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La crise évitée mais les défis demeurent

15 novembre 2007, 00:00

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Tout commence, il y a quelques semaines, lorsque l?Association des professionnels des agents maritimes de Maurice (APAMM), excédés par l?absence de productivité et par la congestion dans la gestion des conteneurs, lance un ultimatum aux autorités portuaires. Si la situation ne s?améliore pas au 15 novembre, ils annoncent qu?ils imposeront 200 dollars additionnels de fret sur les conteneurs de 20 pieds et 400 dollars de plus sur les conteneurs de 40 pieds.

Cela suffit pour un branle-bas généralisé dans le port. Les nouvelles circulent à l?effet que même le Premier ministre se montre irrité par la situation. Les autorités portuaires s?activent. Des décisions sont prises et de nouvelles initiatives enclenchées. Du coup, «comme par miracle», la productivité retrouve un rythme raisonnable. La moyenne des «moves per hour» (gestion des conteneurs par heure) passera, d?un mois à un autre, de 13 à presque une vingtaine. Mais on est encore loin du compte lorsqu?on sait que Tamatave atteint, lui, le chiffre d?une trentaine.

Toutefois, les lignes maritimes ne veulent pas se montrer trop exigeantes. Elles espèrent surtout se signaler par leur bon sens. Finalement, l?ultimatum arrive à terme et, aujourd?hui, individuellement, chaque opérateur annoncera sa décision. Déjà les deux plus grosses agences maritimes, Maersk Maurice et la Mediterranean Shipping Company (MSC), ont pris la décision de ne pas aller de l?avant avec le projet de hausse du fret. Du côté des autorités portuaires, on respire mais la bataille est loin d?être gagnée. Car des questions subsistent.

« Il n?y a pas eu de nouveaux équipements ni de renouvellement du personnel encore moins celui du management, et pourtant la productivité est revenue. Il aura suffi que les lignes maritimes menacent d?augmenter le taux de fret. Cela prouve bien que le management est dépassé. Les travailleurs, eux, ne sont pas fautifs car ils ont prouvé qu?ils peuvent produire », affirme d?emblée une source proche du pouvoir.

En effet, quelque part, un problème réel de culture et de mentalité existe. «La faute revient au management du port et au gouvernement qui, à travers leurs indécisions et leurs incohérences, font du tort au port. Ils ne savent pas quelle direction lui donner et par la suite, ils mettent tout sur le dos des travailleurs. De surcroît, on a un ministre plus intéressé par le tourisme que par les communications externes», explique Ibrahim Moossa, co-négociateur de la Mauritius Transport and Port Employees Union. Les syndicats du port comptent, d?autre part, face à ce qu?ils appellent les incohérences des autorités gouvernementales et portuaires, se regrouper pour mener désormais une action commune. Une conférence de presse est annoncée pour demain et parmi les sujets qui seront traités, devrait figurer la question de trouver un partenaire stratégique à la Cargo Handling Corporation (CHC). De nouvelles propositions devraient ainsi être formulées.

En attendant que cette épineuse question revienne sur le tapis, du côté de la CHC et de la Mauritius Ports Authority (MPA), on met l?accent sur les perspectives nouvelles qui s?offrent au port mauricien. D?abord quelques précisions sont apportées sur les raisons qui ont amené une hausse de productivité.

«Nous nous réjouissons du fait d?avoir pu apporter une réponse positive aux demandes des agences maritimes. Il n?y a plus de congestion», affirme Archimède Lecordier, directeur général de la CHC. «Nous avions des stagiaires qui étaient en formation par rapport au travail avec les portiques. Ce qui causait des retards. On a cessé ces formations. Le vrai problème avait trait au fait que le travail a connu une intensité significative parce que nous prenons des conteneurs vides. Cela explique que de nombreux opérateurs font le choix de Maurice. On a ainsi enregistré une croissance de nos activités et il faut dire que nous n?étions pas prêts pour cela», enchaîne Dan Bhima, président de la CHC.

