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?La CMT et Floréal prouvent que nous avons un avenir?

31 janvier 2006, 20:00

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Quel est l?état d?esprit dans le secteur de l?industrie du textile-habillement à la veille de cet important séminaire qui devrait influer sur son avenir ?

L?industrie est actuellement stable. Il n?y a pas de crise majeure à l?horizon. Néanmoins nous nous trouvons à la croisée des chemins. Des décisions importantes doivent être prises maintenant pour assurer l?avenir. Il nous faut savoir si le gouvernement et les autres parties prenantes veulent aider l?industrie à assurer son avenir.

C?est pour cela que ce séminaire qui s?ouvre demain est très important. Il est crucial de réunir tous les partenaires de l?industrie pour leur faire comprendre son importance et leur dire comment ils peuvent aider. À titre d?exemple, les banques doivent comprendre que le secteur manufacturier est différent du secteur commercial. Il faut que ce séminaire permette à tout un chacun de connaître davantage notre secteur et ses spécificités.

Il y aura à ce séminaire deux consultants internationaux qui nous permettront de nous comparer à d?autres producteurs de textile-habillement à travers le monde.

Ils pourront nous aider à formuler des politiques d?accompagnement pour chaque filière. Le séminaire débouchera sur un plan d?action qui sera soumis au gouvernement. Ce sera l?occasion d?adopter un plan d?action qui sera accepté par toutes les parties prenantes de l?industrie, notamment les industriels eux-mêmes, le gouvernement et les fournisseurs de services. Nous abordons ce séminaire avec un esprit dynamique et positif. Nous croyons que nous pourrons en tirer des mesures concrètes.

Quelle est la situation actuellement dans le textile-habillement ?

Comme je vous l?ai dit, la situation est plutôt stable. Les entreprises qui demeurent en activité sont pour la plupart détenues par des capitaux locaux et leur situation financière est plutôt bonne. Il n?y a qu?à voir les résultats affichés par la Compagnie mauricienne de textile (CMT) et Ciel Textile? Nous ne pouvons pas dire que l?industrie textile locale est condamnée. La réussite de la CMT est une preuve que nous pouvons réussir. En fait la tendance générale dans le textile est plutôt bonne. Les entreprises qui arrivent à satisfaire les exigences du marché obtiennent des commandes et s?en sortent. D?autres entreprises sont confrontées à des problèmes structurels. Je dirais que 60 % des compagnies vont bien tandis que les 40 % restantes doivent revoir leur stratégie. L?industrie textile va perdurer.

Quels sont les principaux défis auxquels est confrontée l?industrie ?

La principale préoccupation devrait être le développement d?un produit où il y aurait davantage de contenu en termes de design. Le client préfère ne pas avoir à se soucier de définir les styles. Cela représente un coût pour lui et il aurait nettement préféré travailler avec une entreprise qui s?en charge. Cela réduit les coûts des intermédiaires. L?aspect du service est un élément déterminant, C?est pour cela qu?il est important de discuter de la logistique au service de l?industrie que ce soit pour l?acheminement des intrants ou pour l?exportation des produits finis.

Vous voulez sans doute parler de l?importance du fret aérien ?

C?est effectivement un élément important. Maurice est géographiquement éloigné de ses marchés et de ses sources d?approvisionnement. Le coût du fret aérien est donc important. Nous ne disons pas que les coûts actuels ne sont pas compétitifs mais il faut une volonté politique pour obtenir le soutien du gouvernement et d?Air Mauritius. L?industrie textile du pays est en compétition directe avec l?Europe, notamment la Turquie et la Grèce. Ces pays sont à quelques heures de leurs marchés et les coûts du fret sont peu élevés.

Le prix d?un vêtement est un élément important mais ce qui a le plus de valeur, c?est la capacité du client à écouler ses produits rapidement. La valeur commerciale d?un produit n?a rien à voir avec son prix. Il ne sert à rien d?offrir le prix le plus bas si vous n?allez pas pouvoir livrer avant six mois. L?habillement a une saisonnalité et un effet de mode qu?il faut intégrer dans l?équation. Le prix d?un producteur ne représente que 20 % du prix de la vente au détail.

Il y a deux dimensions où Maurice doit accentuer ses efforts ; le développement des produits et le service et les délais de livraison. Il faut arriver à livrer le plus rapidement et a moindre coût. La plupart des entreprises mauriciennes sont très au point du point de vue des procédés manufacturiers. Mais il faut en plus offrir un plus commercial. Les entreprises qui ne sont pas commercially smart mourront.

