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La clé du cœur

8 octobre 2005, 20:00

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La défaite du MMM, c’est avant tout l’histoire d’un grand amour déçu. Bérenger aurait dû se méfier et savoir que la désillusion serait à la hauteur de trente ans d’espérance. Immense et cruelle !

Mais c’est aussi, pour ne prendre qu’une seule autre raison, le résultat d’une communication totalement désastreuse. Pour être à côté de la plaque, ils l’ont été. Magistralement. C’est à se demander s’ils n’ont pas fait exprès pour être sûrs de perdre. Non c’est vrai. Ils ont eu tout faux sur toute la ligne.

D’abord le tandem Bérenger-Jugnauth fils. Froid, distant, technocrate. Aucune chaleur, de l’arrogance à la place du cœur ! C’est marrant pour des partis dont les emblèmes sont un soleil et un cœur ! C’est peut-être par-là qu’ils devraient commencer leur réflexion, puisqu’il paraît qu’ils vont réfléchir… Ensuite le message, conceptuel, véhiculé par des slogans abstraits : « Progre bizin continue », « nou content nou la ville, a nou guet lavenir ensemble ». De quel progrès s’agissait-il ? D’une île duty free dont on a très rapidement constaté qu’il n’y avait aucun effet immédiat ? D’une cybercité encore très virtuelle ? D’une succession de hubs d’intention ? Assommer la population à coup de milliards investis dans des projets mirobolants, alors que dans le même temps, sa vie quotidienne devenait de plus en plus difficile, c’était faire preuve d’un tact tout à fait exemplaire. Quant à « l’avenir », belle trouvaille dans un pays où une grosse partie de cette population a encore du mal à se projeter dans le futur et vit au jour le jour !

De l’autre côté, qu’est-ce qu’on a vu ? Une campagne de communication excellente. À tous les niveaux. Deux ou trois idées simples portées par des slogans percutants, centrées autour d’une seule préoccupation : l’humain et son bien-être.

Alors que l’alliance MSM-MMM s’est obstinée à parler à l’intellect, l’alliance sociale, elle, s’est adressée à l’affect. Et, forcément, ça a marché. Parce que les citoyens aiment qu’on les materne. Et c’est ce que propose de faire le gouvernement. D’ailleurs, les premières mesures ont été destinées à assurer quelques besoins essentiels, rôle traditionnellement dévolu à la mère. À cet égard, la mesure la plus révélatrice a été la bataille pour le prix du lait. Le choix du produit n’est pas innocent. Qui dit lait, dit bébé et donc maman !

En revanche, souvenez-vous de la phrase qu’avait dit Bérenger, lorsque des ouvrières d’une usine textile s’étaient révoltées : « SSU pa la pou donne biberon. »

Là encore une référence au lait, mais pour affirmer cette fois que le rôle d’un gouvernement n’est pas de materner, mais de faire respecter la loi et l’autorité, ce que fait en général le père.

Les citoyens ont choisi à deux reprises la voie maternelle. Mais évincer totalement le père n’est jamais sain dans une famille. Et détenir la clé du cœur a ses limites. Toutes les mères en font, un jour, l’expérience. De la fusion naît la fission. Et sans père pour limiter les dégâts, elle risque d’être violente. La famille Maurice ne doit pas l’oublier.

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