Les explications ne manquent pas. Si la productivité a augmenté, c?est aussi grâce au fait que le travail se fait 24 heures sur 24 heures à l?ancien terminal. Cela a été rendu possible grâce à un accord trouvé avec les syndicats. «Avec l?explosion du trafic, nous avions besoin d?un peu de temps avant de cerner toutes les implications. C?est désormais chose faite», souligne Archimède Lecordier.

Du côté de la MPA, on veut surtout démontrer le fait que les autorités portuaires ne sont pas demeurées inactives face aux menaces. «Suite au problème de congestion enregistré, j?ai présidé des réunions avec tous les partenaires. On a évalué la situation et essayé d?identifier les problèmes. Entre autres solutions, on a introduit le fixed berthing window qui garantit aux exportateurs mauriciens un service rapide. Il fallait ensuite s?assurer que la productivité soit selon les normes internationales. La CHC devait prendre des initiatives en ce sens. De nouveaux équipements ont été ainsi installés à l?ancien terminal. On va continuer à suivre la situation et elle devrait nettement s?améliorer avec la prochaine arrivée de deux nouveaux portiques», assure Shekur Suntah, directeur général de la MPA.

L?optimisme revient donc. Mais il ne faut pas s?emballer. Certes avant même l?expiration de l?ultimatum, l?APAMM a pris la décision de ne pas mettre à exécution sa menace d?une hausse des tarifs de fret. «Cependant, nous allons continuer à suivre la situation. Un effort a été fait mais le chemin est encore long», confirme Brajen Hazareesingh, président de l?APAMM.

Même son de cloche chez des agents maritimes. Si la CHC a fait l?objet de nombreuses critiques à ce jour, il ne faudrait pas non plus, nous fait-on comprendre, oublier de la féliciter lorsqu?elle fait des efforts. «Un gros effort a été fait par les autorités portuaires et nous éprouvons beaucoup de satisfaction devant ce travail accompli», confie ainsi le capitaine René Sanson, directeur général de la MSC. «Les améliorations sont perceptibles. Cela prouve qu?avec engagement et un meilleur sens d?organisation, beaucoup de choses peuvent être faites et, cela, sans qu?il n?y ait des nouveaux investissements», confirme Jorgen Holck, directeur général de Maersk Maurice.

<I>«Beaucoup de choses se sont passées ces derniers temps. Mais je ne peux expliquer la hausse de productivité. Il importe toutefois de préciser que nous ne sommes pas sortis de la crise et que nous n?en sortirons pas aussi longtemps qu?il n?y aura pas un changement radical d?attitude.»</I>

Comment les deux plus grands opérateurs maritimes expliquent-ils ce revirement de situation? René Sanson avance l?hypothèse d?un manque de communication surtout par rapport à la question de partenaire stratégique. «Il y avait des appréhensions par rapport à ce dossier et aussi un manque de communication. On a focalisé sur l?éventualité de trouver un partenaire stratégique à la CHC. C?est un peu normal dès qu?on parle de trouver un partenaire privé pour un organisme parapublic. Je tiens à féliciter les gens qui ont mis de côté leurs craintes pour se remettre au travail. Désormais, il faudrait croiser les doigts pour qu?on n?ait pas un cyclone», assure René Sanson.

«Beaucoup de choses se sont passées ces derniers temps. Mais je ne peux expliquer la hausse de productivité. Il importe toutefois de préciser que nous ne sommes pas sortis de la crise et que nous n?en sortirons pas aussi longtemps qu?il n?y aura pas un changement radical d?attitude», enchaîne Jurgen Holck, qui soutient que le port mauricien a tous les atouts pour être le numéro un en Afrique tout comme «Maersk Maurice est le numéro un en Afrique».

Pour réaliser de nouvelles ambitions, les autorités portuaires misent sur l?arrivée des deux nouveaux portiques. Mais les opérateurs rappellent que d?autres problèmes demeurent. Déjà MSC a mis fin à l?une de ses dessertes, celle de l?Extrême-Orient via Maurice pour l?Afrique de l?Est. «Nous allons attendre pour voir si nous pouvons reprendre cette ligne ultérieurement. Les deux nouveaux portiques ne vont pas tout résoudre. L?important, c?est un changement d?attitude. Les autorités doivent faire preuve de bonne volonté pour regagner la confiance des lignes maritimes, soit ces agences internationales qui font tourner le port. Nous ne sommes pas le nombril du monde. Si les possibilités ne sont pas exploitées, ces lignes maritimes iront voir ailleurs», rappelle René Sanson.