Il existe une grande disparité entre les entreprises qui excellent et les autres. Mais la CMT et Ciel Textile nous démontrent que l?industrie textile mauricienne est viable. Mais nous devons comprendre que dans notre petite île, nous ne sommes pas en compétition les uns contre les autres. Si nous nous concurrençons, nous nous suicidons. En Turquie, en Grèce, en Chine, ils sont tous unis derrière un même objectif national. À Maurice nous constatons qu?il y a davantage de compétition entre nos entreprises que contre le reste du monde.

Le problème est de savoir ce que nous voulons pour cette industrie ? Est-ce que nous croyons que cette industrie est viable est qu?elle a un avenir ? Si la réponse est oui, alors allons-y tous ensemble. Il faut une politique nationale qui implique tous les partenaires de l?industrie, notamment les banques et les fournisseurs de services essentiels. Est-ce que nous croyons toujours en l?importance de ce secteur qui représente 55 000 emplois directs et 150 000 emplois indirects ?

Nous voulons sortir de ce séminaire avec une feuille de route claire pour consolider notre avenir. Il ne faut quand même pas oublier que cette industrie n?est pas condamnée à rester ici. On peut se délocaliser. Mais je le répète l?industrie croit en son avenir à Maurice sous certaines conditions.

Quelles sont-elles ?

Le séminaire qui s?ouvrira demain servira justement à identifier ces conditions. Nous voulons en sortir avec des propositions concrètes et l?assurance que les mesures préconisées seront appliquées dans un court laps de temps, disons, un mois.

Si nous n?arrivons pas à ce résultat au bout de cet exercice, nous aurons donc échoué. Les gens ne veulent pas intégrer cette industrie car ils ont peur de son avenir. Mais si, à l?issue de ce séminaire, se dégage une volonté visible de soutenir et d?aider ce secteur qui est un des piliers de notre économie, la confiance dans ce secteur sera restaurée.

Est-ce que c'est justement ce qui a manqué sous l'ancien régime ?

Il est vrai que l'ancien gouvernement était sous l'impression que l'industrie du textile-habillement était affaiblie. Ils pensaient que nous n'allions pas survivre au démantèlement de l'Accord multi-fibre en janvier 2005. Nous nous étions dit que nous survivrons avec de la difficulté et sous certaines conditions.

<I>?Nous voulons sortir de ce séminaire avec une feuille de route claire pour consolider notre avenir. Il ne faut quand même pas oublier que cette industrie n?est pas condamnée à rester ici.?

La plupart des entreprises ont fait ce qu'il fallait pour se restructurer et s'adapter. Pour sa part le nouveau gouvernement a démontré une volonté de faire ce qu'il fallait dès le début. À titre d'exemple, les investissements dans l'équipement et la modernisation des entreprises ont reçu le même traitement que les investissements dans les filatures. Il y a également eu des amendements pour rendre plus flexible le recours à la main-d'?uvre étrangère.

Le nouveau gouvernement a montré sa bonne volonté. La nomination d'une personne compétente à la tête d?Enterprise Mauritius est un bon signal. La mission menée par le ministre Jeetah en Italie a été fructueuse. Il y a donc déjà des initiatives positives. Ce qu'il faut dorénavant, ce sont des actions décisives. Les entreprises de textile investissent massivement - entre Rs 2 milliards et Rs 3 milliards annuellement. Cela prouve que nous avons foi dans l'avenir. Nous investissons dans des équipements de la toute dernière technologie et dans certains domaines nous sommes même en avance sur l'Italie qui est une référence mondiale en matière de textile. Ce qu'il nous manque, c'est peut-être le human ware. Il nous faut les compétences les plus pointues dans le textile.

Cette faiblesse en termes de ressources humaines serait-elle peut-être liée au fait que trop d'entreprises sont familiales ?

Non, je ne le pense pas. Pour revenir au modèle italien il faut savoir que la plupart des entreprises de textile qui y prospèrent sont des entreprises familiales. Dans le textile-habillement les choses évoluent tellement rapidement qu'il faut une capacité d'adaptation assez vive. Il est plus facile pour une entreprise familiale de réagir rapidement car il n'y a pas besoin de passer par un conseil d'administration pour investir dans un nouvel équipement, par exemple.

Je crois aussi que dans les grandes entreprises, les gestionnaires sont moins concernés et engagés. Après tout, ce n'est pas leur argent. Tandis que dans une entreprise familiale, le gérant sera beaucoup plus attentif. Il y va de son patrimoine.

<I> Propos recueillis par</I> Stéphane SAMINADEN

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