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La chirurgie à corps perdu

16 avril 2005, 00:00

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A le regarder aussi svelte et athlétique, les cheveux impeccablement coupés, le visage poupin rasé de près et le sourire enjôleur, on a du mal à croire que Reuben Veerapen tient des vies en permanence entre ses mains. C?est pourtant vrai. Pour beaucoup de professeurs français, agrégés, qui l?ont côtoyé (dont le professeur Henri Mary qui l?a formé), Reuben est considéré comme un des chirurgiens les plus prometteurs de son temps.

Mais le jeune Mauricien a le succès modeste. Il n?exagère pas l?importance de s?être classé huitième au Certificate of Primary Education ? rang qui lui a valu d?effectuer ses études secondaires au Collège du St-Esprit ?, ni celle d?avoir été lauréat au concours de l?Alliance française en 1991. Pour lui, il s?agit simplement de la suite logique de celui qui sait ce qu?il veut et qui fait ce qu?il faut pour l?obtenir. Il en va de même pour le poste qu?il occupe actuellement au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier, alors qu?il n?a que 31 ans. A ses yeux, c?est le parcours normal de tout spécialiste. Puisqu?il l?affirme?

Depuis qu?il est en âge de comprendre le rôle du pédiatre que consultaient ses parents, Reuben rêve d?être médecin. Le fils aîné de Jaya, secrétaire permanent au ministère de la Santé et de Renga, ancien maître de conférences au Mauritius Institute of Education, choisit les matières scientifiques dès son arrivée au Collège du St-Esprit. Il se présente aussi au concours de l?Alliance française car il sait que ses parents n?auront pas les moyens de lui payer son rêve.

Sa bourse d?études lui ouvre les portes de la faculté de médecine de Montpellier en France. Il s?agit de la plus ancienne faculté au monde encore en activité. Avant même de commencer, Reuben sait déjà qu?il sera chirurgien. «Je voulais d?une spécialité chirurgicale car le chirurgien est actif à tous les niveaux de la prise en charge du malade. Il pose le diagnostic mais est aussi celui qui opère. Il contrôle les étapes les plus importantes de la prise en charge.»

Tisser sa toile

Reuben complète sa première année de médecine générale en élève particulièrement appliqué et réussit le concours de fin d?année. Celui-ci est extrêmement sélectif : seuls 120 des 1 200 étudiants sont retenus. Pour son plus grand bonheur, il se classe quatrième de ceux qui prennent part à l?examen pour la première fois. Ce qui lui vaut le titre de lauréat de la faculté de médecine de Montpellier. Il poursuit ses études et effectue simultanément une maîtrise en sciences biologiques médicales. Ce qui lui donne le droit de faire de la recherche quand il passe son diplôme d?études approfondies (DEA).

Patiemment et studieusement, Reuben tisse sa toile. A la fin de sa sixième année de médecine, il passe le concours de l?internat auquel participent les 4 500 étudiants en médecine de France. Ces derniers doivent être au point car seules 1 800 places de spécialités sont disponibles. Comme il faut s?y attendre, Reuben s?en tire haut la main, étant à nouveau lauréat. Il obtiendra le premier prix de scolarité pour le cursus universitaire et ce, de la première à la sixième année.

Chirurgie de pointe

Il décide alors de se spécialiser en chirurgie vasculaire, qui concerne toutes les artères, de celles du cerveau à celles des pieds, et en chirurgie thoracique qui a spécifiquement trait aux poumons. Au bout de cinq ans de pratique, il passe son diplôme d?études approfondies en sciences chirurgicales, étudiant les techniques innovantes pour le traitement de l?anévrisme ou de l?hernie de l?aorte abdominale. «Ce mal qui affecte les diabétiques, hypertendus, fumeurs, est difficile à diagnostiquer car son symptôme est un mal de ventre. Si le malade n?est pas pris en charge, l?aorte dilatée se rompt et la personne se vide de son sang en une minute. Quatre-vingt-dix pour cent des patients présentant ce mal en meurent avant d?avoir pu être soignés.»

Le traitement chirurgical classique en la circonstance est le remplacement de la partie de l?aorte dilatée par une prothèse, ce qui nécessite l?ouverture de l?abdomen. Dans le traitement innovant, qui date des dix dernières années, deux incisions à l?aine suffisent pour faire passer dans l?artère fémorale une prothèse en polyester, posée sur une sonde et un guide. Le chirurgien pratique cette intervention délicate sur moniteur radio.

«Une fois la prothèse parvenue dans la zone dilatée, on la déplie et l?anévrisme est alors exclu. Toutefois, dans le processus, le flux sanguin peut faire dériver la prothèse. Cela arrive dans 20 % des cas. La technique sur laquelle j?ai travaillé permet un meilleur ancrage de cette prothèse au moyen d?un système amélioré de crochets. Celle-ci se plaque mieux à l?aorte.»

Cette recherche de Reuben, qui lui a permis de décrocher brillamment son DEA, a été publiée dans le Journal of Endovascular Therapy, une des publications internationales médicales les plus prestigieuses. A la fin de son internat de médecine en octobre dernier, Reuben a présenté une thèse qui s?intitule Pontages fémoro-poplites au niveau de la cuisse.

Pour cela, il a étudié 135 malades, généralement des diabétiques et ceux souffrant de troubles circulatoires. Ceux-ci étaient choisis parmi ceux qui, sur une durée de cinq ans, avaient subi une opération. Reuben a démontré que le pontage avec application de prothèse était moins performant que si une veine de la jambe était utilisée à la place sur l?artère abîmée.

Pour être à 100 % performant, Reuben a choisi de faire trois ans de clinicat au CHU de Montpellier. En sus des consultations et des interventions qu?il pratique quotidiennement, il est aussi responsable de la formation des étudiants et des paramédicaux. Sa troisième mission est d?effectuer de la recherche à des fins de publication.

Mais là où Reuben se sent le mieux, c?est dans le bloc opératoire. «Mon adrénaline est à son plus haut niveau car je sais, par exemple, qu?en cas de rupture d?anévrisme de l?aorte décelée, je n?ai qu?une minute pour stopper l?hémorragie et faire ce qu?il faut.»

Malgré un agenda chargé, Reuben a trouvé le temps d?épouser Karine. Cette angiologue exerce dans le privé à Nîmes. Sa spécialité est la gestion des pathologies vasculaires par échographie-doppler, entre autres.

Le professeur Mary estime que la thèse de médecine de Reuben mérite d?être ventilée. Le jeune Mauricien a ainsi été invité à la présenter en mai, devant les membres de la Société de chirurgie vasculaire française à Lyon.

Une fois son clinicat terminé, Reuben veut s?installer dans l?océan Indien, probablement à la Réunion. Il y sera moins «dépaysé» en termes de plateau technique opératoire. Mais, comme une partie de son c?ur se trouve à Maurice, il entend consulter et pratiquer des interventions ici. Une aubaine pour les Mauriciens?

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