remettre en question. Seulement, il est dommage que la proximité des élections ne favorise pas l?audace politique.
Du reste, il n?y a pas que les dirigeants politiques qui doivent initier le changement. Les capitaines de l?industrie et les représentants des travailleurs doivent tout autant assumer cette responsabilité. Il faut qu?ils ajustent leurs positions et stratégies pour affronter le nouvel environnement international.
L?objectif de réussite, pour l?économie mauricienne, est réaliste. Les experts et les analystes sont plus optimistes que ne l?est la population. Ecrivant dans le numéro de fin d?année de l?express, Ali Mansoor, ?lead economist? à la Banque mondiale s?insurge contre le pessimisme ambiant et démontre, chiffres à l?appui, que ? the widespread notion of impending gloom and doom from Mauritians in general is unjustified?. Il argue que, moyennant des réformes politiques et des changements de mentalités, il est possible d?impulser un élan comparable à celui de 1982.
Aux politiques, Ali Mansoor demande une vision nouvelle. Il suggère des pistes précises pour redynamiser l?économie : un régime fiscal qui incite à l?effort, une taxe sur les grosses fortunes, l?abandon des tripartites en faveur des négociations sectorielles, la modernisation de la fonction publique, l?allégement des réglementations, etc.
Quant aux détenteurs de capitaux, ils sont qualifiés de rentiers préférant tout attendre de l?Etat plutôt que de se préparer en vue des changements annoncés bien à l?avance. Les industriels locaux devraient ?move to risk taking from rent seeking?. L?économiste rappelle également que les syndicalistes qui ignorent les lois de l?économie mondialisée ou qui prônent une défense aveugle des travailleurs fait un grand tort à ceux-ci.
Ali Mansoor prévient que tout peut arriver durant les années à venir. Soit nous deviendrons ?a struggling middle income country like Brazil or a dynamic high income economy like Singapore?. En 2005, la nation est arrivée à la croisée des chemins.
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