Ce dernier, comme d?autres responsables des lignes maritimes, disent leur exaspération devant ce discours qui consiste à les présenter comme d?éternels râleurs face à des autorités portuaires qui ne cessent d?affirmer que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Du côté de Maersk Maurice, on insiste sur le fait qu?il n?y a pas, objectivement,s de raisons pour que Maurice ne fasse pas mieux que Tamatave ou Abidjan surtout lorsqu?on sait que, dans ce dernier cas, le port évolue dans un contexte d?instabilité politique. «L?élément cardinal qui devrait nous animer, c?est l?effort à faire pour saisir les opportunités. On devrait être plus enthousiaste», résume Jorgen Holck.

Le temps des atermoiements est fini. Celui des actions a commencé. Des premiers signes encourageants sont enregistrés. Il reste au port mauricien d?exploiter les opportunités qui se présentent à lui.

<B> Comment la crise a été évitée</B>

■ Depuis l?annonce faite par l?APAMM que ses membres comptaient augmenter le tarif du fret, un travail en profondeur a été entrepris par tous les partenaires. La CHC et la MPA ont redoublé d?efforts. Une réunion hebdomadaire a été organisée. Outre les représentants de ces deux instances, y ont participé les directeurs et «operation managers» des agences maritimes, de même que Das Appadu du ministère du Tourisme et des Communications extérieures. Les efforts ont été déployés afin d?identifier les problèmes et les solutions à y apporter. C?est ainsi que des nouvelles initiatives ont été prises pour améliorer la productivité et, cela, avec les ressources existantes. Preuve, s?il en fallait, que tout est une question de volonté. Rappelons que si la surcharge avait été entérinée, les prix des produits importés auraient enregistré d?ici décembre une hausse de 15 %.

<B> Indiscrétions</B>

■ Avec l?arrivée des deux nouveaux portiques, trois «managers» de terminal devraient être recrutés par le gouvernement. Il se chuchote qu?ils seront directement comptables au ministère de tutelle plutôt qu?à la CHC. Leurs salaires seraient flexibles et seraient déterminés en fonction de la productivité. Les nouveaux portiques, insiste-t-on, ne vont pas résoudre tous les problèmes. Il faudrait des équipements de soutien et ceux-ci ne seraient pas tous disponibles. D?autre part, il s?avère qu?actuellement, trois grues travaillent plutôt lentement. Sans prendre les initiatives nécessaires, on estime que les cinq grues fonctionneront au ralenti. Il est aussi bon de rappeler que la décision d?acheter deux nouveaux portiques a été prise quatre ans de cela? Cela signifie qu?à chaque fois qu?il y a eu une modification des coûts, tout le processus a dû être repris avec le «Central Tender Board». Si Maurice veut être meilleure que ses compétiteurs, elle devrait pouvoir résoudre son éternel problème des lenteurs administratives.

<B> Quid du partenaire stratégique</B>

■ Le dossier du partenaire stratégique continue à alimenter les débats. Annoncé depuis plusieurs années, il bute sur la résistance des uns et l?absence de courage politique des autres. Le gouvernement a déjà pris une décision en ce sens et le dossier a été référé à l?«International Finance Corporation» de la Banque mondiale. La formule reste toujours à déterminer même s?il se dit que le gouvernement a opté pour deux partenaires stratégiques au lieu d?un. Ces deux-là pourraient être amenés à travailler en commun. Les choses évolueraient dans la bonne direction pour ceux qui ont postulé en tant que partenaires stratégiques et on apprécierait la détermination de l?Etat à les faire aboutir. Mais les syndicats du port, qui vont se regrouper pour une action commune, pourraient annoncer d?autres formules lors d?une conférence de presse qu?ils tiendront demain.

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