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La Chine s’interroge sur l’avenir de ses Bourses

19 juillet 2005, 20:00

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Quinze ans après leurs débuts, les Bourses de Shanghaï et Shenzhen flirtent avec leurs plus bas niveaux depuis la crise asiatique, en 1997. Le secteur du courtage y est sinistré, tandis que la transparence et la gouvernance d’entreprise ne sont toujours pas entrées dans les moeurs du capitalisme chinois. “La fièvre est retombée”, résume l’éditorialiste Hu Shuli, dans le mensuel économique chinois Caijing , critiquant le décalage entre la surenchère médiatique dont la Chine est l’objet en Occident et les réalités moins reluisantes de l’économie chinoise.

Après un ballon d’essai, effectué en mai avec quatre petites et moyennes entreprises (PME), le gouvernement a annoncé, fin juin, que 42 entreprises seront autorisées à débloquer une partie des actions détenues par l’Etat dans leur capital. L’expérience pourrait “être graduellement étendue aux autres entreprises”, a indiqué Shang Fulin, le président de la Commission de régulation de la Bourse chinoise (CSRC), tout en précisant que “cela ne signifie pas que l’état va vendre toutes ses parts”.

La liste des 42 sociétés inclut quelques-uns des poids lourds de l’économie chinoise, tels que le sidérurgiste Baoshan Steel (88,4 milliards de yuans de capitalisation boursière, soit 10,7 milliards de dollars), le groupe électrique China Yangtze Power, opérateur du gigantesque barrage des Trois-Gorges (qui vaut 8 milliards de dollars en Bourse) ou Shanghai Port Container (3,5 milliards de dollars), la société de gestion du port de Shanghaï — devenu en 2004 le premier port du monde.

Les enjeux sont considérables : l’Etat chinois et ses entités économiques possèdent aujourd’hui l’équivalent de 18 % du produit intérieur brut (PIB), à travers leurs avoirs en Bourse. Dotées du même droit de vote et des mêmes dividendes que les autres, ces actions, en principe non échangeables, n’en ont pas moins, pour une partie d’entre elles, changé de mains au cours des années, via des ventes aux enchères ou des transferts officieux, dans une sorte de “délit d’initiés permanent”, que décrivent Carl Walter et Fraser Howie dans leur livre Privatizing China .

Par deux fois, en 1999 et 2001, l’Etat a entrepris de procéder à des cessions de parts, sans succès. “C’est un serpent de mer qui court depuis l’origine des marchés, rappelle Jean-Patrick Yanitch, conseiller financier à la mission économique française de Pékin. Chaque fois que l’Etat a fait mine de vendre des titres, les gens ont paniqué et retiré leurs billes.” Cela étant, il s’interroge : “Pourtant, il faut bien que ces actions soient cédées un jour ou l’autre. Comment le faire sans que la Bourse s’effondre ?”

Les autorités de régulation boursières chinoises ont, cette fois, pris soin de laisser une marge de manoeuvre suffisante aux sociétés sélectionnées : elles sont libres de proposer à leurs actionnaires diverses formules, comme des échanges d’actions ou des primes en numéraire, pour compenser les effets de la dilution. Parmi les quatre premiers candidats à la privatisation, seuls les actionnaires de Tsinghua Tongfang, une société de micro-informatique, se sont prononcés début juin contre l’offre qui leur était proposée. Baoshan Steel a dévoilé, fin juin, son plan de cession, qu’il soumettra à ses actionnaires en août.

Tant d’incertitude rend les marchés nerveux. Les deux places boursières envisagent de créer un nouvel indice commun, le Shanghai Shenzhen 300, composé des 300 premières entreprises chinoises cotées sur les marchés A. “L’objectif est de créer une base pour des contrats dérivés, qui aiderait les investisseurs à se couvrir contre leurs pertes”, explique-t-on à la mission économique.

Le gouvernement s’efforce pour sa part de calmer le jeu : il a commencé à renflouer les maisons de titres, en leur attribuant pour 1 milliard d’euros de prêts d’urgence. Parallèlement, les introductions en Bourse ont de nouveau été gelées. La CSRC a promis de porter de 4 à 10 milliards de dollars les quotas d’investissements alloués aux investisseurs étrangers pour les actions A, réservées aux actionnaires chinois.“Ça ne sert pas à grand-chose de juger du succès du plan en cours à partir des variations des indices, estime Stephen Green, économiste en chef de Standard & Chartered. Le fait est qu’il y a un soutien politique pour ce projet, et que les autorités de régulation sont convaincues de sa nécessité. Les banques sont soumises à trop de pression : il faut que les sociétés puissent lever de l’argent via les marchés financiers.”

Même la place de Hongkong connaît une passe difficile, les récentes introductions de sociétés chinoises n’ayant pas obtenu le succès escompté. “Ce sont, peu ou prou, les mêmes investisseurs institutionnels en Chine et à Hongkong”, note Yanitch. Les investisseurs ont ainsi boudé la cotation de Shenhua, le premier producteur de charbon chinois, et la Bank of Communications, cinquième banque chinoise, n’a réussi, mi-juin, à attirer des investisseurs que grâce à une mise à prix plus basse que prévu. Le géant du transport maritime Cosco ne s’en est pas mieux tiré, perdant 10 % dès sa première séance de cotation à Hongkong, le 30 juin. Du coup, la Minsheng Bank a préféré repousser à plus tard son introduction en Bourse.

<B>Brice Pedroletti

© 2005 Le Monde News Service-

Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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